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Biélorussie : les 28 tendent la main au "dernier dictateur d'Europe"

Revue de presse 13.10.2015

Alexandre Loukachenko a été élu pour la cinquième fois consécutive à la tête de la Biélorussie, suite à des élections qui semblent à nouveau entachées d'importantes irrégularités. Pourtant, les ministres européens s'annoncent prêts à lever les sanctions frappant ce "petit frère" de la Russie en quête des faveurs du FMI.

Alexandre Loukachenko

Lundi, à la sortie d'une réunion des ministres européens des Affaires étrangères, le secrétaire d'Etat français aux Affaires européennes, Harlem Désir, a annoncé que l'UE donnait son feu vert à la levée des sanctions contre la Biélorussie, rapporte Le Figaro. Libération précise que "la décision, déjà entérinée au niveau des ambassadeurs, doit encore être formellement adoptée par l’Union européenne", et ajoute que "les sanctions en question visent 175 personnes et 14 entités, dont les avoirs ont été gelés dans l’UE et qui sont privées de visas".

Concrètement, celles-ci vont être reconduites pour les quatre prochains mois mais ne seront pas appliquées.

Plusieurs éléments permettent de comprendre la levée des sanctions contre le "dernier dictateur d’Europe" [Courrier international]. La première étape est expliquée par le secrétaire d'Etat français, cité par Le Figaro : ce feu vert "fait suite à la fois à la libération de plusieurs prisonniers politiques -dont nous demandions depuis déjà plusieurs mois qu'ils soient relâchés- et aux élections qui viennent de se dérouler".

La seconde étape était le bon déroulement des élections présidentielles de dimanche. Le président Alexandre Loukachenko, cumulant déjà 21 années au pouvoir, a été réélu pour un cinquième mandat consécutif, à plus de 83% des voix. L'Opinion ironise et titre "Alexandre Loukachenko, 17% des Biélorusses lui ont fait défaut". Un seul opposant s'est présenté face à lui, les autres personnalités politiques appelant au boycott de peur de légitimer des élections à la validité contestable, rapporte Le Monde.

Lors des élections de 2010 le même scénario était prévu, cependant "Loukachenko avait été inscrit sur la 'liste noire' de l’UE en janvier 2011 en raison de la répression violente qui avait suivi sa réélection contestée" rappelle Libération. Si un tel scénario se reproduisait, des sanctions seraient à nouveau mises en œuvre par l'Union européenne.

Courrier international précise le déroulement des évènements. "Dans le conflit ukrainien, Minsk a voulu jouer un rôle de tampon en accueillant les négociations de paix à plusieurs reprises. Alexandre Loukachenko a refusé de reconnaître la Crimée comme russe lors de l’annexion de la péninsule. C’est grâce à ce positionnement que la Biélorussie a pu se rapprocher de l’Europe".

Si Loukachenko souhaite se rapprocher de Bruxelles, c'est également pour pouvoir recréer des liens avec le FMI, rompus depuis 2010. Comme le détaille Le Monde, "à Minsk, les caisses sont vides. […] L'économie biélorusse vit sous perfusion de la Russie", dont l'économie connait des difficultés.

L'intention du président bélarusse n'est pas de rompre les liens avec Moscou, mais plutôt de "jouer sur les deux tableaux" estime Courrier international : le cauchemar ukrainien après la rupture de ses liens avec la Russie a marqué les esprits. D'ailleurs, "la Biélorussie, qui a intégré l’Union eurasiatique de Vladimir Poutine, est considérée comme le dernier allié de Moscou, en tout cas le plus solide", rappelle Le Monde.

La prochaine étape n'aura pas lieu avant la remise du rapport de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), qui a surveillé le déroulement des élections et a affirmé dès lundi "que des 'problèmes importants' avaient miné l’élection présidentielle au Belarus" [Libération]. Déclaration qui avait motivé Washington à prendre le "contre-pied de l'UE", estimant que "les critères internationaux en termes de liberté et d’équité du scrutin n’ont pas été respectés".

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