Derniers articles publiés

Asile et migrations : le mini-sommet européen se solde sans avancée majeure

Revue de presse 25.06.2018

Réunis pour un mini-sommet sur les migrations à Bruxelles dimanche 24 juin, les dirigeants de 16 pays européens se sont accordés sur le renforcement des frontières de l'UE. Ils peinent cependant toujours à s'entendre sur le droit d'asile.

Mini-sommet européen sur l'immigration

Mini-sommet européen sur l'immigration, le 24 juin 2018 - Crédits : Commission européenne

A l'issue du mini-sommet sur la question migratoire qui s'est tenu dimanche 24 juin à Bruxelles, les seize dirigeants européens présents ne sont pas parvenus à un accord. Et ce malgré l'absence des pays du groupe de Visegrad (Hongrie, Pologne, Slovaquie et République tchèque) et des trois Etats baltes (Estonie, Lettonie, Lituanie), écrit Le Monde.

Pour le media anglophone Politico, il ne s'agit toutefois pas à proprement parler d'un échec. Alors que la politique migratoire est l'un des sujets qui divise le plus les Européens, les dirigeants se sont félicités de voir un nouvel élan politique dans ce domaine. Ils se sont également engagés à poursuivre les discussions lors du Conseil européen des 28 et 29 juin, qui réunira cette fois l'ensemble des chefs d'États et de gouvernement de l'UE.

C'est d'ailleurs pour "déminer le terrain" de ce Conseil que la Commission européenne avait décidé d'organiser en urgence un mini-sommet sur les migrations, indique Le Monde. Pour  Les Echos, ce sont également "en grande partie les déboires politiques d'Angela Merkel" qui ont poussé le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, à proposer cette réunion "au format très atypique". En effet rappelle le New York Times, la chancelière allemande est actuellement confrontée à la fronde de son ministre de l'Intérieur, le Bavarois Horst Seehofer. Ce dernier menace de refouler les migrants arrivant à la frontière allemande si Mme Merkel ne trouve pas de "solution" européenne à la question migratoire d'ici le Conseil européen. Une décision qui, selon certains, pourrait entraîner la chute du gouvernement et mettre fin aux 12 années de pouvoir de la chancelière [New York Times].

Renforcer le contrôle aux frontières

"La première priorité si on veut sauver la libre-circulation à l’intérieur de l’espace Schengen, c’est de veiller à un contrôle réel, strict des frontières extérieures de l’UE", a déclaré dimanche le Premier ministre belge Charles Michel. Une position largement partagée par les Etats membres, désormais "d’accord pour renforcer les frontières extérieures" de l'Union, explique Le Monde.

Une proposition très largement critiquée par la correspondante de la Deutsche Welle à Bruxelles, l'Allemande Barbara Wesel. Selon elle, les frontières terrestres au sud de l'UE sont maintenant "plutôt bien sécurisées". Le débat porterait donc davantage sur "la fermeture de la route de la Méditerranée". D'après la Deutsche Welle, la France comme l'Italie plaident ainsi pour que la responsabilité de secourir les réfugiés revienne maintenant aux garde-côtes libyens, à qui l'UE accorderait plus de moyens financiers.

Dans Libération, le journaliste Jean Quatremer rappelle que la chancelière Angela Merkel et Emmanuel Macron avaient également envisagé, lors de leur rencontre mardi 19 juin, la création de "'centres' en Afrique du Nord sous contrôle de l’ONU", afin de faire le tri sur place "entre ceux qui pourront faire leur demande d’asile et les autres". Toutefois, comme l'a reconnu le président français, "empêcher un étranger de déposer une demande d’asile en France est tout simplement inconstitutionnel". Depuis, Emmanuel Macron "a affiné sa position". Il propose désormais de "déplacer ces centres de tri en Espagne, mais surtout en Italie, comme ils existent déjà en Grèce sous le doux nom de 'Hotspot'". Ce que rejette vivement l'Italie.

Mouvements secondaires

Ainsi, si la question du renforcement des frontières fait plus ou moins l'unanimité, les pays peinent toujours à s'entendre sur la question des "'mouvements secondaires' de demandeurs d’asile dans l’UE", soit "leur déplacement dans un autre pays que celui qui traite leur dossier" ainsi que sur "la répartition des réfugiés partout dans l’UE en cas d’afflux majeur", écrit Le Monde.

"L’absence des pays de l’est de l’UE a [toutefois] rendu les échanges plus faciles et relancé, chez certains, notamment M. Macron, l’idée de sanctions financières pour ceux qui refuseraient l’impératif de solidarité européenne", rapporte également le quotidien. D'après Libération, il s'agirait notamment de diminuer les fonds structurels de l'UE pour les pays qui "refuseraient la solidarité migratoire" en cas d'afflux de migrants. Cependant pour Jean Quatremer, on "imagine mal les pays d’Europe de l’Est plier devant la menace de [M.] Macron".

"Crise politique"

Plusieurs médias s'interrogent sur la résurgence de la question migratoire dans le débat européen. Comme le souligne Libération, "cette brutale montée des tensions a surpris" dans un contexte où l'on observe une forte diminution du nombre de demandeurs d'asile arrivant via la Méditerranée. Une position que partage le Washington Post. Le journal souligne que ce nombre a diminué de près de moitié cette année par rapport à la même période en 2017. D'après le quotidien américain, "la baisse est encore plus marquée si la compare" aux chiffres d'il y a deux ans. Le nombre d'arrivées n'atteint en effet que 19% du chiffre de 2016, à la même période de l'année.

Libération juge que la plus grosse surprise est la menace formulée par la CSU – allié bavarois d'Angela Merkel, et parti du ministre de l'Intérieur M. Seehofer – de "faire tomber Angela Merkel". "Ce qui met bien plus en péril la stabilité de l’Union que les moulinets [du ministre de l'Intérieur italien Matteo] Salvini". De plus, selon la Deutsche Welle, Angela Merkel ne sort pas de ce sommet avec de nouvelles réponses pour son ministre de l'Intérieur. Le média allemand note que la chancelière doit encore "trouver des solutions bilatérales [avec l'Italie] si elle veut réaliser des progrès sur ce front".