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Brexit : le camp du "in" panique, celui du "out" veut y croire

Revue de presse 15.06.2016

Les derniers sondages ont eu l'effet d'une petite bombe dans la campagne du référendum sur le maintien du Royaume-Uni dans l'Union européenne. Depuis une semaine, la majorité des enquêtes donnent le camp pro-Brexit en tête, ce qui force ses adversaires à mettre les bouchées doubles dans une campagne qui peine à convaincre l'électorat. David Cameron, qui subit des attaques de tous bords, semble progressivement s'effacer et c'est le Parti travailliste qui a désormais pris la relève avec en première ligne l'ancien Premier ministre Gordon Brown. Pendant ce temps, la presse choisit son camp.

Journaux

Panique à bord

"Panique" est le mot choisi par de nombreux journaux pour décrire l'ambiance qui règle actuellement dans le camp du "remain". En effet comme l'explique Libération, "les derniers sondages se suivent et se ressemblent : ils donnent une avance, parfois très large, au camp du 'leave', pour la sortie de l’UE".

A droite, le chancelier de l'Echiquier George Osborne se spécialise désormais dans les déclarations alarmistes, cherchant à "provoquer un électrochoc" [RFI]. Dernière menace en date, le ministre des Finances a déclaré hier qu'un Brexit pourrait provoquer un trou noir de 40 milliards de livres dans le budget, et que le gouvernement "pourrait déclencher la mise en place d'un budget d'urgence qui entraînerait hausse d'impôts et réduction des dépenses" [Le Point]. Selon lui, il sera donc impossible pour le gouvernement d'appliquer les promesses électorales qui l'ont fait élire en 2015.

Une annonce qui a "provoqué la colère des partisans d'une sortie de l'UE", qui accusent leurs adversaires de faire des prédictions "apocalyptiques" [RFI].

Mais Libération constate que "la peur d’une catastrophe économique, y compris après les avertissements de toutes les institutions internationales et avec une livre sterling qui dégringole sur les marchés, ne suffit manifestement pas à convaincre l’opinion publique de rester". Dès lors, le Parti travailliste semble vouloir modifier sa stratégie.

Le Labour passe enfin à l'offensive

Il était en effet temps pour le Labour de proposer un discours plus virulent en faveur du maintien dans l'UE. "La tiédeur du chef du Labour, Jeremy Corbyn, vis-à-vis de l'Union européenne s'était traduite jusqu'ici par un engagement modeste" du parti, poursuit le quotidien. A tel point que certains sympathisants ne connaissaient toujours pas sa position officielle sur le sujet.

La gauche a donc fait appel à Gordon Brown, ancien chancelier de l'Echiquier de Tony Blair et son successeur à Downing Street de 2007 à 2010. Il est connu outre-Manche pour ses positions europhiles, mais également pour avoir milité contre l'indépendance de l'Ecosse –son pays d'origine - lors de la campagne du référendum en 2014. Désormais, il appelle les Britanniques a "mener l'Europe, et non la quitter".

Les travaillistes s'aventurent même sur le périlleux sujet de l'immigration, désormais au cœur des débats. Le vice-président du Labour, Tom Watson, a ainsi déclaré que "l'UE devrait réfléchir rapidement à une réforme du principe de libre circulation des travailleurs" [Le Point].

Les nationalistes écossais (SNP – gauche) ont fait de même. Le député Alex Salmond, ancien chef du parti, a affronté Boris Johnson dans un débat organisé par le Telegraph, le mettant devant le fait accompli en le forçant à avouer qu'il n'avait "pas lu un rapport sur l'immigration que celui-ci venait tout juste de citer pour illustrer l'impact économique négatif de l'immigration. 'Moi je l'ai lu et vous avez tort', lui a lancé l'Écossais" [Le Point].

Une presse britannique engagée  

Une prise de position qui a fait du bruit tout en ne surprenant personne ce mardi : le tabloïd The Sun a annoncé qu'il soutenait le Brexit. Un choix "guère étonnant" selon Le Monde, "tant le quotidien multiplie les articles anti-UE depuis des semaines". Dans un éditorial qui ne fait pas dans la demi-mesure, le quotidien le plus lu du pays critique "l'expansion sans relâche de l'Etat fédéral allemand" et exhorte les Britanniques à "se libérer de la dictature de Bruxelles".

Le quotidien dresse au passage un panorama de la presse britannique : côté tabloïds, The Sun, The Daily Mail et The Daily Express sont férocement eurosceptiques, voire europhobes. The Daily Mail a récemment été critiqué pour avoir préféré titrer sur un "supposé plan européen qui ouvrirait les frontières du pays à 1,5 million de Turcs", plutôt qu'à l'attaque d'Orlando qui a fait 49 victimes le weekend dernier. Seul tabloïd défendant le maintien, The Daily Mirror est proche du Parti travailliste. Enfin, les journaux traditionnels The Guardian et The Financial Times sont favorables au "remain", tandis que The Times, qui appartient comme The Sun à Rupert Murdoch, semble indéterminé sur la question.

Les éditoriaux de la presse britannique regorgent par ailleurs de prises de position particulièrement engagées. Dans le Daily Telegraph (journal conservateur), on peut lire que depuis l'adoption de la monnaie unique au début des années 1990, l'Union européenne faisait en réalité "tout ce qu'elle voulait, et peu importe les doutes britanniques". Pour son auteur, "les options ne sont pas quitter l'UE ou le statu quo ; elles sont quitter l'UE ou être encore plus noyés dans les prochaines étapes du projet européen, actuellement en cours d'élaboration dans les capitales de l'Europe".

Dans un article d'opinion du Guardian, intitulé "L'UE est le pire des choix – à l'exception de l'alternative" son auteur tape à la fois sur Bruxelles et sur Londres. "L'Union européenne est une fosse-septique pourrissante d'influence indue et de lobbying opaque. Incitée par l'industrie du tabac, la Commission européenne démantèle doucement, grâce à ce qu'elle a appelé son 'agenda pour une meilleure régulation', nombre de textes arrachés de haute lutte et qui protègent notre santé, nos conditions de travail et l'environnement" peut-on y lire. Un "égout nocif" qui demeure un "printemps radieux" si on le compare au système britannique, "La biodiversité, les rampes pour les fauteuils roulants, les limites de vitesse, les poumons des enfants : tous doivent établir leur contribution au PIB. A quoi d'autre, après tout, servent-ils ?". On comprend donc qu'un vote pour le maintien ne s'accompagne pas forcément d'une déclaration d'amour à l'Union européenne. 

Dans la presse étrangère, on s'inquiète des répercussions

Les Allemands s'inquiètent des menaces d'un Brexit sur leurs exportations, comme l'explique Focus, qui évoque des "conséquences douloureuses". Bien que de possibles restrictions administratives au commerce ne prendraient effet que dans quelques années, "un ralentissement de l'île est susceptible de se traduire aussi rapidement dans les exportations allemandes".

En Italie, Il Giornale est fataliste. Pour ce quotidien, "seuls ceux qui ont parié voient encore Londres dans l'UE", alors que les Britanniques semblent "hausser les épaules face aux intimidations de nombreux milieux".

Le quotidien espagnol El Pais rappelle que les représentants des institutions "se réuniront le matin du 24 Juin pour coordonner les stratégies. En cas de crise, la Banque centrale européenne et la Banque d'Angleterre se préparent pour ce jour-là une réponse commune pour assurer la liquidité du marché".

Enfin, La Libre Belgique revient sur une décision de la justice européenne qui pourrait peut-être favoriser le camp du "remain". L'UE a donc accordé le droit de "limiter les aides sociales aux enfants de migrants européens". "Le Royaume-Uni peut exiger que les bénéficiaires des allocations familiales et du crédit d'impôt pour enfant disposent d'un droit de séjour dans cet État", a indiqué la Cour de justice de l'UE (CJUE) dans un communiqué, en rejetant un recours de la Commission européenne. Ceci dans un but de protection des finances de l'Etat membre d'accueil, a ajouté la CJUE. Les pro "remain" pourrait donc arguer qu'une sortie de l'UE n'est pas nécessaire pour mieux contrôler les flux de migration, principal sujet de motivation des partisans d'un Brexit.

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