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Brexit : à six semaines du référendum, petites phrases et soutiens dans les deux camps

Revue de presse 17.05.2016

Le long week-end de Pentecôte a été l'occasion de raviver le débat sur le Brexit dans la presse européenne. A un peu plus d'un mois du référendum sur le maintien du Royaume-Uni dans l'Union européenne, les résultats des sondages semblent varier d'une enquête à l'autre. Sur place, l'ancien maire de Londres Boris Johnson cultive son image polémique, les patrons sont de plus en plus nombreux à se prononcer pour la sortie du pays de l'UE et en France Nicolas Sarkozy se dit fermement opposé à cette idée.

Johnson

La petite phrase de M. Johnson qui enflamme le débat à Londres

Retraité de la mairie de Londres depuis à peine deux semaines, Boris Johnson semble en profiter pour se consacrer pleinement à la campagne en faveur du Brexit, quitte à enflammer le débat avec les propos polémiques qui lui sont habituels. S'exprimant dans le Sunday Telegraph sur les tentatives historiques de rassemblement du continent européen depuis "2000 ans", il a expliqué que "Napoléon, Hitler, plusieurs personnes ont essayé de le faire, et cela s’est terminé de manière tragique. L’Union européenne est une autre tentative avec des méthodes différentes".

Tollé dans les rangs de l'opposition travailliste, les députés estimant tour à tour que M. Johnson a "touché le fond", fait preuve d'un "manque honteux de jugement" ou plus généralement que les militants du Brexit "ont perdu l'argument économique et maintenant ils perdent leur sens moral" [Libération].

Des propos accueillis très fraîchement en Allemagne. Le porte-parole des sociaux-démocrates Axel Schäfer se dit "sans voix" face à la "stupidité [qui] peut découler du nationalisme chez des personnes qui paraissent pourtant intelligentes". Pour son homologue de la CDU Jürgen Hardt, c'est une preuve que M. Johnson est "à court d'arguments" [The Guardian].

Pourtant il n'a pas manqué de soutien dans son camp. Dimanche, le chef du parti europhobe UKIP Nigel Farage a affirmé qu'il soutiendra l'ancien maire de Londres pour succéder à David Cameron comme Premier ministre [La Vanguardia]. Ian Duncan-Smith, ancien ministre du Travail du gouvernement, a déclaré que les propos de M. Johnson relevaient du "fait historique" et que "l'idée d'essayer de diriger l'Europe que ce soit de force ou via la bureaucratie crée, au final, des problèmes" [Libération].

"Mais fondamentalement" a ajouté Boris Johnson à propos de l'UE, "l’éternel problème [est] qu’il n’y a pas d’autorité unique qui puisse être respectée ou comprise. C’est la cause de cet immense vide démocratique".

Des propos qui font écho à ceux de l'ancien président Nicolas Sarkozy, pourtant "totalement opposé à la sortie du Royaume-Uni de l'Europe". Dans une interview au Monde, l'ancien chef de l'Etat a en effet déploré une "absence complète de leadership" européen, fustigeant au passage l'effacement de François Hollande au sein du couple franco-allemand. Poursuivant sur le Royaume-Uni, il estime que "sur nombre de leurs critiques, les Britanniques ont raison. Le décrochage des peuples vis-à-vis de l'Europe est un sujet de préoccupation majeur pour tous les pays". Il ajoute que "Brexit ou pas, il faudra, dans tous les cas de figure, refonder profondément le projet européen, et cela passera par un traité dont la France doit être à l’initiative, dès l’été 2017".

300 femmes et hommes d'affaires britanniques pour un Brexit

Dans une lettre ouverte au Telegraph, 300 femmes et hommes d'affaires britanniques ont appelé lundi au départ du Royaume-Uni de l'UE. "En dehors de l'UE, les entreprises britanniques seront libres de croître plus vite, de s'étendre sur de nouveaux marchés et de créer davantage d'emplois. C'est le moment de voter pour partir et de reprendre en main notre destinée " écrivent-ils.

Même si on retrouve dans les signataires quelques grands noms, comme le patron des pubs Wetherspoon Tim Martin, ou l'ancien président de British American Tobacco Patrick Sheehy, Les Echos relèvent que "la plupart des signataires sont toutefois des cadres ou responsables de petites et moyennes entreprises". Ils dénoncent entre autres une compétitivité du Royaume-Uni "sapée par [leur] appartenance à une UE en plein échec" à cause d'une "bureaucratie bruxelloise étouffante pour les 5,4 millions d'entreprises britanniques, alors que seule une minorité d'entre elles commerce concrètement avec l'UE".

Dans le camp pro "remain", on s'allie avec les grandes entreprises pour défendre l'Europe

Le ministre des Finances George Osborne s'est rendu hier à l'aéroport de Londres Stansted pour y inaugurer un nouveau centre de formation de la compagnie irlandaise à bas coût Ryanair. Son patron, Michael O'Leary, en a profité pour mettre en garde les électeurs britanniques : "pour dire les choses simplement, si la Grande-Bretagne n'est pas membre de l'UE, ces investissements et ces emplois iront vers d'autres pays. C'est la raison pour laquelle Ryanair soutient fermement la campagne pour le maintien de la Grande-Bretagne dans l'UE" [Challenges].

Un Brexit signifierait selon lui la fin des accords de ciel ouvert qui permettent à la compagnie irlandaise de proposer des vols low-cost à partir du Royaume-Uni vers toute l'Europe, et donc à terme une hausse du prix des billets d'avion dans le pays. "Quitter l'Union européenne est un aller sans retour vers une Grande-Bretagne appauvrie" a renchéri M. Osborne.

L'opinion publique semble toujours aussi divisée à six semaines du scrutin, et les enquêtes d'opinion semblent plus refléter l'orientation politique des journaux qui les publient qu'une véritable tendance de fond : le pro-Brexit Telegraph a annoncé lundi 55% d'opinions favorables à une sortie de l'UE, alors que le même jour The Guardian, qui prône le maintien, estime ce chiffre à seulement 39% [Le Figaro].

Le journal Allemand Die Welt indique par ailleurs qu'un Allemand sur trois est favorable à une sortie de l'UE, alors que 48% des Français souhaiteraient faire de même. "Que ce soit le Front national en France, UKIP au Royaume-Uni ou Alternative pour l'Allemagne (AfD), ensemble ces voix eurosceptiques forment une chorale qui noie le silence de la majorité silencieuse pro-européenne".

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