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Brexit : un risque majeur pour la zone euro, selon une étude

Revue de presse 27.05.2016

La société française d'assurance-crédit Euler-Hermes a publié hier une étude sur l'impact d'un Brexit sur les économies européennes. Six pays, dont la France, seraient particulièrement touchés. De leur côté, les partisans d'une sortie surfent sur les nouveaux chiffres de l'immigration au Royaume-Uni.

Brexit impact zone euro

"Des dommages considérables"

"Cette fois, l'analyse ne se contente pas d'évaluer l'impact – désastreux - d'une sortie du Royaume Uni sur l'économie domestique. Elle propose aussi une estimation du contrecoup d'un Brexit sur les économies européennes", commentent Les Echos à propos de la nouvelle étude publiée hier par l'assureur-crédit Euler Hermes.

Ce dernier estime ainsi que les pertes d'exportations de marchandises de la zone euro vers le Royaume-Uni pourraient atteindre jusqu'à 20 milliards d'euros entre 2017 et 2019 et jusqu'à 3,6 milliards d'euros pour les exportations de services. Les investissements des entreprises britanniques vers la zone euro diminueraient quant à eux de 18,2 milliards d'euros.

"Les Pays-Bas, l'Irlande et la Belgique seraient les trois pays les plus touchés à cause de l'exposition de leurs exportations au Royaume-Uni et de leurs investissements croisés", cite Le Figaro.

En valeur, c'est l'Allemagne qui pourrait le plus en pâtir. Ce que confirme Der Spiegel, qui note que "les exportateurs allemands [sont] menacés de faillites en cas de Brexit".

Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble a ainsi prédit jeudi "des dommages considérables pour l'Allemagne" si les Britanniques décidaient de sortir de l'Union [Les Echos].

Tout comme cette dernière, "la France risquerait de voir son économie directement affaiblie", relève Le Figaro. "Le Brexit pourrait aussi conduire à un désinvestissement des entreprises françaises au Royaume-Uni, et des entreprises britanniques en France. De part et d'autre, les défaillances d'entreprises pourraient grimper en flèche".

Des risques suffisamment importants, donc, qui ont conduit les dirigeants européens à se préparer à l'éventualité d'un tel scénario. "Des discussions informelles seraient (…) en cours au sein des institutions européennes" sur ce point, note Euronews. The Financial Times ajoute que Paris et Berlin ont "un plan B pour une vie après un Brexit". François Hollande et Angela Merkel, plus que de renforcer la zone euro, verraient d'un bon œil plus de "coopération en matière de sécurité et de défense" : une initiative moins controversée et qui ne concernerait pas que les 19 membres de la zone euro.

Mais c'est bien le Royaume Uni qui serait le plus directement et le plus durement touché s'il venait à sortir de l'UE, poursuit l'étude d'Euler Hermes. "Le pays perdrait (…) accès à 58 pays avec lesquels l'UE a accepté d'éliminer ou de diminuer fortement les droits de douane", prévient Der Spiegel. "Les relations commerciales devraient être totalement redéfinies. Or 'ce type d'accord est extrêmement difficile et complexe à négocier', selon le directeur général de l'OMC Roberto Azevedo. 'Et très fastidieux.'"

Economie vs. immigration

Pour Les Echos, cette succession d'études "plus pessimistes les unes que les autres, dénoncées par le camp du 'Leave' comme de la propagande, semble cependant commencer à porter des fruits : à mesure que l'on se rapproche de la date du référendum, le 23 juin, les partisans du maintien du Royaume Uni dans l'Union gagnent, peu à peu, du terrain".

"La dynamique est du côté des partisans pour rester dans l’UE", confirme Le Temps. "Le principal facteur : la peur économique. Depuis des mois, toutes les institutions britanniques, mais aussi internationales, le répètent : un Brexit coûterait cher en termes de croissance".

Derniers en date, les dirigeants du G7 ont à nouveau tiré la sonnette d'alarme à l'issue de leur sommet au Japon hier : "Une sortie du Royaume-Uni de l'UE renverserait la tendance à une expansion du commerce mondial et de l'investissement, ainsi que des emplois qu'ils créent, et elle serait un nouveau risque pour la croissance", écrivent-ils dans leur déclaration finale [Le Figaro].

Car en réalité, juge The Guardian "dans le débat européen, les faits sont incroyablement en faveur du 'Remain' (…). Si le consensus massif d'économistes n'a même qu'à moitié raison à propos du risque de récession que causerait un Brexit, il est juste de penser que des personnes perdront leur emploi, particulièrement dans la construction, la finance ou le tourisme, que les salaires vont baisser tout comme les prix de l'immobilier".

Des arguments que rejette en bloc The Telegraph. Pour le journal, le Brexit peut au contraire "libérer la prospérité du Royaume-Uni", tandis que les universitaires se contentent de mettre "un chiffre sur 'l'incertitude' et occultent le fait que des hommes politiques pragmatiques et des entrepreneurs peuvent accomplir des choses. (…) [Ceux-ci] prendront des contre-mesures pour restaurer la confiance".

Mais le camp du "Leave" a aussi choisi d'axer sa campagne sur l'immigration plutôt que sur l'économie. Les derniers chiffres de l'Office national de la statistique, publiés hier, font état d'un solde migratoire de 333 000 entrées. Un chiffre "tout près du record sur 12 mois enregistré depuis le début du suivi statistique en 1975", note Challenges. "Ces chiffres ont immédiatement été commentés par les partisans du Brexit, (...), selon lesquels les Britanniques pourraient mieux contrôler les flux migratoires en sortant de l'UE. (…) Le camp du "In" a répliqué que les questions liées à l'immigration ne pourraient pas être résolues par la sortie d'une Union extrêmement favorable à l'économie britannique" [Challenges].

D'autant qu'elle constitue en partie, selon Euronews, une "main d’oeuvre indispensable". La chaîne nous emmène ainsi "à Goole, dans le Yorkshire (…) [où] grâce à la libre circulation des personnes dans l’Union, une main d’oeuvre est-européenne bon marché est venue combler un vide".

Autre thème rebattu par les partisans du Brexit : les pays hors de l'Union européenne s'en sortent mieux. Le Temps commente ainsi un documentaire qui "cartonne sur le Web" et vise à montrer que "l’impeccable modèle suisse devrait inspirer la Grande-Bretagne". Sauf que, note le journal suisse, le film passe sous silence le fait que "Bruxelles a déjà dit que le modèle suisse pour elle était caduc", que "l'accès aux marchés financiers de l'Union, stratégique, [est] toujours fermé aux Suisses", que "Berne verse aussi une contribution importante à l'Union [et] doit accepter ses décisions, alors qu'elle n'a pas voix au chapitre" et ne parle pas des "difficultés que traverse un pays relativement isolé en période de turbulences"

Bref, une "vision idéale" et un "merveilleux rêve suisse", qui révèlent aussi une "immense nostalgie (...) pour le Royaume-Uni du XIXe siècle jusqu'en 1914, cette période où le pays dominait la planète". Une conception également en vogue ailleurs en Europe...

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