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Aquarius : la crise entre la France et l'Italie s'envenime

Revue de presse 14.06.2018

Après les propos tenus mardi 12 juin par le président de la République, Emmanuel Macron, qui a dénoncé "l'irresponsabilité" du gouvernement italien dans l'affaire du navire humanitaire Aquarius, la crise s'aggrave entre les deux capitales. Alors que Rome réclame des excuses, le ministre des Finances italien, Giovanni Tria, a décidé de reporter son déplacement à Paris.

Matteo Salvini et Emmanuel Macron

Le ministre de l'Intérieur italien Matteo Salvini et le président français Emmanuel Macron - Crédits : Parlement européen / Présidence de la République mexicaine

Entre l'Italie et la France, le ton n'en finit pas de monter. Mardi 12 juin, Emmanuel Macron s'est attiré les foudres de Rome en dénonçant "la part de cynisme et d'irresponsabilité du gouvernement italien", après son refus de laisser débarquer le navire humanitaire Aquarius. L'Italie réclame maintenant des excuses et "menace d'annuler une rencontre entre les dirigeants des deux pays" prévue le vendredi 15 juin, rapporte Le Point.

Le quotidien rappelle que les évènements interviennent "après 72 heures de crise en pleine Méditerranée". L'Aquarius, qui transportait à son bord 629 migrants secourus aux larges des côtes libyennes, s'était en effet retrouvé bloqué entre l'Italie et Malte à la suite d'un refus des deux gouvernements d'ouvrir un port au navire. Lundi 11 juin, l'Espagne avait finalement proposé d'accueillir l'Aquarius.

"Leçons hypocrites"

Pour Le Monde, la réaction du président du Conseil, Giuseppe Conte, dans l’après-midi de mardi, fut "d’une vigueur inhabituelle": "L’Italie ne peut pas accepter les leçons hypocrites de pays qui, en termes de migrations, ont toujours préféré tourner le dos à leurs partenaires", estime-t-il. Le Point rapporte également la convocation de l'ambassadeur de France par le ministre des Affaires étrangères. "Un évènement plutôt inédit dans les relations de pays pourtant très proches". Il s'agit en effet de la "deuxième convocation du genre", la précédente ayant  déjà concerné un incident lié à la question migratoire. 

En parallèle, le ministre italien de l'Intérieur et président de la Ligue, Matteo Salvini, déclarait aux journalistes : "'Si les excuses officielles n’arrivent pas, le Premier ministre Conte fera une bonne chose en n’allant pas en France' pour [l]e sommet prévu vendredi", indique Ouest-France.  Et ajoutant : "Notre histoire de solidarité, d’humanité et de volontariat ne méritait pas d’être apostrophée dans ces termes par des représentants du gouvernement français".

La tension est montée d'un cran, le lendemain, lorsque "le ministre italien des Finances Giovanni Tria a préféré rester à Rome plutôt que de rencontrer comme prévu mercredi son homologue français Bruno Le Maire" [La Dépêche].

Les Italiens estiment également que la France doit "passer 'de la parole aux actes' après s'être engagée à accueillir des migrants en provenance de la péninsule, ce qu'elle n'a toujours pas fait", selon Matteo Salvini [Le Point]. Les décodeurs du Monde précisent qu'il s'agit d'une référence au "programme de relocalisation de demandeurs d’asile mis en place en 2015 par la Commission européenne pour faire face à la crise migratoire". La France s'était alors engagée à recevoir 7 115 migrants arrivés par l'Italie. Finalement, seulement 635 ont été accueillis par la France, d'après les derniers chiffres de la Commission européenne (mai 2018), cités par Le Monde.

Calmer le jeu

Les Echos écrivent que la France tente maintenant de "calmer le jeu". Selon l'Elysée, "aucune demande de la part de la présidence du Conseil italien sur une demande d'excuses ni sur une possible annulation de la visite de Giuseppe Conte" n'a pour l'instant été reçue officiellement par la présidence française. Emmanuel Macron a également appelé à "'ne jamais céder à l'émotion que certains manipulent' et [a] souligné le 'travail main dans la main' réalisé avec Rome depuis un an", rapporte le quotidien. Le président français souhaite mettre en avant la solution d'un "Frontex démultiplié, [d'] une politique européenne de l'asile, [d'] une vraie coopération", afin "[d'] en finir avec le système de Dublin qui ne fonctionne plus".

Ces déclarations interviennent alors qu'un Conseil européen, rassemblant les chefs d'État et de gouvernement de l'UE, doit se tenir les 28 et 29 juin. La question de la politique migratoire y sera notamment abordée. En amont, la Commission européenne a présenté mardi 12 juin ses propositions sur la gestion des flux migratoires. La Croix explique qu'elle "a entre autres proposé de passer le budget de l’Union pour la crise migratoire et la sécurisation des frontières à 34,9 milliards d’euros, soit de le tripler, dans le prochain cadre financier pluriannuel (2021-2027)". "Un fonds pour la gestion intégrée des frontières (FGIF), doté de 9,3 milliards d’euros" figure également au menu des propositions.