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Brexit : l'avenir du Royaume-Uni en danger ?

Revue de presse 31.05.2016

A un peu plus de trois semaines du référendum fatidique sur l'appartenance du Royaume-Uni à l'UE, la presse française et européenne propose de nombreux articles sur les risques que pose le scrutin sur l'identité, l'unité et, in fine, l'avenir, du pays. Facteur de divisions au sein de la société, le référendum pourrait en outre considérablement renforcer les velléités indépendantistes des nations britanniques.

Brexit

Désagrégation du Royaume-Uni ?

Harold James, professeur d'histoire et de relations internationales à Princeton, est catégorique : le référendum britannique sur l'appartenance à l'Union européenne "mène la société britannique dans l'impasse". Ecrivant pour La Tribune, l'universitaire estime qu'en "ramenant une question complexe à un choix binaire [les référendums] prennent une dimension existentielle et peuvent être à l'origine de profondes divisions à long terme".

"Chaque camp a diabolisé l'autre, affirmant que l'adversaire était motivé par la malveillance ou l'ignorance", poursuit-il. Tandis que "les Britanniques favorables au maintien du Royaume-Uni dans l'Union européenne sont vilipendés comme les esclaves d'une bureaucratie technocratique irresponsable", les partisans du Brexit seraient, eux, des "obscurantistes, peu instruits, motivés uniquement par la colère et la peur".

A peine moins catégorique, François-Charles Mougel, auteur de l'ouvrage 'Une Histoire du Royaume-Uni de 1900 à nos jours' et ancien enseignant à Sciences Po Bordeaux, interrogé par Libération, prévient qu'une "victoire du Brexit pourrait fragiliser l'unité britannique". Reprenant l'expression de l'ancien Premier ministre britannique Disraeli, l'historien indique "qu'au-delà de l’inégalité économique, ce qui compte c’est la hiérarchie du pouvoir". C'est d'ailleurs ce sur quoi joue le parti UKIP : "puisque les élites veulent que la Grande-Bretagne reste dans l’UE, ce parti fait campagne pour en sortir".

Egalement cité par France Culture, François-Charles Mougel ajoute qu'un Brexit serait de nature à provoquer "un craquement sans précédent", en engendrant un nouveau référendum d'autodétermination en Ecosse, mais aussi en Irlande du Nord et au Pays de Galles, certes "plus intéressé par les subventions européennes que par un face à face avec Londres".

Un avis que partage The Independent, selon qui "un Brexit briserait le Royaume-Uni". Le quotidien rappelle en effet que l'Ecosse "est déjà en train de réclamer un nouveau vote pour l'indépendance", et que cette fois l'Union européenne devrait se montrer accueillante à son égard. Par voie de conséquence, l'Irlande du Nord, traditionnellement proche de l'Ecosse, pourrait être encline à également s'éloigner du Royaume-Uni, le journal estimant de plus que la réunification de l'Irlande est "possible". Enfin, "si l'Angleterre force le Pays de Galles à sortir de l'UE, la voix des indépendantistes gallois se fera plus forte".

Incertitudes sur l'après 23 juin : la France à l'affût ?

Et à ces questions existentielles, s'ajoute l'incertitude quant au modèle à adopter pour Londres en cas de sortie de l'Union européenne. "L'hypothèse la plus simple serait que le Royaume-Uni rejoigne l'Islande ou la Norvège comme membre de l'Espace économique européen (EEE), ce qui lui donnerait un accès au marché intérieur", présente Le Vif, même si dans ce cas le pays ne pourrait participer à l'élaboration des règles. Autre possibilité : suivre l'exemple de la Suisse qui "a conclu plus d'une centaine d'accords sectoriels avec l'UE". Enfin, le Royaume-Uni pourrait aussi devenir un simple Etat tiers vis-à-vis de l'UE, quitte à s'éloigner de son marché principal.

Des options plutôt peu engageantes qui devraient de surcroît s'étaler sur plusieurs années, à en croire The Guardian qui propose sur son site, sous la forme d'un rétro-planning, un aperçu de ce qui "arrivera si le Royaume-Uni vote pour quitter l'UE".

De plus, si la position officielle des partenaires européens du Royaume-Uni est de répéter qu'ils souhaitent voir le pays rester dans l'Europe, certains pays, dont la France, pourraient néanmoins tirer profit d'un Brexit. "Le Royaume-Uni sera encore plus odieux à Bruxelles s'il reste en Europe", soutient par exemple l'eurodéputée socialiste Pervenche Berès [EurActiv]. "Au Parlement européen, les Anglais font bande à part. Ils votent non pas en fonction de leur groupe politique, mais de leur pays. Et au niveau du Conseil européen, ce sont eux qui bloquent beaucoup de dossiers", surenchérit un autre député européen français cité par le site spécialisé sur les questions européennes.

Sur le plan financier également, la France et la place de Paris ne verraient pas forcément d'un mauvais œil une sortie du pays de l'UE. "Le scrutin sur le Brexit attise le lobbying parisien", titrent ainsi Les Echos. Le "positionnement stratégique" a une nouvelle fois été mis en avant indique le quotidien économique sur son site, même si Gérard Mestrallet, président de Paris Europlace est resté pondéré. "Quel que soit le résultat [du référendum], la Place de Paris entend faire valoir ses atouts pour attirer les entreprises internationales qui souhaiteraient développer les activités en Europe", a-t-il déclaré.

Le camp du 'in' perd du terrain

D'après les derniers sondages, relayés par L'Obs en France, "le camp du Brexit réduit l'écart". L'étude ORB, pour le quotidien conservateur et eurosceptique britannique The Telegraph, indique en effet que 51% des électeurs voteraient pour rester dans l'UE, contre 46% pour en sortir. Une avance limitée et qui a "fondu de huit points en une semaine", notamment en raison de la place de l'immigration dans le débat, selon Lynton Crosby, conseiller du Premier ministre David Cameron interrogé par The Telegraph.

C'est donc probablement pour tâcher de maintenir l'avance de son camp que David Cameron s'est récemment rapproché du nouveau maire de Londres, travailliste et musulman, Sadiq Khan. Alors que le chef du gouvernement britannique l'a "qualifié de radical" durant la campagne pour les élections municipales du 5 mai dernier, les deux hommes se sont affichés ensemble hier pour un meeting commun auquel Jeremy Corbyn, leader du Parti travailliste, "n'a pas voulu assister" [ABC]. MM. Cameron et Khan ont "inauguré le bus de campagne 'Britain stronger in Europe' (la Grande-Bretagne plus forte au sein de l'Europe)", précise 7sur7. "Laissons nos désaccords de côté pour l'intérêt de Londres", a sobrement déclaré le nouvel édile.

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