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Autriche : un nouveau chancelier nommé à cinq jours de la présidentielle

Revue de presse 18.05.2016

Christian Kern, le patron des chemins de fers autrichiens, a été officiellement investi hier comme chancelier fédéral par le président de la République sortant, Heinz Fischer. Il succède à Werner Faymann, qui a annoncé sa démission la semaine dernière après les résultats catastrophiques des deux partis de coalition lors du premier tour de l'élection présidentielle. Alors que le second tour aura lieu dimanche, beaucoup s'attendent à la victoire de Norbert Hofer de l'extrême-droite (FPÖ). Dès lors, les sociaux-démocrates doivent adopter une nouvelle stratégie face à la montée du populisme en Autriche.

Christian Kern

Des chemins de fer à la chancellerie

"Vous allez assumer une grande, belle, mais aussi difficile fonction, avec beaucoup de responsabilités" a confié le président Heinz Fischer au nouveau chancelier fédéral lors de son investiture hier [RFI]. Nul doute que Christian Kern, 50 ans, a conscience que sa nomination intervient dans un contexte politique particulièrement difficile pour les partis historiques du pays, en particulier le SPÖ (Parti social-démocrate d'Autriche) dont il vient également d'être nommé leader.

Son prédécesseur aux deux postes, Werner Faymann, s'est résigné à quitter ses fonctions la semaine dernière, tirant les conséquences d'un premier tour de l'élection présidentielle sous forme de débâcle pour le SPÖ et son partenaire de coalition, la droite de l'ÖVP (Parti populaire autrichien).

"Exclus par les électeurs du deuxième tour de scrutin, les deux partis au pouvoir ont subi un revers historique, recueillant ensemble moins du quart des suffrages" rappellent Les Echos.

Le grand vainqueur du 24 avril dernier, fut le FPÖ (Parti de la liberté d'Autriche) et son candidat Norbert Hofer, qui a récolté 35% des voix lors de ce premier tour. Il affrontera dimanche l'écologiste indépendant Alexander Van der Bellen (21,3% des voix). Dès lors, la position de Werner Faymann, chancelier depuis 2008, était devenue intenable.

Christian Kern bénéficie d'une bonne image dans l'opinion publique. "Il a la réputation d'un manager performant, il a dirigé depuis 2010 la société autrichienne de chemins de fer et il a réussi à redresser les comptes de l'entreprise, tout en gardant de bonnes relations avec les syndicats" liste RFI. Il serait crédité de 42% d'opinions favorables selon Le Monde

La stratégie du SPÖ pour conserver le pouvoir

A peine sorti d'une terrible défaite, les sociaux-démocrates semblent tirer les conséquences du résultat du premier tour afin de peser dans la balance malgré leur absence du scrutin final. "Les gens vont voir que leur vote a été pris en compte et que leur message d’insatisfaction a été entendu", veut croire Barbara Blaha, du SPÖ. "Je pense que cela devrait augmenter les chances d’Alexander Van der Bellen face à Norbert Hofer" [Le Monde]. Le nouveau chancelier a d'ailleurs indiqué qu'il voterait pour le candidat écologiste ce dimanche.

Il s'agit également de couper l'herbe sous le pied de l'extrême-droite. Le candidat du FPÖ "a en effet laissé entendre qu’en cas de victoire, il proposerait un changement à la tête de l’exécutif ou des élections [législatives] anticipées favorisant sa formation, largement en tête des intentions de vote". Difficile désormais pour Norbert Hofer, s'il devient président, de mettre cette stratégie en pratique sans être taxé d'autoritarisme. Il a toutefois indiqué qu'il accorderait "six mois à un an au gouvernement de coalition pour régler les problèmes du pays".

Mais selon Les Echos, "le SPÖ devra aussi clarifier sa politique sur deux points qui ont contribué à détourner ses partisans ". D'abord, la gestion des réfugiés après le durcissement brutal de la politique autrichienne d'accueil au mois de janvier. M. Kern est connu pour avoir gérer avec "humanité" et "efficacité" le transport en train de milliers de réfugiés transitant par l'Autriche à l'été 2015, alors qu'il était patron des chemins de fer [La Libre]. Deuxièmement, "l'opportunité d'une alliance avec l'extrême droite au niveau fédéral" que certains semblent prêt à mettre en œuvre à gauche.

Sur la question, M. Kern n'a pas voulu trancher. Le Monde note toutefois qu'un signal a pu être donné lorsqu'il a remplacé la moitié des ministres SPÖ du gouvernement, et nommé entre autres Muna Duzdar, une musulmane non pratiquante d'origine palestinienne. "Cette avocate habitant dans la capitale a fortement critiqué la politique autrichienne à l’encontre des réfugiés, très dure depuis janvier". A ce sujet, le porte-parole de Norbert Hofer a affirmé que ce dernier aurait donné son feu vert à ce nouveau gouvernement, "malgré sa volonté de lutter contre une 'invasion musulmane' " du pays. Sauf si Mme Duzdar devait porter le voile, qui est selon lui "un symbole de soumission de la femme". Le chancelier a pour sa part mis en avant un changement visant à "lever le frein économique qui a créé une mauvaise ambiance entre les Autrichiens" [El Mundo].

Il a également expliqué qu'il soutenait la limite adoptée par le gouvernement de 37 500 demandes d'asile cette année. Il s'agit d'une "base convenable" pour la politique d'asile, fruit d'un compromis entre les partenaires de la coalition [Krone].

Pas de front républicain au second tour

M. Hofer est en tout cas toujours en tête dans les sondages, qui lui donnent 53% des voix contre 47% pour Alexander Van der Bellen. Un succès dimanche semble d'autant plus probable "qu'aucun front républicain ne s'est constitué pour barrer la route à l'extrême droite" [Les Echos].

Cela ne surprend pas le politologue Gustav Gressel, interrogé dans la Tribune de Genève. "Les socialistes ont gouverné avec [le FPÖ] au sein d’une coalition de 1983 à 1986, les conservateurs aussi, de 2000 à 2002. Qu’on le veuille ou non, il fait partie du système politique autrichien". Il est donc naturel que "la gauche n'exclut pas l'idée de coopérer" avec l'extrême droite. Christian Kern a toutefois déclaré lors de sa première conférence de presse qu'il était "inconcevable de travailler avec des partis qui montent les gens contre les minorités" [The Telegraph], sans mentionner les partis concernés.

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