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Brexit : l'Irlande s'alarme d'un possible rétablissement de sa frontière avec le Royaume-Uni

Revue de presse 24.02.2017

L'Irlande est sans doute le pays qui souffrira le plus des conséquences du Brexit. La sortie du Royaume-Uni de l'UE préoccupe de plus en plus la République d'Irlande. Un éventuel rétablissement des droits de douane serait particulièrement préjudiciable au pays, étant donné l'importante imbrication de son économie avec celle de son voisin britannique. Au-delà des préoccupations économiques, si une frontière physique était rétablie, l'accord historique du Vendredi saint, conclu en 1998 et ayant mis fin au conflit nord-irlandais, serait remis en cause.

Enda Kenny et Jean-Claude Juncker, le 23 février 2017

De lourdes conséquences économiques

Avec 20% de ses exportations destinées au Royaume-Uni, l'Irlande pourrait payer très cher la facture du Brexit. En réalité, rapporte RFI, les Irlandais ont déjà commencé à la payer. Et c'est en premier lieu le secteur agroalimentaire qui se trouve dans la tourmente, près de la moitié de la production agricole irlandaise étant exportée au Royaume-Uni. La radio internationale prend l'exemple de la faillite de plusieurs fermes irlandaises spécialisées dans la culture des champignons à destination du marché britannique. Ces dernières ont succombé à la chute de la livre sterling. Les agriculteurs irlandais estiment ainsi avoir déjà perdu 700 millions d'euros au cours de l'année dernière à la suite du référendum sur le Brexit le 23 juin dernier, indique le média.  

Les propos des responsables politiques irlandais ne rassurent guère. La semaine dernière, Enda Kenny, le Premier ministre irlandais, a prévenu que son pays sera le plus affecté par le divorce entre les Britanniques et l'UE, relate Euractiv. Et le plus inquiet des dirigeants irlandais est, sans surprise, le ministre de l'Agriculture : "Pour certaines personnes, le Brexit est encore à venir. Pour notre secteur agroalimentaire, il a déjà commencé", a-t-il déclaré la semaine dernière, rapporte le média. Si les négociations aboutissaient à une sortie du Royaume-Uni du Marché unique, les droits de douane prévus par l'OMC pourraient être appliqués par le Royaume-Uni, avec des taxes de 50% sur les produits laitiers et de 40% sur le bœuf. "Un scénario catastrophique pour l’Irlande", qui mettrait directement en péril les 109 700 emplois du secteur agricole irlandais.

L'accord de paix nord-irlandais menacé

Si le rétablissement des droits de douane préoccupe fortement les Irlandais, celui d'une frontière physique entre l'Irlande du Nord et la République d'Irlande fait craindre un retour des tensions communautaires sur l'île. Le retour de la frontière serait une remise en cause de l'accord du Vendredi saint. Celui-ci avait mis fin en 1998 à un conflit de 30 ans, entre partisans du maintien de l'Irlande du Nord au sein du Royaume-Uni et ceux en faveur d'un rattachement à la République d'Irlande, ayant fait 3 500 morts. Il permet notamment à toute personne née en Irlande du Nord de bénéficier de la double nationalité, indique RFI.

Hier, au cours d'une rencontre avec le Premier ministre irlandais, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a rejeté la perspective du rétablissement de la frontière. "La Commission européenne et le gouvernement irlandais travailleront étroitement ensemble pendant les négociations sur le Brexit. Nous ne voulons pas de frontière physique entre l’Irlande du Nord et la République [d'Irlande]", a déclaré le chef de l'exécutif européen [Le Monde avec l'AFP].

Euronews rappelle par ailleurs que l'UE s'est fortement impliquée dans le processus de paix en Irlande du Nord : "Le programme européen en faveur de l’Irlande du Nord a deux objectifs majeurs : ramener la cohésion entre les différentes communautés, ainsi que la stabilité économique et sociale. L’Union a déjà dépensé plus d’un milliard d’euro pour soutenir le processus de paix", détaille le média européen.

De son côté, le chef du gouvernement irlandais Enda Kenny a assuré que le retour de la frontière n'aura pas lieu : "Nous sommes d'accord avec le gouvernement britannique et le gouvernement britannique est d'accord avec nous, qu'il ne devrait pas y avoir de retour aux frontières physiques du passé et il n'y en aura pas", a-t-il affirmé, tout en décrivant néanmoins les prochaines négociations comme un "défi politique" [Le Figaro avec l'AFP]. 

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