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Brexit : l'UE veut mettre la pression sur un Royaume-Uni qui se déchire de l'intérieur

Revue de presse 27.06.2016

Quatre jours après l'annonce tonitruante du vote des Britanniques en faveur d'un retrait de l'Union européenne, le pays semble plus au bord du chaos politique que prêt à faire face à un processus de sortie effectif. Si David Cameron a annoncé son intention de passer la main à l'automne, sa décision de ne pas déclencher l'article 50 du Traité sur l'Union européenne commence à agacer à Bruxelles et dans les capitales européennes. Le pays semble devoir d'abord panser des plaies internes : travaillistes et conservateurs se déchirent et le SNP semble prêt à ce que l'Ecosse quitte le Royaume-Uni.

Boris Johnson

Pas d'article 50 pour Cameron

Le Premier ministre démissionnaire du Royaume-Uni l'avait pourtant annoncé dès son discours de défaite vendredi matin, alors que son pays avait voté à 51,9% en faveur d'une sortie de l'UE : ça ne sera pas à lui de déclencher la procédure de sortie grâce à l'activation de l'article 50 du traité sur l'Union européenne. La lourde charge reviendra à son successeur, qui sera désigné par les conservateurs avant l'automne. A Londres, on craint en effet le déclenchement d'une procédure "qui fait pencher la balance des négociations en faveur de l'UE" estime The Economist.

Pourtant à Bruxelles, on n'apprécie guère que Londres ose encore une fois fixer les règles du jeu. Dès vendredi, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker avait exhorté le pays "à lancer les démarches de sortie immédiatement", explique France 24. "Ce n'est pas un divorce à l'amiable, mais après tout ce n'était pas non plus une grande relation amoureuse", a-t-il asséné dans la foulée." Je ne comprends pas pourquoi le gouvernement britannique a besoin d'attendre jusqu'au mois d'octobre pour décider si oui ou non il envoie la lettre de divorce à Bruxelles. J'aimerais l'avoir immédiatement", a-t-il également déclaré [Le Point].

Martin Schulz, président du Parlement européen, a lui souhaité qu'une demande formelle soit déposée par M. Cameron mardi à Bruxelles, dans le cadre du Conseil européen extraordinaire qui réunit l'ensemble des chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE. Pourtant même en interne, on y croit peu. "Nous nous attendons à ce que Cameron présente les résultats du référendum, nous ne nous attendons pas, à ce stade, à ce que Cameron déclenche l'article 50", déclare une source européenne citée par plusieurs médias.

La réaction des dirigeants européens est, encore une fois, inégale. Pays-Bas, France et Italie sont aux côtés de Bruxelles pour pousser à un déblocage rapide du statu quo. "Tout le monde veut de la clarté : le peuple, les entreprises, les marchés financiers", a déclaré Bert Koenders, ministre néerlandais des Affaires étrangères [The Guardian]. A l'inverse, Angela Merkel semble pencher pour le choix des Britanniques de ne pas précipiter les choses. Son but : gagner du temps pour faire face aux problèmes qui s'annoncent : éviter une propagation du populisme en France, aux Pays-Bas et en République tchèque et "éviter un chacun pour soi dans les stratégies post-Brexit" [The Financial Times].

Conservateurs et travaillistes en guerre interne

On comprend que le Premier ministre ne veuille pas engager officiellement son pays sur la voie du Brexit, tant le paysage politique local semble avoir été secoué par un violent séisme depuis vendredi. D'abord chez les conservateurs, le départ annoncé de David Cameron – qui quitte également la tête du parti qu'il dirige depuis 2005 - a engagé une inévitable guerre des chefs.

The Guardian a annoncé hier que Boris Johnson – ex-maire de Londres – et Theresa May – ministre de l'Intérieur – "sont sur le point de lancer leur candidature officielle cette semaine, dans un contexte légèrement chaotique et une atmosphère fébrile au sein du Parti conservateur". Toutefois les deux candidats font chacun face à des critiques de leur camp : le premier pour avoir mené une campagne pro-Brexit agressive et parfois mensongère, la seconde pour avoir soutenu le camp du "remain", qui a perdu le scrutin du 23 juin. Quel que soit le candidat retenu, il aura pour tâche difficile d'unifier un parti profondément divisé par une campagne qui a vu une part non négligeable de ses membres soutenir le Brexit et donc s'opposer à David Cameron.

Toutefois, ce sont les travaillistes qui ont fait le plus parler d'eux ce week-end. Tout a commencé avec le renvoi du "ministre des Affaires étrangères" Hilary Benn du cabinet fantôme par le chef du Labour Jeremy Corbyn. Réaction immédiate de grande ampleur : "la démission de dix membres du cabinet fantôme, soit un tiers de l’effectif total".

"Jeremy est un homme bon et respectable mais ce n'est pas un dirigeant" a déclaré Hilary Benn dans une émission politique ce dimanche. Une déclaration qui surprendrait si elle n'était au fond pas partagée par une grande partie des députés travaillistes. "Un grand nombre d’élus et de responsables ne pardonnent pas à M. Corbyn son total manque de charisme, son absence des médias, sa mollesse et son défaut de conviction dans la campagne du référendum et le tiennent pour coresponsable de la catastrophe du Brexit", explique Le Monde.

Ses détracteurs agitent les résultats du référendum du 23 juin pour appuyer leurs arguments : 37% des électeurs du Labour ont voté en faveur du Brexit, à l'encontre de la ligne officielle du parti. Une motion de défiance a été déposée par deux députées et doit être soumise à un vote, peut-être dès mardi. Mais M. Corbyn, élu à la tête du Labour en septembre 2015 à la surprise générale mais avec un fort soutien populaire, a annoncé qu'il ne démissionnerait pas malgré les critiques. "Je ne vais pas trahir la confiance de ceux qui ont voté pour moi, ni celle des millions de personnes à travers le pays qui ont besoin que le Labour les représente", a-t-il déclaré dans un communiqué [La Libre].

La fébrilité dans les deux camps peut être attribuée à la tenue possible de nouvelles élections législatives à l'automne, lorsque le nouveau Premier ministre sera désigné. L'occasion de remettre à plat le paysage politique après ce vote historique.

L'Ecosse vers un nouveau référendum d'indépendance ?

Une problématique différente se profile en Ecosse, qui a plébiscité un maintien dans l'UE à 62%. Plus que jamais, les Ecossais creusent un fossé entre eux et l'Angleterre. L'occasion rêvée pour le Parti national écossais (SNP), au pouvoir, d'ouvrir la voie à un second référendum pour l'indépendance de l'Ecosse, après l'échec du premier qui s'était tenu en 2014.

"Le contexte et les circonstances ont changé du tout au tout. Le Royaume-Uni au sein duquel l'Écosse a choisi de rester en 2014 n'existe plus" a déclaré dimanche la Première ministre Nicola Sturgeon [France 24]. Mais les Ecossais souhaitent-ils entrer à nouveau dans une campagne électorale, après une succession de scrutins ces dernières années – référendum sur l'indépendance en 2014, élections générales en 2015, élections régionales et référendum sur l'UE en 2016 ?

"D’après l’enquête menée par l'institut Survation, 44,7 % des sondés pensent que l'Écosse ne devrait pas organiser de second référendum sur l'indépendance, contre 41,9 % d'opinions favorables". Toutefois, et c'est assez paradoxal, "l'enquête montre aussi que si un référendum était organisé immédiatement, une majorité se prononcerait pour l'indépendance, à 47 % contre 41,2%".

D'autres sondages du Sunday Times et de ScotPulse cités par France 24 donnent respectivement 52% et 59% d'Ecossais favorables à la sécession avec le reste du Royaume-Uni.

En conclusion, Il Sole 24 Ore se demande quelle formule le Royaume-Uni adoptera dans ses relations avec l'Union européenne dans le futur. "Le plus probable selon les analystes politiques semble être celle de l'Espace économique européen, qui s'applique à la Norvège, au Liechtenstein et à l'Islande". Cet espace prévoit ainsi "la libre circulation des marchandises, des capitaux et des personnes, et la participation à des programmes de recherche tels que Horizon 2020", ce qui pourrait davantage convenir à un Etat membre constamment frustré par l'accroissement des pouvoirs politiques d'une Union à la base purement économique. Des négociations qui pourraient exiger une douzaine d'années, selon ce média italien.

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