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Assassinat de Boris Nemtsov : un crime d'Etat ?

Revue de presse 02.03.2015

Dans la nuit du 27 au 28 février, l'opposant politique Boris Nemtsov a été assassiné de quatre balles dans le dos, à quelques mètres du Kremlin. Un crime qui a provoqué une vive émotion en Russie et suscité plusieurs rassemblements. La thèse du meurtre politique est naturellement évoquée, mais sans qu'aucune preuve ne puisse pour le moment la confirmer.

Boris Nemtsov

"C'est la première fois que je suis sortie manifester, en général j'ai peur des débordements. Mais trop c'est trop. L'assassinat de Boris Nemtsov, c'est une attaque sérieuse contre nos droits citoyens. Il faut protester, sinon jusqu'où iront-ils ?", a confié Elena à Libération, l'une des manifestantes de dimanche à Moscou. Son propos n'est guère différent de celui d'Igor, relayé par Les Echos. "Il fallait venir aujourd'hui ! Pour répondre à ceux qui, avec ce meurtre, pensent nous faire peur. En assassinant Nemtsov, les commanditaires ont lancé un message clair : vers nous citoyens, mais aussi vers ceux qui, dans les élites au pouvoir, pouvaient servir de relais. A tous, il va falloir beaucoup de courage…".

Les rassemblements de ce type, la Russie n'en n'est pas coutumière. Entre 50 000 et 70 000 personnes étaient présentes à Moscou dimanche, et environ 6 000 à Saint-Pétersbourg. Des chiffres élevés compte tenu de la popularité de Vladimir Poutine, de la faiblesse et de la désorganisation de l'opposition politique. L'émotion est vive chez les citoyens, mais aussi dans la plupart des médias russes. Pour le quotidien Kommersant, "une barrière psychologique" a été franchie. "Un point de non-retour, une déstabilisation radicale de la situation politique en Russie dont les conséquences ne sont pas encore imaginables", selon Novaïa Gazeta, journal indépendant [Le Monde].

Pour l'heure, les enquêteurs russes ne semblent pourtant pas privilégier la thèse de l'assassinat politique. Boris Nemtsov aurait plutôt été tué pour ses positions vis-à-vis de l'Ukraine, ou de Charlie Hebdo, relate l'Obs. Pour le Kremlin, il s'agirait d'une machination politique visant à déstabiliser le pouvoir. Et rares sont les voix à directement accuser le président russe ou sa garde rapprochée. L'écrivain Vladimir Féderovski, interrogé par Le Figaro, estime ainsi que "Nemtsov ne représentait pas un danger pour Poutine", même s'il concède que l'événement "confirme la dégradation du climat politique en Russie".

Qu'elles soient venues de France ou des Etats-Unis, les réactions internationales sont donc restées pondérées. François Hollande, a dénoncé un "assassinat odieux", tandis que John Kerry, chef de la diplomatie américaine, a exhorté Moscou à "rapidement mener une enquête impartiale et transparente", rapporte Le Monde.

Reste qu'avec la mort de Boris Nemtsov, encore plus rares seront les personnalités à s'opposer frontalement à Vladimir Poutine. L'homme de 55 ans avait franchi rapidement les échelons politiques à la suite de l'effondrement de l'Union soviétique, devenant le ministre de l'Energie de son mentor, Boris Eltsine. Pressenti pour lui succéder, le président russe lui préféra finalement Vladimir Poutine en 1999. Passé dans l'opposition, il dénonça à plusieurs reprises le caractère "malhonnête" des élections en Russie et l'omnipotence du président russe [Slate].

L'Express dresse la liste des derniers opposants de Vladimir Poutine. Le joueur d'échecs Garry Kasparov, proche de Boris Nemtsov, et l'économiste Serguei Gouriev sont en exil, tout comme l'ancien oligarque Mikhail Khodorkovski. Quant à Alexei Navalny, aujourd'hui considéré comme le principal rival de Vladimir Poutine, ce dernier se trouve inquiété par la justice pour détournement, escroquerie et blanchiment d'argent. Le 20 février dernier, il fut également condamné à 15 jours de prison pour avoir distribué des tracts.

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