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Après des propos controversés, le commissaire européen Oettinger présente ses excuses

Revue de presse 03.11.2016

C’est une publicité dont la Commission européenne aurait bien aimé se passer. Dans un discours prononcé le 26 octobre devant des chefs d'entreprise réunis à Hambourg, et dont un enregistrement vidéo a été diffusé le vendredi suivant, le commissaire européen à l'Economie numérique, l'Allemand Günther Oettinger, s'est illustré par des propos des plus désobligeants à l'égard des Chinois, des femmes, du mariage homosexuel et des Wallons au sujet du CETA. Des propos suscitant de vives réactions notamment de la part de la porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinois. Le commissaire, récemment nommé au Budget à partir du mois de janvier prochain, a finalement présenté ses excuses ce matin.

Günther Oettinger

Des propos outranciers de la part du commissaire à l'Economie numérique

"Neuf hommes, un parti, pas de démocratie" voilà comment Günther Oettinger a résumé la visite de ministres chinois à Bruxelles, rapporte Euractiv. "Pas de quotas pour les femmes et donc, logiquement, pas de femmes" a poursuivi le commissaire, sous-entendant ainsi que l'accession des femmes aux postes à responsabilités n'était que le fait des quotas obligatoires. "[Les ministres chinois] sont tous en costume, la même veste bleu marine à une poche. Ils ont tous les cheveux peignés de gauche à droite au cirage noir" a-t-il ajouté.

Des propos que l'on retrouve dans un enregistrement vidéo rendu public vendredi dernier sur Youtube. L'auteur de la vidéo dit avoir commencé à filmer après avoir entendu Oettinger utiliser des termes comme "yeux bridés" ou "escrocs" à propos des Chinois [RTBF]. Le commissaire a également suscité l'indignation en Belgique en estimant que "la Wallonie est une micro-région gérée par des communistes qui bloque toute l'Europe" et que "ce n'est pas acceptable". Des propos qualifiés de "mépris total" par Paul Magnette, ministre-président wallon.

Faisant allusion au mariage homosexuel, il a affirmé avec sarcasme qu'il pourrait être "rendu obligatoire" par les députés allemands [Euractiv].  

"Si on vous pose la question 'connaissez-vous un dirigeant politique qui se moque des Chinois qui ont 'l’oeil en fente', qui frémit devant le mariage des homosexuels, qui juge que les femmes n’accèdent aux responsabilités que grâce à la parité et que les Wallons sont tous communistes', vous enfoncez votre buzzer cérébral et répondez du tac-au-tac… Donald Trump ! Eh bien, vous avez tout faux. La bonne réponse peut aussi être : Günter Oettinger" ironise Marianne, titrant son article "Ne cherchez plus, Donald Trump est au pouvoir… à Bruxelles !"

Selon plusieurs médias européens, le commissaire européen est coutumier de ce type de dérapages. Il avait traité la France de "pays déficitaire récidiviste" en 2014 [RTBF]. Provoquant la colère du PS français, ce dernier avait alors demandé sa démission. Le Daily Mail indique qu’Oettinger a aussi appelé à ce que les pays endettés de l'Union européenne aient leurs drapeaux en berne devant les bâtiments européens comme punition et attribué les résultats du Brexit à "la campagne de merde" de David Cameron [Daily Mail].

La Chine condamne les propos d'un dirigeant européen au dérapage facile

Malgré le tollé provoqué par ses déclarations, le commissaire européen refusait de s'en excuser jusqu'à ce matin, ayant récemment déclaré à Euractiv : "C'est vous qui avez créé le scandale. C'est Euractiv qui a causé le scandale'". La Commission européenne refusait également de présenter des excuses au nom de son commissaire : "'Nous n’avons rien à ajouter', a déclaré [Margaritis Schinas, porte-parole en chef de la Commission] aux reporters incrédules lors d’un briefing à Bruxelles. 'Il n’y a pas de FBI à la Commission', a-t-il raillé quand ceux-ci lui ont demandé s’il y aurait une enquête" [Euractiv].

"'Les remarques en question démontrent un effarant sentiment de supériorité enraciné chez certains dirigeants politiques occidentaux', a déclaré mercredi Hua Chunying, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, lors d'un point presse régulier. 'Nous espérons qu'ils puissent apprendre à avoir une vision objective d'eux-mêmes et des autres et à respecter et traiter les autres sur un pied d'égalité'" [Le Soir].

Désigné pour occuper le portefeuille du Budget le 28 octobre par Jean-Claude Juncker, cette nomination n'a pas été remise en cause par la Commission européenne malgré la polémique. Si Günther Oettinger est réputé dans les milieux européens pour "entrer dans les dossiers" et "faire le job", note Contexte, sa tendance à s'illustrer par de multiples frasques dérange de nombreux responsables : "'La nomination de M. Oettinger est une erreur [selon un responsable européen interrogé par le média]. Il n’est vraiment pas l’homme de la situation. Caractériel, il pique des coups de sang. En cette période de tension, il faut une main de fer dans un gant de velours pour faire le budget'. Finalement, 'son pire ennemi, c’est lui-même' résume un haut fonctionnaire européen en évoquant les (trop) fréquentes sorties de route verbales du commissaire allemand. Des sorties dont la Commission, déjà dans la tourmente, se passerait certainement".

Un constat partagé par la version anglophone de Politico, qui estime que si Günther Oettinger dispose de "toutes les compétences techniques" pour être nommé au budget, il est "moins clair" qu'il ait "l'acuité politique pour naviguer au sein des délicates négociations budgétaires".

Après avoir refusé de faire amende honorable pendant plusieurs jours, le commissaire européen a finalement décidé de se raviser dans un communiqué ce matin : "Je voudrais m'excuser pour toute remarque qui n'était pas aussi respectueuse qu'elle aurait dû" [Europe 1].