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Angela Merkel : un quatrième mandat sous le signe de l'Europe ?

Revue de presse 14.03.2018

Après plusieurs mois de crise politique, Angela Merkel a finalement été réélue chancelière ce matin du mercredi 14 mars, entamant son quatrième mandat. Au cœur du contrat de coalition, le programme européen d'Angela Merkel devrait être clarifié dans les prochaines semaines.

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La chancelière allemande Angela Merkel Photo : creative commons - Crédits : Arno Mikkor / CC BY 2.0.

"Plus de 170 jours après les élections" législatives, l'Allemagne est finalement parvenue à former un gouvernement [La Tribune de Genève]. Ce mercredi 14 mars, "la chancelière allemande Angela Merkel [est] enfin reconduite (…) dans ses fonctions", attaquant un quatrième mandat. Ce sont les députés "élus le 24 septembre" dernier qui l'ont élue chancelière dans la matinée. Elle prêtera ensuite serment, et rassemblera son nouveau gouvernement pour un "premier conseil des ministres" vers 17 heures [Challenges].

Dans l'histoire de la République fédérale d'Allemagne, jamais "la formation d'un gouvernement n'avait été aussi laborieuse" [La Tribune de Genève]. En septembre, le parti chrétien démocrate d'Angela Merkel (la CDU) et son allié bavarois la CSU ont "remporté les élections avec [leur] plus mauvais résultat depuis 1949, 32,9 %" [Le Figaro]. Après plusieurs mois de négociations pour trouver une majorité, c'est finalement "la coalition sortante et mal-aimée réunissant conservateurs (CDU/CSU) et sociaux-démocrates (SPD) qui est reconduite" [Europe 1].

"Un nouvel élan pour l'Europe"

Comme le souligne Le Figaro, ce nouveau mandat d'Angela Merkel est "placé sous le signe de la 'relance européenne'". Le contrat de coalition, feuille de route du nouveau gouvernement, "s'ouvre sur un chapitre intitulé 'un nouvel élan pour l'Europe'". Outre "la hausse de la contribution allemande au budget de l'UE", le grand chantier prévu par le texte est le "renforcement" de la zone euro [La Tribune]. Sur ce débat, l'Allemagne "veut jouer un rôle de pont entre le Nord et le Sud", analyse le journal Les Echos.

Les Etats membres sont en effet loin de partager la même vision de l'avenir de la zone euro. La France aimerait la doter d'un "ministre des Finances", ainsi que d'un  "budget d'investissement (…), pour faciliter sa 'stabilisation' et soutenir les 'réformes structurelles'" [La Tribune]. Répondant aux propositions françaises, "huit pays du Nord de l'Europe" ont publié la semaine dernière un communiqué commun, avertissant que "les discussions sur l'avenir de l'Union économique et monétaire (UEM) devraient se dérouler dans un format inclusif". "Les ministres des Finances danois, estonien, finlandais, irlandais, letton, lituanien, néerlandais et suédois" invitent ainsi à des réformes structurelles au sein des pays membres, avant de mettre en place tout dispositif qui mutualiserait les risques financiers [Les Echos].

Angela Merkel "n'a jusqu'ici apporté qu'un soutien prudent" à l'idée d'un budget d'investissement de la zone euro, et "ne dit rien non plus de l'idée française d'un ministre des Finances de l'UE" [La Tribune]. La chancelière se rendra à Paris avant le Conseil européen des 22-23 mars pour s'entretenir avec le président français. Une rencontre qui devrait permettre au couple franco-allemand "d'apporter de la clarté sur ce qu’[ils] considère[nt] comme la prochaine étape", a déclaré Angela Merkel [Libération]. 

Avenir incertain

Néanmoins, les experts interrogés par la presse française sont partagés quant à la place que prendra l'Allemagne dans les prochaines réformes de l'UE. Dans La Croix, Catherine Perron, politologue à l’université de Ludwigsburg, estime que "le chantier de la relance de l’Europe sera sans doute le projet le plus novateur" dans l'agenda d'Angela Merkel. Mais le politologue de l’Université Libre de Berlin Gero Neugebauer est plus sceptique : "Merkel n’a jamais été une Européenne convaincue. Pourquoi bougerait-elle aujourd’hui alors qu’elle n’a rien fait pendant douze ans ?". Celui-ci souligne également que c'est l'ex-président du SPD Martin Schulz "qui a imposé l’Europe comme priorité du prochain mandat de Merkel". "Or il n'est plus là" [La Tribune de Genève].

Angela Merkel "fragilisée"

L'avenir est d'autant plus incertain que "l'équilibre du gouvernement Merkel IV est instable" [Libération]. La chancelière est en effet "critiquée de toutes parts" : "la gauche lui reproche de l’avoir pulvérisée pendant la dernière grande coalition, la droite conservatrice de l’avoir négligée". En parallèle, elle doit compter avec "l'essor historique de l'extrême droite, le parti Alternative pour l'Allemagne (AfD), [qui est] depuis les législatives la première force d'opposition du pays". Certains observateurs vont jusqu'à prédire à Mme Merkel "une fin prématurée" [Challenges]. "Je ne pense pas qu’elle restera au pouvoir jusqu’à son terme", déclare ainsi à Libération le politologue Marcel Dirsus, de l’université de Kiel.

Malgré ces faiblesses, on espère "en Europe que la première puissance économique du continent sera vite en ordre de bataille", alors que l'UE se trouve "ébranlée par le Brexit, le repli sur soi de certains membres et la popularité croissante des partis anti-système" [Challenges]