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Autriche : la coalition entre la droite et l'extrême droite inquiète l'Europe

Revue de presse 18.12.2017

Aujourd'hui lundi 18 décembre, le conservateur autrichien Sebastian Kurz devient officiellement chancelier, après avoir trouvé un accord pour former un gouvernement avec le parti d'extrême-droite FPÖ vendredi 15 décembre. Cette coalition inquiète en Europe, alors que M. Kurz doit se rendre à Bruxelles mardi 19 décembre pour rassurer les instances européennes.

Heinz-Christian Strache et Sebastian Kurz

A droite le chancelier autrichien Sebastien Kurz (ÖVP) et à gauche le vice-chancelier Heinz-Christian Strache (FPÖ) - crédits : Sebastian Kurz (Twitter)

Le "wunderwuzzi"

Sebastian Kurz doit être investi chancelier fédéral d'Autriche lundi 18 décembre. C'est le chef de l'Etat Alexander Van der Bellen qui doit le recevoir "à 11 heures locales, (…) avec son gouvernement de treize ministres", indique Europe 1. D'après Le Parisien, "des cérémonies, ainsi que des manifestations d’opposants, sont prévues toute la journée".

Le nouveau chef du gouvernement autrichien, âgé de 31 ans, est "aujourd'hui le plus jeune dirigeant du monde" [Euronews]. Il a pris la tête du Parti démocrate-chrétien (ÖVP) il y a huit mois et "il [l']a conduit à la victoire lors des législatives d’octobre" [Le Parisien]. Celui qui est surnommé "wunderwuzzi" - fils prodigue - est entré en politique à 24 ans. Il a depuis "roulé sa bosse" et est notamment devenu ministre des Affaires étrangères en 2013 [Euronews].

Parmi les mesures qu'il a promis d'appliquer, on trouve l'allègement des impôts, le renforcement de "l’attractivité économique et [de] la sécurité dans son pays", ainsi que la "fin [de] l’immigration illégale" [Libération].

Coalition "noire-bleue"

Son arrivée au pouvoir est marquée par l'entrée au gouvernement du parti d'extrême-droite FPÖ, à qui reviennent six portefeuilles ministériels. Europe 1 explique qu'"au terme de deux mois de négociation, le FPÖ, arrivé troisième des élections, décroche trois ministères régaliens - Intérieur, Défense, Affaires étrangères - et un portefeuille de vice-chancelier pour son chef, Heinz-Christian Strache".

Cependant une telle coalition dite "noire-bleue", pour reprendre les couleurs des deux formations, n'est pas inédite. En effet, le parti d'extrême-droite a "été partenaire des conservateurs au sein de la coalition dirigée par Wolfgang Schüssel" de 2000 à 2007 [Europe 1]. A l'époque, la principale figure du FPÖ s'appelait Jörg Haider.

Heinz-Christian Strache affirme que le programme du nouveau chancelier ressemble à "plus de 50%" à celui de son parti [Libération]. Europe 1 relate qu'au sujet de l'immigration, "Sebastian Kurz a enfourché ce thème cher à l'extrême droite dans la foulée de la vague migratoire des années 2015 et 2016".

Le parti d'extrême-droite "a flirté avec des postions anti-européennes pendant des années et considère le Front national français comme une allié proche", indique Politico. Le média rappelle en outre que le FPÖ appartient au groupe eurosceptique de l'"Europe des nations et des libertés au Parlement européen". 

Sebastian Kurz, un pro-européen ?

A l'inverse, Sebastian Kurz se veut pro-européen. Lors de la formation de cette coalition "noire-bleue", Le Parisien explique que "les chrétiens-démocrates ont refusé au FPÖ d’intégrer aux consultations populaires qui vont être lancées la question d’une éventuelle sortie de l’UE". Par ailleurs, le quotidien ajoute que "Sebastian Kurz a aussi fait savoir qu’il conserverait la haute main sur les dossiers européens".

Néanmoins "certaines propositions du nouveau gouvernement suscitent d’ores et déjà de vives inquiétudes" en Europe [Le Monde]. Le quotidien rapporte que "l’engagement pris par la coalition autrichienne d’accorder la double nationalité aux habitants du Sud-Tyrol italien", alarme le gouvernement transalpin. Mais c'est surtout les positions du nouveau chancelier sur l'immigration, proches de celles de pays comme la Hongrie ou la Pologne, qui dérangent Bruxelles, alors que l'UE souhaite "dégager un compromis en juin 2018" sur le sujet. Selon Politico, l'influence que le FPÖ aura sur la politique européenne de M. Kurz "n'est pas claire".

C'est pour cela que le chancelier fraîchement investi se rend à Bruxelles mardi 19 décembre, afin de rencontrer le président de la Commission Jean-Claude Juncker et le président du Conseil Donald Tusk, dans le but de "réaffirmer son engagement en faveur de l’Europe" [Le Monde]. Europe 1 rappelle que "l'Autriche présidera l'UE au second semestre 2018" bénéficiant ainsi d'une certaine influence sur l'UE.