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Brexit : la confusion règne au sein du gouvernement de Theresa May

Revue de presse 13.01.2017

Encore un couac dans la gestion du Brexit par le gouvernement May. Mercredi 11 janvier, le ministre britannique de l'Immigration Robert Goodwill a laissé entendre que les chefs d'entreprise britanniques devraient payer une taxe de 1 000 livres (environ 1 150 euros actuellement) pour l'embauche de travailleurs qualifiés européens. Face aux inquiétudes suscitées par cette annonce au sein du patronat britannique, la cheffe du gouvernement est revenue sur les déclarations de son ministre. Un événement révélateur de la direction très incertaine que prend le Brexit.

Theresa may

Une mesure digne d'un "hard Brexit"

"Le ministre de l’immigration, Robert Goodwill, a fait sensation, mercredi 11 janvier, en suggérant que l’embauche d’un Européen pour un emploi qualifié au Royaume-Uni puisse être soumise au paiement d’une taxe de 1 000 livres (1 154 euros), déjà en vigueur pour les immigrés non européens", rapporte Le Monde. "Cela s’applique pour le moment aux [expatriés] hors UE. Il se pourrait qu’on nous suggère de l’appliquer aux [expatriés] de l’UE, mais nous ne sommes pour le moment pas vraiment en mesure de spéculer sur l’issue des négociations post-Brexit", a déclaré le ministre, cité par Euractiv.

Une mesure qui "paraissait calibrée pour ravir les 'brexiters'", désireux de la mise en place d'un contrôle total de l'immigration, excluant la libre circulation des Européens, analyse Le Monde. "Elle semblait aussi dans la droite ligne des dernières déclarations de Mme May, qui a privilégié le contrôle de l’immigration sur l’accès au marché unique européen, confirmant son choix en faveur d’un 'hard Brexit'", ajoute le quotidien.

Quelques heures seulement après cette annonce et la réaction effarée de l'Institute of Directors, importante organisation patronale britannique, la Première ministre Theresa May, par le biais de sa porte-parole, a tenu à rassurer en revenant sur les déclarations de son ministre de l'Immigration. "Il semble qu’il ait été mal compris et ses propos tirés de leur contexte", a déclaré la porte-parole de la cheffe du gouvernement à la presse, rapporte Euractiv. "Ce qu’il a dit, c’est qu’il y a un certain nombre de choses que certains pourraient suggérer pour aller de l’avant. À aucun moment il n’a dit que c’est prévu. Ce n’est pas au programme du gouvernement", a-t-elle insisté.

"La sortie de M. Goodwill tenait sans doute du ballon d’essai destiné à mettre la pression sur les Vingt-Sept avant l’ouverture des négociations", estime Le Monde. Ce n'est pas la première fois que le gouvernement May annonce des mesures destinées à faire pression sur les adversaires du Brexit.

Mi-novembre, la volonté du ministre de l'Intérieur Amber Rudd d'exiger des entreprises britanniques une liste de leurs salariés étrangers, projet abandonné à la suite du tollé qu'il avait provoqué outre-Manche, semblait répondre au même objectif que l'annonce du ministre de l'Immigration. "Amber Rudd n’avait pas caché son objectif : mettre la pression sur les patrons pour les inciter à recruter en priorité des salariés britanniques", rappelle Ouest France.

Hard or soft Brexit ?

Cet épisode témoigne de l'issue très incertaine du Brexit. D'autant que, comme le souligne La Croix, la guerre fait rage quant à la stratégie à adopter entre les partisans d'un Brexit "dur" et ceux en faveur d'un Brexit "souple". "D’un côté, le monde des affaires et la majorité des dirigeants politiques recherchent une sortie indolore de l’Union européenne. De l’autre, des responsables idéologiquement opposés à l’UE, surtout pour des motivations souverainistes, placent leur priorité sur la fin de la liberté de mouvement des travailleurs plutôt que sur le maintien dans le marché unique", résume le quotidien.

Minoritaires parmi l'élite, les réseaux des partisans d'un "hard" Brexit n'en demeurent pas moins influents. Le secrétaire d'Etat au commerce international, Liam Fox, est le plus influent des "hard brexiters", selon La Croix. Samedi, il a fait savoir que son département avait "identifié plus de cinquante pays qui pourraient bénéficier de l’expertise britannique et nous continuons notre travail pour explorer plus de possibilités d’exporter vers d’autres nations". "Une manière de mettre la pression sur les Vingt-Sept : si vous ne nous accordez pas d’accès au marché unique, nous irons voir ailleurs", considère le quotidien.

Ces positions fermes et radicales interviennent au moment où "tout en négociant âprement les conditions de sa sortie de l'UE, Londres ambitionne en parallèle de se forger un nouveau rôle, à la fois sur le continent et dans le reste du monde", souligne Le Figaro. Cela permet d'afficher la détermination des Britanniques à obtenir le meilleur accord possible alors que les appels des dirigeants européens à l'unité des Etats membres se multiplient, laissant entendre que le Royaume-Uni aura fort à faire face au poids des Vingt-Sept.

Dernier appel en date, la chancelière allemande Angela Merkel, en visite hier à Bruxelles, a déclaré : "L'Europe fait face aux plus grands défis des dernières décennies et le scepticisme est plus grand que jamais (...) mais nous devons maintenir l'Europe unie et l'améliorer" [7sur7].

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