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Attentat de Berlin : l'Europe à nouveau touchée par le terrorisme

Revue de presse 20.12.2016

Les craintes de la soirée d'hier se confirment. Après qu'un camion a foncé sur la foule présente à un marché de Noël dans le centre-ville de Berlin, provoquant la mort d'au moins 12 personnes et 48 blessés, la police allemande a affirmé ce matin qu'il s'agissait effectivement d'un attentat. Un événement qui pourrait avoir des répercussions politiques importantes en Allemagne, qui semble être une cible privilégiée de Daech en Europe.

Le marché de Noël de la Breitscheidplatz à Berlin

L'Allemagne frappée par une attaque terroriste 

Pour la première fois de son histoire, l'Allemagne est touchée par une attaque djihadiste d'ampleur.

Deux personnes se trouvaient dans le camion, a affirmé la police berlinoise [Le Monde]. Le passager, mort sur place, était un citoyen polonais, selon la police.

"Le camion qui a foncé dans la foule est immatriculé en Pologne. Il appartient à une société polonaise, dont le patron, Ariel Zurawski, interrogé par les médias locaux, a expliqué que le véhicule revenait d’Italie et devait déposer son chargement à Berlin, avant de repartir vers la Pologne, rapporte Le Monde.

Selon M. Zurawski, le camion a sans doute été détourné. Ce qui a été confirmé ce matin par le ministre de l'Intérieur du Brandebourg, Karl-Heinz Schröter, le passager ayant été tué par balle et s'avérant finalement être une victime de l'attentat.

Le conducteur a été interpellé aux alentours de 21h30. Ce matin, Le Figaro relayait une information du quotidien allemand Bild, selon laquelle le principal suspect "détenteur d'un passeport pakistanais, s’appellerait Naved B [et] serait âgé de 23 ans". Un peu plus tard, les autorités allemandes confirmaient qu'il s'agissait d'un attentat.

"Au fil des heures, le profil de l'auteur présumé de l'attentat se précise. Il s'agirait d'un Pakistanais de 23 ans, arrivé en Allemagne entre décembre 2015 et février 2016. Il aurait, selon le journal Der Spiegel, obtenu un permis de séjour quelques mois plus tard, en juin 2016. Cette information est toutefois à prendre avec prudence car le suspect a pu falsifier des documents, prévient l'hebdomadaire allemand", lit-on ensuite sur le site du Figaro peu avant 11h ce matin.

Une des cibles privilégiées de Daech en Europe ?

Le fait que l'Allemagne soit si durement touchée par le terrorisme n'est pas une surprise, analysent plusieurs médias ce matin.

Libération rappelle que si l'attaque marque profondément les esprits par son ampleur, elle ne constitue par pour autant le premier fait d'armes des djihadistes en Allemagne. "L’organisation Etat islamique a ainsi revendiqué en juillet un attentat perpétré par un Syrien de 27 ans, débouté de sa demande d’asile, qui a fait 15 blessés. Et une attaque à la hache perpétrée aussi par un demandeur d’asile de 17 ans, qui a fait 5 blessés. En octobre, un Syrien s’est, lui, donné la mort en détention après avoir été arrêté alors que, selon les enquêteurs, il se préparait à commettre un attentat contre un aéroport de Berlin", énumère le quotidien.

Selon Jean-Charles Brisard, président du Centre d'analyse du terrorisme et enseignant à l'Institut d'études politiques de Strasbourg, interrogé par Le Parisien, l'Allemagne se trouve à certains égards dans une situation analogue à celle de la France : "L'Allemagne fait partie avec la Belgique et la France du trio de tête des pays les plus menacés par le terrorisme, et ce depuis plusieurs années. […] Le moteur est le même qu'en France. C'est un pays qui mène une lutte sans répit contre l'organisation terroriste Etat islamique". Il souligne également que "quand l'organisation Etat islamique planifie des attentats à Paris, elle planifie également des attaques dans d'autres pays de l'Union européenne".

Sur BFM TV, le journaliste Nicolas Hénin, spécialiste du djihadisme, développe une analyse similaire à celle de Jean-Charles Brisard. Il rapporte que "plusieurs magazines publiés par l'Etat islamique mais pas seulement ont relayé plusieurs appels à frapper [l'Allemagne]". "L'Allemagne est clairement une cible et c'est quelque chose qui n'est pas nouveau", explique-t-il.

Pour Franceinfo, qui souligne que 800 personnes ont quitté l'Allemagne pour se battre aux côtés des djihadistes en Syrie et en Irak (dont 250 que les autorités ont vu revenir), "aux yeux des réseaux terroristes, France, Allemagne et Belgique constituent une seule et même zone d'action".

Un attentat lourd de conséquences politiques ?

"La coopération franco-allemande dans la lutte antiterroriste, qui était au cœur des travaux menés aujourd'hui entre les deux ministres, continuera sans relâche pour que les démocraties gagnent le combat contre ceux qui veulent atteindre nos valeurs et notre liberté", a fait savoir le ministre de l'Intérieur Bruno Leroux dans un communiqué après l'attentat, tout en en annonçant un renforcement de la sécurisation des marchés de Noël [La Croix].

La mise en place de politiques sécuritaires, auxquelles la France s'est malgré elle habituée depuis les attentats de Charlie Hebdo et de l'Hyper Casher en janvier 2015 et qui sera sans doute demandée à Angela Merkel par ses électeurs, est encore loin d'être une évidence en Allemagne.

Frédéric Gallois, ancien commandant du GIGN interviewé par Franceinfo, estime que "si les services de renseignement du pays 'sont très engagés', il est encore aujourd'hui 'difficile de faire des démonstrations de force' dans un pays marqué par son passé nazi".

"Si l'acte terroriste est avéré, demain elle sera sommée de réagir face à la menace. [La] politique migratoire [d'Angela Merkel], qui a ouvert les portes aux réfugiés de Syrie, d'Afghanistan ou d'Irak sera de nouveau sous le feu des critiques. A quelques mois des élections législatives, prévues en septembre prochain, l'impact politique d'un tel événement se fera évidemment ressentir", analyse pour sa part Le Figaro.

Des questions d'ordre sécuritaire se poseront aux dirigeants allemands, considère le quotidien, relatant que dès lundi soir, les spécialistes des questions de sécurité de la CDU (le parti d'Angela Merkel) dénonçaient des failles dans l'organisation des services de renseignements allemands. De même, la place de l'armée allemande, fortement limitée en comparaison de l'importance du pays, pourrait être remise en cause. "Le traumatisme des attentats lui fera-t-il dépasser le complexe de la Seconde Guerre mondiale et le pacifisme né de l'après-nazisme ?", se demande en conclusion Le Figaro.

 

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