Derniers articles publiés

Brexit : Theresa May entame les négociations commerciales avec les pays du G20, mais reste floue sur la sortie de l'UE

Revue de presse 06.09.2016

En déplacement à Hangzhou (Chine) pour le sommet du G20, la Première ministre britannique a commencé à discuter des futurs accords commerciaux post-Brexit avec plusieurs de ses partenaires internationaux. Une démarche qui irrite la Commission européenne, d'autant que le gouvernement reste très évasif sur les modalités de son retrait.

Theresa May et Vladimir Poutine au G20

Des négociations qui irritent Bruxelles

Comme plusieurs de ses homologues européens, Theresa May était en Chine dimanche et lundi pour le sommet du G20. Un rendez-vous consacré en priorité à la lutte contre "le protectionnisme", à "la question des réfugiés" et" à "la mondialisation" [Le Monde].

Mais la Première ministre britannique en a également profité pour préparer l'après-Brexit, en entamant des négociations commerciales auprès des pays présents. Avant même le sommet de Hangzhou, "la nouvelle dirigeante conservatrice avait donné le ton, affichant son ambition de faire du pays un 'champion mondial du libre échange' après sa sortie de l'Union européenne", rappelle le Figaro.

Ainsi l'Australie, "membre du G20 mais également du Commonwealth et ancienne colonie britannique, a saisi la balle au bond, confirmant dimanche que des pourparlers avaient débuté dans la perspective d'un accord de libre-échange bilatéral entre Canberra et Londres" [Le Figaro]. Tandis que l'Inde, le Mexique, la Corée du Sud et Singapour seraient également "disposés à ouvrir des discussions" pour "lever les barrières commerciales" entre leurs pays et le Royaume-Uni, a déclaré Theresa May lundi [Le Figaro].

Une démarche qui n'a pas manqué d'agacer le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker. La veille, celui-ci avait rappelé que tant que le Royaume-Uni était dans l'UE, il n'avait pas le droit de négocier de tels accords [Le Parisien]. "Je n'aime pas beaucoup l'idée que des pays membres de l'UE, y compris ceux qui en font encore partie, négocient des accords commerciaux. Il s'agit d'une attribution exclusive de l'UE", a-t-il insisté [Le Figaro].

Une autre manière d'enjoindre au Royaume-Uni d'invoquer au plus vite l'article 50 du traité sur l'Union européenne, pour enclencher le processus devant mener à sa sortie effective.

Le flou du Brexit

Car sur le calendrier comme sur les modalités du Brexit, le gouvernement britannique semble toujours naviguer à vue.

Seule certitude sur laquelle a insisté Theresa May : le Brexit aura bien lieu. Et ce malgré la signature par plus de 4 millions de personnes d'une pétition en ligne réclamant l'organisation d'un second référendum. Une requête examinée hier par les parlementaires britanniques, comme la loi les y contraint, mais qui ne devrait probablement déboucher sur rien.

Outre la question de la fiabilité des signatures [La Tribune], le Première ministre a "déclaré à plusieurs reprises qu'il n'était pas question d'aller à l'encontre du résultat du référendum du 23 juin et que celui-ci serait respecté" [Les Echos]. Ainsi, "l'idée d'un retour aux urnes des britanniques sur la question du 'Brexit' semble très peu probable" [Les Echos].

Par ailleurs, le système d'immigration "à points", vanté par les tenants du Brexit pendant toute la campagne du référendum, ne serait pas instauré au Royaume-Uni. "Selon elle, ce modèle qui privilégie les compétences, en vigueur en Australie, ne serait pas efficace pour contrôler les arrivées d'immigrés" [Le Figaro].

Mais sur le reste, "le ministre spécifiquement chargé par Theresa May de mener à bien [le Brexit], David Davis, a suscité une certaine frustration lors de la rentrée parlementaire à Westminster, lundi, où son intervention censée rendre compte de ses travaux pendant l'été était très attendue", note Le Figaro.

"A part préciser que 180 fonctionnaires de l'Etat travaillaient désormais activement à négocier le Brexit, David Davis en a déçu plus d'un en ne donnant aucune information sur la question de l'immigration, du marché unique ou du déclenchement de l'article 50", confirme RFI.

Ce dernier souhaite prendre le temps de bâtir un "consensus national" sur la position de négociation du Royaume-Uni. Pour ce faire, le ministère s'apprête à consulter organisations patronales et syndicats, entreprises, instituts de recherche, ONG, collectivités, et à mener des analyses juridiques pour cinquante secteurs différents de l'économie et de la société civile.

Dès lors, les négociations sur la sortie du pays de l'Union européenne ne devraient pas débuter avant un certain temps. Une indétermination subie par les autres capitales européennes, qui "invitent Londres à ne pas jouer la montre" [Le Figaro].

Mais aussi par le Japon qui, sous forme d'avertissement, demande à avoir le plus tôt possible "un tableau complet du processus du Brexit" [Le Parisien]. Dans son "Message du Japon au Royaume-Uni et à l’Union européenne" mis en ligne par le ministère des Affaires étrangères ce week-end, "le gouvernement nippon prévient son homologue britannique : si les négociations avec l'UE tournent mal, les groupes industriels mais aussi les banques japonaises transféreront leurs sièges sur le continent" [L'Obs]. Un document qui "donne un aperçu concret des casse-tête que le Brexit pose aux grands groupes industriels et financiers" (double application du tarif douanier, fin du "passeport européen"...) et qui préjuge des difficultés que pourrait rencontrer le pays s'il négocie mal sa sortie [L'Obs].

Pas de récession à court terme mais un ralentissement continu

Pour le moment toutefois, l'économie du Royaume-Uni ne semble pas subir le contrecoup attendu suite au référendum du 23 juin. Au contraire, relatent Les Echos, "les enquêtes montrent un net rebond de l’activité outre-Manche en août après le plongeon des semaines qui ont suivi le choc du référendum".

Parmi les facteurs qui peuvent expliquer cette reprise figurent la transition gouvernementale entre David Cameron et Theresa May "plus rapide que prévu", les mesures de la Banque d'Angleterre "pour stimuler l'économie", le relâchement annoncé de la politique d'austérité budgétaire, ou encore le recul de la livre sterling qui "a boosté les exportations et donné un coup de pouce au tourisme" [Les Echos].

Pour autant, tempèrent les économistes, il ne s'agit pour l'instant que d'enquêtes, "aucune statistique officielle sur la période suivant le 23 juin n'étant disponible pour l'instant". Mais surtout, le pays subit bien depuis le référendum un ralentissement… qui devrait s'accentuer l'an prochain [Le Figaro].