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Brexit : les législatives britanniques changent la donne

Revue de presse 13.06.2017

Pensant conforter sa majorité au Parlement et ainsi disposer d'une position plus forte dans les négociations sur le Brexit, Theresa May a finalement perdu sa majorité absolue jeudi 8 juin, au terme d'une campagne des Tories jugée "catastrophique". Affaiblie par le résultat de ces législatives anticipées, la Première ministre britannique tente de rassurer son camp, même si des concessions en faveur d'un Brexit "adouci" sont également évoquées.

The Daily Telegraph

Malgré son revers électoral, Theresa May tente de souder les rangs

Alors qu'"elle pensait être renforcée par des élections anticipées triomphales et arriver en position de force, le 19 juin, à Bruxelles, pour ouvrir les négociations sur le Brexit", rappelle Le Monde, Theresa May a perdu sa majorité absolue au Parlement. C'est ainsi fragilisée que "la Première ministre britannique a tenté lundi de rassurer les députés de son parti", rapporte un autre article du Monde.

"Je vous ai mis dans ce pétrin, je vais vous en sortir", a-t-elle martelé lundi 12 juin face aux députés conservateurs, tentant ainsi de "désamorc[er] la fronde des députés" tories qui couve depuis les résultats du 8 juin [Le Monde]. Son leadership n’a pour autant pas été remis en cause au sein de son propre camp. Un des députés présents à la réunion, cité par Le Monde, estimait ainsi qu'elle "a gagné, [et] doit rester Première ministre".

La plupart des anciens ministres ont été reconduits à leur poste, confirmant la volonté du gouvernement de Theresa May de maintenir la ligne d'un Brexit "dur". "Le ministre en charge du Brexit, David Davis (…) a concédé que 'certains éléments du programme' des Tories allaient 'être éliminés', mais pas ceux sur le Brexit", note Le Point. Le ministre juge qu'une sortie du marché unique est une priorité pour son pays, afin de "reprendre le contrôle" des frontières britanniques [Le Monde].

Le ministre de la Défense Michael Fallon s'est lui aussi voulu rassurant sur les implications de nouvelles alliances, nécessaires après la perte de la majorité absolue. "Soyons clairs", a-t-il déclaré, "ce n’est pas parce que le DUP accepte de nous soutenir sur les questions économiques ou sécuritaires que nous sommes d’accord avec tout leur programme" [Ouest France].

L'instabilité politique ouvre la possibilité d'un Brexit "adouci"

Malgré ces tentatives d'apaisement, Theresa May devra nécessairement faire certaines concessions sur les négociations du Brexit après cette déconvenue électorale.

En pourparlers avec le Parti démocratique unioniste (DUP), formation ultraconservatrice d’Irlande du Nord, la cheffe du gouvernement britannique a essayé de rassurer son parti. Le DUP ne devrait avoir "aucune influence sur la politique de reconnaissance des droits des homosexuels ou sur la neutralité du gouvernement britannique en Irlande du Nord" [Le Monde].

Mais ces négociations ne resteront certainement pas sans conséquence pour le Brexit, estime Le Point. "De nombreux analystes estimaient lundi que Theresa May pourrait être contrainte d'abandonner l'idée d'un Brexit 'dur' et de (…) maintenir le pays dans l'union douanière et le marché unique européen pour plaire à ses nouveaux alliés qui refusent l'idée d'une frontière entre les deux Irlande", rapporte le journal.

Dans le même temps, "des ministres du gouvernement conservateur britannique de Theresa May et des membres du Labour, tenants d'un Brexit 'doux', discutent en secret pour s’orienter vers cette solution", selon The Daily Telegraph (notre photo) cité par LCI. Le journal britannique, cité également par Le Parisien, avance que "ces discussions auraient pour but de contraindre Mme May à faire des compromis sur l'immigration, l'union douanière et le marché unique."

"May a perdu son autorité concernant le Brexit et tout le reste. Toutes les options sont à nouveau sur la table", juge Stephen Barber, un expert de la London South Bank University cité par l'AFP et repris par LCI.

Les entreprises britanniques lancent elles aussi un signal d'alarme à Theresa May. Une enquête du lobby patronal Institute of Directors (IoD), analysée par Les Echos, "montre que 76 % des dirigeants de sociétés interrogés au lendemain des législatives sont inquiets de l'impact de l'incertitude actuelle sur leurs opérations. (…) L'enquête souligne en particulier l'inquiétude des milieux d'affaires vis-à-vis du Brexit. Près des trois quarts des personnes interrogées demandent à l'exécutif de donner la priorité à un accord de libre-échange avec l'Union européenne et 86 % demandent un accord de transition avec les Vingt-Sept pour que le Brexit n'ait pas de conséquences trop brutales pour les entreprises."

Les négociations du Brexit encore retardées

Signe des incertitudes et des tractations en cours, "la BBC a affirmé lundi que la cérémonie d'ouverture du Parlement, prévue le 19 juin et à l'occasion de laquelle la Reine lira le programme législatif du gouvernement, serait retardée de quelques jours", souligne Le Parisien. Ces retards internes auront des conséquences directes sur les négociations sur le Brexit, qui se voient également repoussées. En effet, "Theresa May a été contrainte de faire annoncer, lundi 12 juin, le report de ce calendrier, alors que les discussions d’une extrême complexité sont enserrées dans un délai de deux ans et que l’horloge tourne" [Le Monde].

Citant un diplomate, le journaliste Jean Quatremer souligne tout le paradoxe auquel fait face la Première ministre : "si elle se montre trop laxiste, elle perdra le soutien des durs de son parti. Mais si elle se montre trop dure, elle n’aura pas de majorité au Parlement, les travaillistes et les Ecossais voulant garder autant que se peut les avantages du marché unique" [Libération].

"Theresa May vient de faire perdre deux mois précieux à son pays, puisqu’il ne s’est rien passé depuis le 29 mars, date à laquelle elle a activé l’article 50 du traité sur la sortie de l’UE. Et face à elle, le bloc des Vingt-Sept n’a jamais été aussi uni, et uni sur une ligne dure", ajoute le journaliste.

En fin d'après-midi, Theresa May doit rencontrer Emmanuel Macron. Leur discussion devrait porter sur la lutte contre le terrorisme et les contenus extrémistes en ligne, mais également sur le Brexit, alors que le nouveau président français semble, lui, s'avancer vers une majorité confortable à l'Assemblée nationale [Le Parisien].