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Brexit : prises de position de plus en plus tranchées à 10 jours du référendum

Revue de presse 13.06.2016

Encore un peu plus d'une semaine avant que les Britanniques ne se rendent sur le chemin des urnes et mettent un terme à une campagne qui, jour après jour, s'enfonce dans une cacophonie généralisée : phrases choc, sondages contradictoires, division des conservateurs. Et au final le sentiment que, quelle que soit l'issue du scrutin, le paysage politique du pays restera profondément marqué par des mois de lutte autour du débat sur l'avenir européen et même territorial du Royaume-Uni.

David Cameron

David Cameron de plus en plus menacé

Le référendum sur le maintien du Royaume-Uni au sein de l'UE serait-il devenu, comme l'explique le Huffington Post, un "piège infernal" pour le Premier ministre, une sorte de retour de balle après sa décision d'organiser un scrutin dans un but purement électoral pour remporter les législatives de mai 2015 ? Si jusqu'ici il semblait évident pour les observateurs qu'un vote pour un "Brexit" de la part des électeurs pousserait David Cameron hors de Downing street, on estime désormais que même en cas de maintien, "sa position serait immanquablement menacée à court ou moyen terme". En cause principalement, un style de campagne qui a évolué "au gré du moment et des sondages" laissant planer le doute sur ses compétences de leadership.

Il faut dire que M. Cameron n'est pas aidé par son parti. Les conservateurs - et le gouvernement - sont en effet profondément divisés entre pro "remain" fidèles au chef du parti, et pro "Brexit", parmi lesquels l'ancien maire de Londres Boris Johnson. Une division qui apparaît désormais au grand jour et sans ambages. "Jeudi, lors d'un débat télévisé sur ITV, Boris Johnson, principal meneur de la campagne Vote Leave, a été directement ciblé par la ministre de l'Energie Amber Rudd, qui défend le maintien dans l'Union. Cette proche de Cameron et du ministre des Finances George Osborne a accusé l'ex-maire de Londres de viser, avant tout, le poste de Premier ministre" [Les Echos].

Les conservateurs pro-européens tentent désormais de faire passer leurs collègues "brexiteers" pour un pendant du parti europhobe UKIP, en multipliant les affiches de campagnes montrant M. Johnson aux côtés de Nigel Farage, le chef de ce petit parti qui est arrivé en tête aux élections européennes de 2014.

Une guerre ouverte au sein des Tories qui pose la question de leur avenir. "Même si les électeurs choisissent de rester dans l'Union le 23 juin, les plaies resteront béantes, menaçant la cohésion du parti et donc la stabilité du gouvernement" expliquent Les Echos. Une situation périlleuse alors que le gouvernement vient tout juste de passer le cap d'une année au pouvoir, et que les prochaines législatives auront lieu dans quatre ans.

Une campagne pro-européenne peu efficace

En plus des attaques qu'il subit de son propre parti, le Premier ministre se retrouve à la tête d'une campagne pro-Europe disparate et manquant d'enthousiasme. Mis à part les quelques ministres de son gouvernement qui le soutiennent, la plupart des partisans du maintien ne veulent pas s'afficher avec lui, en premier lieu le chef du Parti travailliste aux idées politiques ancrées à gauche et lui-même engagé dans un débat autour d'une UE qui ne l'enchante guère, comme l'explique El Pais. Jeremy Corbyn a d'ailleurs confié les rênes de la campagne des travaillistes à l'ancien Premier ministre Gordon Brown, qui a toujours affiché des positions très pro-européennes. "L'intervention de Brown lors de la campagne pour le référendum écossais en 2014 a été vue par beaucoup comme cruciale et 'Stronger in' [le nom de la campagne du remain] espère que sa voix continue d'avoir du poids sur les électeurs travaillistes" estime le Guardian.

Le Labour est désormais engagé dans une campagne plus positive, explique de son côté la BBC, sans oublier toutefois d'égratigner au passage les conservateurs responsables du référendum.

M. Cameron jongle donc avec les outils à sa disposition, comme par exemple faire défiler "la fine fleur de la gouvernance mondiale pour venir s'afficher à ses côtés en faveur du maintien" observe le HuffPost. Barack Obama, Christine Lagarde ou Shinzo Abe ont donc fait campagne auprès du Premier ministre, ce qui n'a pas plu à l'électeur local, les Anglais ayant "une sainte horreur de se voir dicter leur conduite de l'extérieur". La carte de l'alarmisme, à coup de discours sur la menace d'un gel des retraites ou la perte des avantages sociaux comme la gratuité du ticket de bus, ne semble pas fonctionner non plus, et est d'ailleurs considérée comme totalement exagérée par les économistes [FAZ].

Le ministre des Finances George Osborne est lui en charge des chiffres. Il s'est récemment fait photographié devant des pancartes  "affichant le chiffre de ce que coûterait au contribuable britannique la sortie de l'Union européenne, soit 4300 livres". Sauf que les électeurs ne comprennent pas comment sont calculés la multitude de statistiques prévisionnelles publiées par le gouvernement qui se voit désormais accusé d'infantiliser la population.

Les jeunes, les urbains et les Ecossais, dernier rempart contre le Brexit ?

Première bonne nouvelle pour le camp "remain" depuis longtemps, la semaine dernière "des centaines de milliers de personnes se sont inscrites sur les listes électorales, dont la plupart sont des personnes âgées de moins de 35 ans" [Huffington Post]. Un électorat plus favorable à l'Union européenne et à ses bénéfices, comme les programmes d'échanges universitaires Erasmus que la plupart connaissent.

Au nord, le Parti national écossais (SNP), qui vient de remporter les élections régionales en Ecosse pour la troisième fois consécutive, n'a jamais caché sa volonté d'adhésion à l'UE en cas d'accès à l'indépendance. "Une indépendance conçue non pas comme un repli identitaire sur soi, mais bien au contraire comme une ouverture beaucoup plus forte vers le reste du monde, particulièrement vers les autres pays européens" explique L'Humanité. Le parti, à gauche de l'échiquier, s'inquiète de la droitisation de la politique anglaise qu'elle juge repliée sur elle-même et intolérante. Pour l'eurodéputé SNP Alyn Smith, "l’UE est loin d’être parfaite, mais c’est en utilisant tous les leviers qu’offre l’Union européenne, au Parlement européen et via toutes ses politiques, que nous pouvons nous projeter dans l’avenir".

Le SNP semble donc dans une position confortable, car même en cas de vote pour un Brexit, il pourra tabler sur un vote pro-européen des Ecossais pour pousser le gouvernement britannique à autoriser un second référendum sur l'indépendance de l'Ecosse –le premier, en 2014, s'était joué à quelques voix.

Enfin, le vote des urbains de Londres- 8 millions d'habitants-  il y a quelques semaines pour un nouveau maire europhile et musulman, Sadiq Khan, pourrait précéder un vote "remain" dans la capitale.

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