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Après la "victoire pour l'Europe", de nombreux défis attendent Emmanuel Macron

Revue de presse 09.05.2017

Après le soulagement suscité par l'élection d'Emmanuel Macron au soir du 7 mai, les dirigeants européens attendent désormais les premières initiatives de celui qui souhaite réformer l'Union européenne. Un programme audacieux, qui suscite l'enthousiasme mais également la prudence à travers l'Europe.

Emmanuel Macron

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Les dirigeants européens félicitent Emmanuel Macron

"L’enthousiasme est globalement de mise", résume LCI. Dimanche 7 mai 2017, le candidat pro-européen Emmanuel Macron a remporté l'élection présidentielle française face à sa rivale eurosceptique Marine Le Pen. "Une victoire pour l'Europe" que les dirigeants ont chaleureusement saluée [Le Monde]. "Félicitations au peuple français pour avoir choisi la Liberté, l’Egalité et la Fraternité plutôt que la tyrannie des 'fake news'", a notamment  affirmé le président du Conseil européen, Donald Tusk [CNEWS]. Le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, a quant à lui décrit la victoire de M. Macron comme "une inspiration pour l’Europe", complète la chaîne d'information.

De leur côté, les dirigeants scandinaves ont appelé le nouveau président de la République française à "travailler avec eux pour renforcer l'UE" [Le Monde]. "Plus d’emplois et des conditions de travail justes, une politique du climat plus forte et un système d’accueil des demandeurs d’asile où tout le monde prend sa responsabilité" font figure de priorités pour le Premier ministre social-démocrate suédois Stefan Löfven tandis que le ministre libéral danois des Affaires étrangères, Anders Samuelsen, appelle à "renforcer le libre-échange, la croissance, l’emploi, la sécurité dans l’UE et poursuivre la collaboration militaire".

Au-delà des félicitations, plusieurs responsables restent toutefois sur leurs gardes. Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a notamment rappelé dès lundi la nécessité de réduire les dépenses publiques, rapporte Le Parisien. Selon lui "les Français dépensent trop d'argent et ils dépensent au mauvais endroit". De fait si le nouveau président français souhaite réformer durablement l'Europe, il ne pourra pas compter "à sens unique sur la mansuétude de ses partenaires européens sur ces questions", a estimé M. Juncker. Un message qui sonne comme un avertissement, alors que "les conservateurs et sociaux-démocrates au sein du gouvernement de coalition de la chancelière Angela Merkel paraissent divisés sur l'attitude à adopter face aux projets européens du président élu français", analyse le journal.

"Prudence" en Allemagne

"Très heureuse" de la victoire d'Emmanuel Macron, la chancelière allemande Angela Merkel, confortée par sa victoire aux élections régionales dans le Schleswig-Holstein, s'est dite prête à aider le président élu. Mais elle tient d'abord à savoir ce qu'il veut, analysent Les Echos. "Etant donné notre situation en Allemagne, je ne vois pas pourquoi nous devrions en priorité changer notre politique, mais je veux aider la France", a-t-elle déclaré lundi avant de recevoir le président sortant François Hollande pour un dîner d'adieu.

La première tâche d'Emmanuel Macron sera donc "de convaincre l'Allemagne que la France est enfin prête à assumer ses responsabilités" [Le Figaro]. Selon Daniela Schwarzer, directrice de l'Institut allemand de politique étrangère interrogée par Les Echos, l'Allemagne sait qu'elle "va devoir bouger (…) mais la condition est que les deux rives du Rhin aient confiance l'une envers l'autre". Or cette confiance semble d'ores et déjà compromise puisque "Berlin reproche à Paris d'enfreindre constamment les règles du Pacte de stabilité et de croissance, tandis que Paris et Bruxelles jugent que Berlin n'utilise pas suffisamment ses marges de manoeuvre pour investir".

A quatre mois des élections législatives en Allemagne, Angela Merkel souhaite donc rester prudente. Alors que ses adversaires sociaux-démocrates envisagent de coopérer rapidement avec la France pour une relance de l'investissement en Europe, "la CDU préfère repousser ce débat sensible après les élections du 24 septembre" [Les Echos]. Pour le député européen CDU David McAllister, interrogé par le journal, la priorité est d'attendre qu'Emmanuel Macron forme un gouvernement tenant compte du résultat des élections législatives françaises. Celui-ci souligne que la création d'un budget de la zone euro souhaitée par Emmanuel Macron "ne sera pas possible avant plusieurs années" et pourrait nécessiter un changement des traités européens.

Des questions essentielles sur le projet de refondation de l'Europe du nouveau président français restent donc encore sans réponses. De plus, il sera probablement difficile pour Emmanuel Macron "de trouver une place" dans le " jeu institutionnel et diplomatique" bruxellois, puisque le nouveau président français ne "semble pas prêt à se ranger derrière l'une des deux grandes forces politiques européennes : le Parti populaire européen (centre-droit) et le Parti socialiste européen" souligne La Tribune.