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Brexit : les négociations reprennent sans conviction

Revue de presse 10.10.2017

Lundi 9 octobre, la cinquième session de négociations entre le Royaume-Uni et les Vingt-Sept s'est ouverte. Seize mois après le référendum, les deux parties n'ont toujours pas trouvé d'accord sur plusieurs dossiers clés, tandis que le Conseil européen des 19 et 20 octobre doit décider de passer ou non à la phase suivante des négociations : la définition de la future relation entre l'UE et le Royaume-Uni. Theresa May a rappelé lundi la ligne britannique, face à des Tories divisés.

David Davis et Michel Barnier

David Davis et Michel Barnier - Crédits : Commission européenne

Le camp Tory divisé pour débuter les négociations

Après un discours périlleux la semaine dernière au congrès annuel des conservateurs, Theresa May a tenté ce lundi de "restaurer son autorité" [Libération] en réaffirmant devant la Chambre des communes une ligne plus conciliante, déjà évoquée à Florence le 22 septembre. En effet, "la Première ministre conservatrice est contestée dans son propre parti, notamment par Boris Johnson, son ministre des Affaires étrangères", rappelle Ouest-France. Ce-dernier ainsi que les autres hard-Brexiters "testent son autorité, exploitent ses faiblesses" et tentent de l'empêcher d'aboutir à un accord trop proche du statu quo avec l'UE, selon The Guardian.

A l'issue de cette intervention, la Première ministre a déclaré que "la balle" est dans le camp des Européens. Un optimisme toutefois peu partagé par Margaritis Schinas, porte-parole de la Commission européenne, pour qui "il n’y a pour le moment pas de solution trouvée pour la première étape du processus, à savoir les conditions du divorce, donc la balle se trouve entièrement dans le camp britannique pour faire avancer la situation" [Libération]. Bref, "Européens et Britanniques se sont renvoyé la 'balle' ce lundi, concernant la responsabilité de l'enlisement des négociations sur leur divorce", résume l'Express.

Les Vingt-Sept peu optimistes

Pour les Vingt-Sept, cette nouvelle phase de négociations, qui doit s'achever jeudi, commence effectivement mal : "côté européen, personne n’attend grand-chose de ces nouvelles réunions entre les équipes de Michel Barnier, le pilote des négociations pour l’Union européenne, et celles de son alter ego britannique, David Davis", selon Le Monde. Et pour cause, "pour la première fois depuis le début des négociations débutées en juillet, il n'y [a pas eu] de conférence de presse d'ouverture par Michel Barnier et David Davis", observe Politico. En effet, ce-dernier avait des "affaires parlementaires" à régler, selon sa porte-parole citée par Ouest-France. Une absence toutefois "remarquée", pour le quotidien régional.

Dans ce climat, "la perspective d’un feu vert des Vingt-Sept, au Conseil européen des 19 et 20 octobre, pour passer à la deuxième phase des discussions tant réclamée par Londres, celle de la 'relation future' avec l’Union, paraît de plus en plus hypothétique", juge Le Monde. Nathalie Loiseau, ministre française des Affaires européennes, le confirme à Politico : "ce que les négociations ont montré jusqu'à présent est que nous n'avons pas fait de progrès suffisants." Même si le Royaume-Uni est impatient de passer à la seconde phase "le plus rapidement possible, y compris si la première est toujours en discussion" [Libération], ce n'est pas envisageable pour les Vingt-Sept tant que "les conditions posées par le Conseil européen" ne seront pas respectées, rappelle Politico.

Dossiers clés

En effet, à Bruxelles, on attend des avancées rapides sur plusieurs questions : "comment la justice britannique prendra en compte les opinions de la Cour européenne de Justice [CJUE] une fois que les Britanniques auront quitté l'UE et des clarifications sur le statut 'unique' de la frontière irlandaise", résume  Politico.

Le dossier concernant la frontière entre l’Irlande, européenne, et l’Irlande du Nord britannique est celui qui a le plus avancé. En effet, "les deux parties seraient sur le point de trouver un arrangement, qui permettrait de protéger l’Accord de paix du Vendredi saint (1998), sur lequel repose la frontière", selon Ouest-France. Toutefois, "la manière concrète de régler cette question reste encore vague" [Libération]. Les Irlandais semblent également inquiets puisqu'un document publié par l'opposition irlandaise explique qu'une "frontière ouverte […] sera impossible à la lumière de la législation douanière", rapporte la BBC.

Concernant la CJUE, Theresa May "a cédé un peu de terrain aux députés partisans d’une rupture douce avec l’UE, en reconnaissant que Londres continuerait à reconnaître les décisions de la Cour de justice de l’Union pendant la transition de deux ans (2019-2021) souhaitée par le Royaume-Uni" [Le Monde].

Solde de tout compte

Autre question cruciale à l'agenda, "le solde de tout compte que devra verser le Royaume-Uni pour honorer ses engagements financiers au sein de l’UE", évalué entre 60 et 100 milliards d'euros côté européen, explique Libération. Sur cette question, "les avancées sont encore plus timides", poursuit le quotidien, car Londres refuse de faire "des propositions concrètes." En effet, "si cette dépense est […] supportable pour le pays, elle semble cependant impossible à annoncer dans un contexte économique [national] de plus en plus difficile", explique France Info.

Les deux parties tentent en vain de se mettre d'accord sur la méthode de calcul de ce solde. Mais "si l'on ne peut pas s'accorder là-dessus, comment s'accorder sur quoi que ce soit d'autre ?", s'interroge Nathalie Loiseau dans Politico. Cependant, au vu de la situation difficile dans laquelle se trouve le Royaume-Uni, Bruxelles semble "envoyer un signal à Londres" pour lui montrer qu'elle est prête à "commencer des discussions internes" sur les grandes lignes de "la future relation commerciale", rapporte le média.