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Brexit : la stratégie de Theresa May vivement critiquée au Royaume-Uni

Revue de presse 13.10.2016

Si un "hard Brexit" semble se profiler, la Première ministre britannique n'a dévoilé que très peu d'éléments sur sa stratégie de retrait de l'Union européenne. Theresa May souhaite également se passer de l'approbation du Parlement dans la mise en œuvre du Brexit. Une attitude fortement décriée par l'opposition, de même que par des citoyens ordinaires ayant déposé des recours devant les tribunaux.

Theresa May

Le Parlement britannique veut avoir son mot à dire sur le Brexit

"La chef du gouvernement entend mener les négociations avec Bruxelles seule et dans le plus grand secret", ce qui explique qu'une "fronde croissante de députés de tout bord, y compris conservateurs, s'organise pour réclamer un rôle pour le  Parlement dans le processus", présente Le Figaro. Une stratégie "vivement critiquée" au cours de deux débats de la Chambre des communes sur la question, organisés lundi et mercredi.

L'opposition ne manque pas, en effet, de reprocher à la Première ministre sa gestion du Brexit. Jeremy Corbyn, chef du Parti travailliste, accuse un processus chaotique de sortie de l'Union européenne, s'illustrant par une absence de stratégie et son opacité. [Euronews]. Il a également dénoncé le manque de cohérence concernant la position de Theresa May vis-à-vis du marché unique, qu'elle pourrait bien sacrifier étant donné sa volonté de contrôler l'immigration. Pour les Européens, le Royaume-Uni ne pourrait en effet y rester s'il décidait de refuser la libre-circulation des personnes. "Quelqu’un a dit un jour que quitter le Marché ferait courir le risque d’une perte des investisseurs et d’un recul dans le commerce international. Cette personne est maintenant la Première ministre, et c‘était avant le référendum", a martelé Jeremy Corbyn.

La Première ministre écossaise, l'indépendantiste Nicola Sturgeon, favorable à un maintien du Royaume-Uni dans l'Union européenne, critique elle aussi cette option du "Brexit dur", à savoir le contrôle strict de l'immigration sans accès au marché unique. Elle estime que cette position n'est pas celle de ceux qui ont voté "oui" au référendum sur la sortie de l'Union [Le Point avec l'AFP]. La dirigeante écossaise a ainsi annoncé ce matin "son intention de présenter la semaine prochaine un nouveau projet de loi pour un référendum d'indépendance, estimant que le vote pour le Brexit avait changé les termes d'appartenance au Royaume-Uni" [Le Figaro].

Selon son cabinet, elle devait également déclarer aujourd'hui, lors du congrès annuel de son parti, le SNP, que les citoyens britanniques "n'ont pas voté pour abaisser notre niveau de vie ou pour sacrifier des emplois et des investissements" et qu'ils n'ont pas non plus voté pour "transformer les étrangers en boucs émissaires", accusant ainsi le gouvernement britannique de répandre la xénophobie [Le Point avec l'AFP].

Le flou entretenu par le gouvernement ne suscite pas que la colère de l'opposition. Les attaques contre la Première ministre émanent également du camp des conservateurs. Pour Claire Perry, députée conservatrice, le gouvernement met en péril "les emplois et les entreprises britanniques" en donnant la priorité à "l'idéologie" dans le Brexit. "Le gouvernement a-t-il définitivement tourné le dos au marché unique, oui ou non ?", a demandé Anna Soubry, députée du même parti [Les Echos]. Face au feu des critiques, Theresa May a accepté mercredi que le Parlement puisse débattre, mais continue de rejeter le moindre vote de ce dernier sur le processus de sortie de l'Union européenne du Royaume-Uni.

Une opposition citoyenne et judiciaire au gouvernement May  

Le refus de consulter le Parlement de la Première ministre sera examiné par la justice anglaise dès jeudi à la suite des recours de plusieurs groupes de citoyens britanniques, opposés à la décision de Theresa May. "Des citoyens aux profils très différents, allant du coiffeur à la gestionnaire de fonds de pension", précise RFI. Des actions en justice accusées par la cheffe du gouvernement d'être menées dans le but de "contourner" le résultat du référendum du 23 juin, rapporte le média.

"C'est le Parlement qui nous a fait entrer dans l'Union européenne et seul lui peut nous en faire sortir", rétorque John Halford, un des avocats des plaignants [L'Express avec l'AFP]. La Haute Cour de Londres va examiner le dossier pendant une audience devant durer trois jours. Les juges ne feront pas connaître leur décision avant plusieurs semaines. "Le perdant fera certainement appel, estiment les analystes, qui s'attendent à ce que le cas atterrisse alors directement devant la Cour suprême", explique l'hebdomadaire.