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Après l'attentat de Stockholm, le recueillement et le questionnement

Revue de presse 10.04.2017

Après l'attentat meurtrier survenu vendredi 7 avril à Stockholm, des milliers de Suédois se sont rassemblés à l'occasion d'une "manifestation pour l'amour", afin de témoigner leur soutien aux victimes et leur rejet de la violence. Le gouvernement prend de son côté des mesures afin d'éviter un nouvel attentat.

Attentats Stockholm

Un suspect connu des services suédois

Pour la première fois, vendredi 7 avril après-midi, la Suède a été frappée par un attentat dans la lignée de ceux commis ailleurs en Europe. Selon un mode opératoire déjà vu à Nice, à Berlin et à Londres, un camion bélier, lancé à pleine vitesse dans la rue piétonne la plus fréquentée de la capitale suédoise, Stockholm, a ainsi fauché quatre passants et fait une quinzaine de blessés [La Croix].

Interpellé vendredi soir à Märsta, une petite ville du nord de l'agglomération stockholmoise, l'homme soupçonné d'avoir commis l'attentat aurait reconnu les faits au cours de sa garde à vue, selon le quotidien suédois Expressen. Il se serait déclaré "satisfait de ce qu'il a fait" et "d'avoir accompli ce qu'il voulait accomplir", rapporte Le Parisien. L'homme, d'origine ouzbek, "avait demandé un permis de séjour en 2014 mais l'Office des migrations l'avait débouté en juin 2016, émettant un avis d'expulsion. En décembre 2016, le même Office des migrations l'avait informé qu'il avait quatre semaines pour quitter le pays", affirme Le Figaro.

Il était ainsi déjà connu des services de sécurité, "mais le chef de service avait estimé qu’il n’était pas très dangereux", a déclaré Dan Eliasson, le chef de la police suédoise [FranceInfo]. Pourtant, l'homme avait exprimé "de l’intérêt pour des organisations extrémistes comme l’Etat islamique", a annoncé la police suédoise, dimanche 9 avril, lors d’une conférence de presse dans laquelle elle a donné quelques précisions sur le profil du suspect, souligne Le Monde. Un deuxième suspect a été arrêté et placé en garde à vue, poursuivi pour complicité d'acte terroriste, ont précisé à la même occasion les services du procureur de Stockholm [Le Figaro].

"Le terrorisme ne peut jamais gagner"

Après le choc, la Suède commence à se recueillir et à prendre le recul nécessaire pour tirer des leçons de la tragédie."Il faut prendre le temps du deuil. Puis nous verrons ce que l’on pourra faire" pour éviter qu’un tel attentat ne se reproduise, a commenté samedi le Premier ministre social-démocrate Stefan Löfven. "Une approche jusqu’à présent suivie par ses alliés et ses rivaux politiques : les leçons politiques et sécuritaires de ce drame seront pour un peu plus tard", commente La Croix.

Dimanche, à la suite des attentats, jusqu'à 50 000 personnes, selon les organisateurs, se sont rassemblées pour rendre hommage aux victimes et exprimer leur rejet de la violence. La "manifestation pour l'amour", dont l'initiative avait été lancée sur Facebook, s'est tenue devant le grand magasin dans lequel le camion s'est encastré [Le Figaro].

La maire sociale-démocrate de Stockholm, Karin Wanngård, citée par Le Télégramme, a vanté devant les participants "une ville ouverte, éprise de démocratie et de tolérance". "Stockholm est notre ville, une ville dont nous sommes fiers, où nous aimons être. La peur ne peut régner, le terrorisme ne peut jamais gagner", a-t-elle poursuivi. Sur la même ligne, l'organisateur de l'événement, Damon Rasti, a affirmé : "On ne laissera pas la peur nous dérouter de notre ambition d'être le meilleur pays au monde". De son coté, le Premier ministre Stefan Löfven a annoncé une cérémonie d'hommage et une minute de silence en l'honneur des victimes lundi à midi [Le Figaro].

La Suède, pays le "plus ouvert" d'Europe

De nombreux médias suédois ont d'ores et déjà émis des critiques à propos des moyens de prévention insuffisants contre le terrorisme en Suède. "Il faut faire face au terrorisme, non pas avec de la complaisance ou de la division, mais avec de la détermination politique", exhorte par exemple Expressen, selon Libération. "Nous n’en faisons pas assez pour arrêter nos propres extrémistes, souligne Peder Hyllengren, chercheur spécialisé dans le terrorisme", interrogé par le quotidien français. "Ce qui peut conduire à des attaques terroristes en Suède ou dans d’autres pays européens, comme c’est arrivé deux fois ces dernières années". En effet, rappelle le journal, deux hommes venant de Suède, impliqués dans les attentats de Paris et Bruxelles, avaient échappé aux mailles des services secrets du royaume et étaient partis en Syrie avant de revenir en Europe. Quelque 300 citoyens suédois sont ainsi partis pour la Syrie et l’Irak ces dernières années, dont environ 150 sont revenus sans être, pour la plupart, inquiétés. "C’est à peu près comme s’ils rentraient de vacances sur les îles Canaries", déplore Peder Hyllengren.

Après l'attentat de vendredi, le gouvernement a décidé de renforcer les contrôles aux frontières et Stefan Löfven a convié tous les partis à travailler ensemble contre le terrorisme [Europe1]. La Suède pourrait également choisir l’interdiction de toute appartenance à une organisation terroriste, jusqu’à présent tolérée au nom de la liberté d’association, tout comme l’expression d’un soutien à une telle organisation. "J’espère que l’attentat ne changera pas trop la Suède, a néanmoins avancé un ancien Premier ministre, le conservateur Carl Bildt. "Il faut se concentrer sur ce qui nous unit" [La Croix].

Sur les réseaux sociaux, des Suédois anonymes dénoncent le "laxisme" des gouvernements successifs ayant autorisé l’accueil d’un grand nombre d’étrangers. "En 2014 et 2015, près de 250 000 personnes ont demandé l’asile dans le pays, alors l’un des plus ouverts d’Europe", rapporte La Croix. Mais cette politique s'est durcie avec la percée d'un parti d'extrême droite, les Démocrates de Suède. "On a un parti qui est entré au Parlement, qui correspond au Front national. Ils estiment que l'immigration est une menace. Il y aura évidemment des discussions. Est-ce que c'est l'immigration qui a provoqué cette situation ou est-ce autre chose ?", questionne la journaliste suédoise Alice Petren [Europe 1].

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