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Avenir de l'Europe : Alexis Tsipras et deux journalistes politiques tirent la sonnette d'alarme

Revue de presse 08.09.2016

A une semaine du sommet européen de Bratislava du 16 septembre, Alexis Tsipras, ainsi que les journalistes Alain Duhamel et Gérard Leclerc, s'alarment du risque d'explosion de l'Union européenne. Crise des réfugiés, Brexit, austérité économique, clivage Est/Ouest grandissant : pour les trois personnalités, les maux dont souffre l'Europe sont nombreux et potentiellement mortels en l'absence de sursaut démocratique et politique.

Alexis Tsipras

Une "Europe forteresse" accusant un "déficit social"

Le Monde publie ce matin une interview du Premier ministre grec Alexis Tsipras. Ce dernier s'apprête à recevoir, demain, les dirigeants des pays d'Europe méditerranéenne, dont François Hollande et Matteo Renzi. Une initiative sans précédent justifiée par le fait qu'il s'agit "des pays dans l'œil du cyclone à la fois sur la crise des réfugiés, la crise sécuritaire et le terrorisme et la crise économique", explique le dirigeant de gauche radicale.

Alors que la situation économique grecque doit être de nouveau examinée demain par les ministres des Finances de la zone euro, le Premier ministre a repris son combat prioritaire, à savoir "obtenir des exceptions sur la question du Pacte de stabilité, augmenter le soutien aux mesures en faveur de la croissance et mieux lutter contre le chômage".

Mais le chef du gouvernement grec a également tenu à "tirer la sonnette d'alarme" face à l'émergence d'une "Europe forteresse". Une référence directe aux pays du groupe de Višegrad (Pologne, Hongrie, République tchèque et Slovaquie). En effet, pour Alexis Tsipras, il y a en Europe "un déficit social qui permet à des personnalités marginales, à des racistes, de devenir des faiseurs de beau temps". Et d'ajouter qu'on "ne peut pas admettre une telle ambiance d'intolérance, contraire aux principes fondateurs de l'Union". L'Europe "est comme un somnambule qui marche vers la falaise", a-t-il solennellement déclaré.

Face au "populisme xénophobe", l'Europe est "tétanisée"

Dans une tribune publiée par Libération sur son site, le ton du journaliste et essayiste politique Alain Duhamel est tout aussi lugubre. "Comme dans "l'entre-deux-guerres, la poussée du populisme déconstruit le consensus démocratique", écrit-il. Avant de procéder à une énumération des pays où "le populisme xénophobe" a le vent en poupe. En Allemagne d'abord, où ce mouvement vient de réussir "une percée spectaculaire", lors des élections régionales en Mecklembourg-Poméranie occidentale dimanche dernier. En Hongrie et en Pologne ensuite, où il "gouverne déjà", en Italie avec Beppe Grillo, en France avec Marine Le Pen, en Grande-Bretagne où il "imprègne le camp victorieux du Brexit".

"Comme dans les années 30", analyse Alain Duhamel, "les gouvernements démocratique se battent en ordre dispersé, incapables de s'unir pour résister". Pour l'historique observateur de la vie politique française et européenne, l'Union européenne est "tétanisée, pétrifiée, impuissante".

La "situation abracadabrantesque" d'une Europe qui "dérive sans boussole"

Et en guise de miroir à l'alarme tirée par Alexis Tsipras et Alain Duhamel, Gérard Leclerc, ancien rédacteur en chef de France Télévisions, signe une tribune intitulée "l'Europe à la dérive". Publiée par le Huffington Post, cette dernière fait part de son inquiétude partagée vis-à-vis de la poussée impressionnante du populisme sur le Vieux Continent.

Gérard Leclerc présente pour sa part une "situation abracadabrantesque", où "les leaders des 5 premières puissances de l'Union sont politiquement à la peine". Angela Merkel "voit son étoile pâlir", François Hollande "végète dans les tréfonds de l'impopularité", Matteo Renzi "joue son va-tout sur un référendum constitutionnel hasardeux", Mariano Rajoy "recherche depuis des mois une majorité", et Theresa May "ne sait pas comment concrétiser sa sortie de l'Europe". A l'instar d'Alain Duhamel, l'ancien président de LCI décrit une Europe "tétanisée", qui "paraît dériver sans boussole".

La "contre-révolution" hongroise et polonaise face au leadership chancelant de l'Allemagne

Et force est de constater que l'actualité semble donner raison à MM. Tsipras, Duhamel et Leclerc. Réunis au Forum économique de Krynica (Pologne) mardi, le Premier ministre hongrois Viktor Orban et Jaroslaw Kaczynski, le chef du parti ultraconservateur polonais Droit et justice actuellement au pouvoir, ont tous deux prôné l'établissement d'une "contre-révolution dans l'UE". Les deux hommes se sont employés à rappeler que "l'Europe est riche de ses cultures, de leurs différences, des différences de structure", rapporte Le Parisien (avec l'AFP). Mettant en avant l'importance de "l'identité nationale et religieuse", ils ont ainsi accusé les "élites européennes" de chercher à les "liquider".

En outre, comme le titre encore Le Figaro aujourd'hui, les déboires électoraux d'Angela Merkel et la contestation de sa politique d'ouverture à l'égard des réfugiés "prive l'Europe de leadership". Pour le quotidien, "sa récente défaite électorale a créé un trou d'air dangereux pour une Union en crise, tiraillée entre partenaires du Nord et du Sud".

Relatant l'intervention de la chancelière allemande hier au Bundestag, Le Monde note que son désormais célèbre slogan "on va y arriver" a été évacué de son discours et qu'elle cherche dorénavant à mettre "l'accent sur les aspects de sa politique qui sont censés donner d'elle une image de fermeté plus qu'une image de générosité". Le quotidien précise toutefois que Mme Merkel n'entend pas renoncer à sa politique d'immigration pour autant. "Nous servons notre pays au mieux quand nous sommes guidés par les valeurs qui sont les nôtres : liberté, sécurité, justice, solidarité", a-t-elle ainsi déclaré. "L'Allemagne restera l'Allemagne, avec tout ce qui en elle nous est cher".

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