Derniers articles publiés

Brexit : même sans "progrès suffisants", les Européens pourraient commencer à discuter du futur accord avec le Royaume-Uni

Revue de presse 13.10.2017

"Nous n'avons pas fait de grand pas en avant", a annoncé Michel Barnier, négociateur de l'UE pour le Brexit, ce jeudi, lors de la conférence de presse concluant le cinquième cycle de négociations débuté trois jours plus tôt entre les Britanniques et les Européens. Pourtant, le Conseil européen pourrait tout de même décider de "débuter des discussions préparatoires internes" sur la seconde phase des négociations concernant la future relation entre l'UE et le Royaume-Uni. Ce qui serait contraire à la ligne adoptée jusqu'à présent. 

David Davis et Michel Barnier le 12 octobre 2017

David Davis et Michel Barnier le 12 octobre 2017 - Crédits : Commission européenne

Une "impasse" sur les questions financières

"L'impasse, donc. Et le mot n'est pas celui d'analystes ou des journalistes. Il est de Michel Barnier lui-même", commente Le Soir (Belgique). Des "progrès constructifs", selon les mots du négociateur en chef de l'UE pour le Brexit, ont bien été constatés concernant deux des trois dossiers prioritaires sur la table : les droits des citoyens européens et la frontière entre la République d'Irlande et l'Irlande du Nord. Mais sur le règlement financier du Brexit, M. Barnier "a évoqué une 'impasse préoccupante'", rapportent Les Echos.

En effet, "Michel Barnier n'a plus fait de mystère au sujet de ce qui constitue le nerf de la guerre et le principal ciment des Vingt-Sept dans cette négociation", explique le quotidien économique. Bien que Londres se dit prête à payer 20 milliards d'euros, soit ses obligations financières pour les deux années qui doivent suivre sa sortie (2019 et 2020), ce montant est "très loin de celui que les Européens s'estiment en droit de réclamer à Londres, estimé entre 60 et 80 milliards", poursuit Gabriel Grésillon, correspondant du journal à Bruxelles. Mais "personne n'a préparé l'opinion britannique au fait qu'il va falloir payer", explique un diplomate européen.

Manque de confiance mutuelle

Michel Barnier a toutefois assuré "qu'avec une volonté politique, des avancées décisives sont à notre portée dans les deux mois qui viennent", rapporte Le Point. Cependant, a ajouté le négociateur français, les "progrès suffisants" exigés par les Européens pour déclencher la seconde phase des négociations n'auront lieu qu'avec "une plus grande confiance entre les deux parties" [Politico]. "Cette confiance découlera de la clarté et en honorant tous les engagements que nous avons pris à 28", a expliqué Michel Barnier, résumant à nouveau ses griefs vis-à-vis du flou entretenu par les Britanniques.

En définitive, le négociateur "a d'ores et déjà annoncé qu'il ne serait 'pas en mesure' de recommander aux dirigeants des 27 pays restant dans l'UE de passer à la phase suivante des discussions, lors du prochain sommet européen les 19 et 20 octobre" [Le Point].

De son côté, le secrétaire d'Etat britannique chargé de la sortie de l'Union européenne, David Davis, a insisté sur les progrès effectués. "Alors que les regards se tournent vers le sommet européen d'octobre la semaine prochaine, j'espère que les Etats membres vont reconnaître les progrès que nous avons faits, et faire un pas en avant", a-t-il déclaré [Le Figaro]. M. Davis a ainsi exhorté Bruxelles à s'engager dans la seconde phase de négociation : une "nouvelle étape est réclamée impatiemment par le Royaume-Uni", a-t-il déclaré [Le Point].

"Discussions préparatoires internes"

En effet, c'est au Conseil européen, qui réunit les chefs d'Etat et de gouvernement, de décider d'engager ou non la seconde phase des négociations. En parallèle des négociations entre MM. Barnier et Davis, Donald Tusk, président du Conseil européen, a rencontré plusieurs dirigeants européens, avant de rendre public un brouillon de position commune, que relaie Politico. Le ton du document est nettement plus "positif" que celui de Michel Barnier, estime le média. En effet, malgré un manque de "progrès suffisants", certains ont été "bienvenus" sur les droits des citoyens et la frontière irlandaise. Par conséquent, relate Le Figaro, le Conseil pourrait "demander au négociateur en chef de l'Union (…) d'engager les 'discussions préparatoires internes'", relatives au futur partenariat commercial entre le Royaume-Uni et l'UE.

Cette décision entrerait toutefois en contradiction avec la ligne adoptée jusqu'alors, qui prévoyait de ne pas lancer cette seconde phase de négociations sans accord entre les deux parties sur l'ensemble des sujets prioritaires. Cela signifierait "la reconnaissance de 'progrès considérables' dans les discussions" par les Vingt-Sept, estime en effet un officiel européen [Politico]. Même si un autre diplomate interrogé par le média précise que "les conclusions [du sommet] ne sortent jamais comme elles ont été ébauchées".

Une façon pour les 27 de faire passer un message ? "Ils sont nerveux à propos du manque de progrès et notent le temps qui passe", estime en effet Politico. Car en effet, "plus le temps passe, plus l'hypothèse d'une sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne sans accord gagne en crédibilité", analysent Les Echos, constatant que les déclarations de Michel Barnier ont provoqué "un décrochage de la livre sur le marché des changes". Pour d'autres, "Londres joue l'impasse pour obtenir un fléchissement européen", et les Etats membres penseraient ainsi à "céder pour avancer" [Le Soir].