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Autriche : le chancelier Werner Faymann démissionne entre les deux tours de la présidentielle

Revue de presse 10.05.2016

Le premier tour de la présidentielle autrichienne aura, par son résultat fracassant, provoqué la chute du chancelier fédéral Werner Faymann, pourtant au pouvoir depuis 2008. Arrivée en tête du scrutin le 24 avril dernier, le candidat du parti d'extrême droite (FPÖ) Norbert Hofer a devancé les deux partis traditionnels au pouvoir au sein d'une grande coalition et fait planer un grand doute sur la survie de la législature actuelle qui doit normalement se terminer en 2018. Le parti social-démocrate de M. Faymann doit désormais désigner son nouveau chef, qui lui succédera à la tête du gouvernement autrichien avant le second tour de la présidentielle le 22 mai.

Faymann

Dommage collatéral de la présidentielle

"Le second tour des élections présidentielles en Autriche n’a pas encore eu lieu, mais ses effets collatéraux se font déjà sentir" analyse la correspondante du Monde à Vienne. Fragilisé depuis le 24 avril dernier, date du premier tour des élections présidentielles, le chancelier social-démocrate n'avait pas d'autre choix que de quitter son poste à la tête du gouvernement et de son parti.

Un premier tour aux airs de tsunami politique, à la suite duquel aucun des deux partis qui dirigent l'Autriche depuis 1945 n'a réussi à se qualifier pour l'étape suivante. Le SPÖ et l'ÖVP, qui forment une grande coalition gauche-droite au pouvoir depuis 2008, ne récoltent chacun que 11% des voix, et arrivent à une humiliante quatrième place. Le grand vainqueur, avec 35% des voix, est Norbert Hofer du parti d'extrême-droite FPÖ, partenaire du Front national au sein du Parlement européen. Il disputera le second tour le 22 mai prochain contre un indépendant écologiste, Alexander Van der Bellen.

Dès lors, la place du chancelier n'était plus tenable. "Jugé responsable de la débâcle historique de sa formation, qui risque de propulser le FPÖ au pouvoir", il s'était en effet obstiné à présenter à l'élection un de ses proches, "malgré des sondages inquiétants" et avait refusé de laisser le champ libre à M. Van der Bellen [Le Monde].

"Est-ce que je bénéficie d’un fort soutien au sein du parti ? Je dois admettre que la réponse est non, a-t-il expliqué. Je tire les conséquences de ce faible soutien en démissionnant de mes postes de chef du parti et de chancelier fédéral."

Le SPÖ devra choisir entre cohabitation ou opposition

"Werner Faymann était très critiqué au sein de son parti ces derniers temps", rappelle RFI. Que ça soit du côté des jeunes militants et des syndicalistes, qui l'ont hué lors des cérémonies du 8 mai pour dénoncer son retournement politique sur le droit d'asile et l'accueil des réfugiés, que dans les rangs des élus.

Le SPÖ est traversé par deux courants idéologiques : "le premier réclame la fin du cordon sanitaire établi autour du FPÖ, qui interdit toute alliance entre la gauche et les nationalistes au niveau fédéral". Les sociaux-démocrates partagent d'ailleurs le pouvoir avec l'extrême-droite dans certaines villes de provinces, mais le chancelier n'a jamais voulu entendre parler d'accords au niveau fédéral. Un deuxième groupe "préférerait retourner dans l’opposition, plutôt que de devoir assumer un partage du pouvoir avec les 'bleus' " du FPÖ [Le Monde]. Il y a donc urgence pour le SPÖ à clarifier sa position envers l'extrême-droite avant le 22 mai.

Norbert Hofer a annoncé précédemment que s'il était élu, "il nommerait chancelier tout candidat proposé par la gauche", qui reste le groupe le plus représenté au Parlement [Le Parisien]. En prenant les devants, le SPÖ pourra ainsi "choisir un dirigeant qui refuserait toute compromission avec l'extrême-droite ou qui composerait avec elle". Pour RFI, "le choix est simple : accepter une coalition avec l’extrême droite ou retourner dans l’opposition".

La direction du parti, qui se réunit à partir de cet après-midi, se donne une semaine pour choisir un nouveau leader, qui devra être soumis au vote de confiance des militants le 25 juin. "En attentant, l’intérim à la chancellerie sera assuré par l’actuel vice-chancelier Reinhold Mitterlehner, chef du parti conservateur chrétien" [Le Monde].

Victime de la crise des réfugiés ?

Pour The Guardian, Werner Faymann représente "la première victime politique majeure de la crise des réfugiés". C'est peut-être la cause de sa marche arrière spectaculaire dans sa gestion de la situation. "Après s’être présenté comme la 'centrale de commandement de l’humanité' à la fin de l’année 2015, lors des premières arrivées massives de migrants depuis la Hongrie voisine" [Le Monde], il a radicalement évolué en janvier – l'envolée de l'extrême-droite dans les sondages a dû fortement l'influencer - en rétablissant les contrôles aux frontières et en faisant construire "le premier mur en barbelés de l'histoire de l'Espace Schengen entre son pays et la Slovénie" [Le Parisien].

Dans l'Allemagne voisine, on s'inquiète d'un scénario semblable lors des prochaines élections générales de 2017. Le pays est en effet, comme l'Autriche, dirigé par une grande coalition droite-gauche et fait face à la montée de l'AfD, parti d'extrême-droite. Un membre de la CDU d'Angela Merkel explique ainsi que "la crise gouvernementale à Vienne montre que les grandes coalitions sont préjudiciables à long terme aux partis concernés" [Der Spiegel]. Un député européen du même parti prévient même que "celui qui désire se mettre au lit avec les populistes finit par en  mourir" [Deutschlandfunk]. Enfin, le Tagesspiegel rappelle que Mme Merkel est aussi dans une position inconfortable à cause de sa gestion de la crise des réfugiés, jugée cette fois-ci  trop généreuse par certains membres de son parti.

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