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Brexit : l'inquiétude de la Banque d'Angleterre et de la City

Revue de presse 13.05.2016

A un peu plus d'un mois de l'échéance du référendum sur le maintien du Royaume-Uni dans l'Union européenne, les prises de paroles des différents acteurs de la vie économique et monétaire britannique font grand bruit. La Banque d'Angleterre vient de lancer un avertissement sur les dangers d'un Brexit, tandis qu'à la City, le cœur financier de Londres, on navigue entre catastrophisme et pragmatisme.

city

Un risque sérieux de récession en cas de Brexit

Une croissance "nettement plus faible", une inflation "nettement plus haute" et un chômage en augmentation. C'est en somme l'avertissement formulé par le gouverneur de la Banque d'Angleterre Mark Carney. Il va même jusqu'à évoquer une possible "récession technique" qui se traduirait par une baisse du PIB pendant deux trimestres d'affilée [Les Echos].

"Ces déclarations sont d'autant plus inquiétantes que l'économie britannique est déjà en train de ralentir" précise le journal. La Banque a déjà revu à la baisse les perspectives de croissance pour les trois prochaines années.

"C'est un jugement qui n'est pas fondé sur une lubie" ajoute-t-il. "C'est le jugement du comité de politique monétaire (CPM) indépendant et c'est le jugement de tous les membres du CPM" [L'Obs].

M. Carney a également mis en garde le pays concernant une baisse de l'investissement direct à l'étranger (IDE) en Grande Bretagne, poursuit L'Obs. L'IDE sert au financement du déficit de la balance courante et il pourrait être à la baisse en cas de Brexit. "Une proportion substantielle du financement (du déficit des comptes courants) passe par l'investissement direct étranger et il apparaîtrait que l'une des considérations prises en compte pour ces investissements directs étrangers tient au statut du Royaume-Uni vis-à-vis de l'UE" explique le gouverneur.

"Fait rare", indiquent Les Echos, "le gouverneur a également mis en garde sur l'évolution de la monnaie". La livre sterling a chuté de 9% depuis novembre, une baisse imputée aux incertitudes liées au débat sur l'éventuel Brexit. Un vote en faveur d'une sortie de l'UE ne ferait qu'accentuer cette baisse. "La plupart des économistes tablent sur un déclin de 15% à 20%".

La Banque d'Angleterre prévoit par ailleurs "2,0% de croissance en Grande-Bretagne cette année et 2,3% en 2017, au lieu de 2,2% et 2,4% prévus en février" rappelle L'Obs.

La City, comme le pays, se divise sur la question

"Mais de quoi aurait l'air la City si les Britanniques décidaient de voter pour une sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne ?" se demande par ailleurs l'Express. Les réactions sont diverses, généralement très prudentes. "La très puissante British Bankers Association (BBA), qui vient de sonder ses adhérents, a elle, déclaré qu'elle resterait neutre pendant toute la campagne" alors que seules 74 banques sur 147 que compte la BBA ont accepté de répondre à cette enquête. "Pas question de mécontenter un client ou un actionnaire..."

Certains géants sont toutefois prêts à partir en bataille contre un "Brexapocalypse", comme Goldman Sachs ou Morgan Stanley, en s'attelant à un intense travail de lobbying. Un Brexit signifierait pour elles la fin de la vente de leurs produits et services dans l'ensemble des pays membres de l'UE. Afin de contrer cela, elles seraient contraintes de créer de nouvelles filiales à l'étranger, un processus coûteux.

"HSBC, dont le logo flotte fièrement sur un des gratte-ciel de Canary Wharf, a évoqué la relocalisation d'un millier de postes vers Paris en cas de Brexit. Pour d'autres, Francfort serait la grande gagnante" explique l'Express.

Pourtant, des voix s'élèvent contre cet alarmisme persistant. Pour l'économiste Vicky Redwood, les avantages de la City seront toujours là après un Brexit : "le système légal, la langue anglaise, le fuseau horaire commode, une ouverture aux étrangers […] et une masse critique d'expertise dans les secteurs des services".

Les pro-Brexit mettent également en avant la possibilité de signer des accords de libre-échange individuels avec de nombreux pays, "et la possibilité d'exporter des services financiers dans les économies émergentes". "Pour la Chine et les pays asiatiques, il n'y a pas d'alternative plausible dans l'hémisphère Ouest, et ni Francfort ni New York ne pourraient gagner contre Londres", affirme Savvas Savouri, l'économiste du fonds alternatif Toscafund.

Michel Sapin, le ministre des Finances qui se trouvait jeudi à Londres, a affirmé que "la City de Londres est une force financière considérable et je ne crois pas qu'un Brexit transformerait tous les éléments qui constituent cette force. Mais je ne crois pas non plus que cela serait sans effet" [The Guardian].

Dans la presse européenne

Pour le PDG de Shore Capital Group Howard Shore, qui a signé une tribune dans le Telegraph, "L'Europe n'est pas le lieu où nous trouverons une croissance durable. Elle a, de manière répétée, prouvée qu'elle était incapable de se réformer".

L'ancien Premier ministre britannique John Major a également prévu de s'exprimer face aux dirigeants de la campagne pour le "leave" afin de leur dire qu'ils risquent de se transformer en membres du parti europhobe UKIP s'ils continuent à faire de l'immigration leur cheval de bataille, indique le Guardian. "C'est leur atout maître. Je les conjure de faire attention. Il s'agit d'un territoire dangereux qui, si on ne le manie pas avec précaution, peut entrainer des divisions durables dans notre société" [The Guardian].

Dans le Süddeutsche Zeitung, le président du groupe PPE au Parlement européen Manfred Weber préconise de souligner clairement auprès des Britanniques les conséquences d'un "non". "La sortie serait un grand mal mutuel. Mais si les électeurs du Royaume-Uni votent en ce sens alors je respecte leur volonté. A savoir : sortir du marché unique, de la coopération policière, où les Britanniques profitent massivement de l'échange de données. Et sortir également de la politique de sécurité commune".

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