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Angela Merkel dans l'impossibilité de former une nouvelle coalition

Revue de presse 20.11.2017

Dimanche 19 novembre, Christian Lindner, chef du Parti libéral-démocrate (FPD), a acté l'échec des négociations avec les Verts et les démocrates-chrétiens (CDU-CSU) d'Angela Merkel. Cela ouvre une période de crise politique en Allemagne, qui pourrait retourner aux urnes en 2018.

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"Succès pour l'Allemagne". Affiche de la campagne de la CDU pour les élections fédérales de septembre 2017 - crédit : Tim Jokl (Flickr)

 Fin du suspense

Le chef du Parti libéral-démocrate (FPD) Christian Lindner, dimanche 19 novembre, "a mis fin au suspense" peu avant minuit en annonçant l'échec des négociations pour former un gouvernement de coalition en Allemagne [Le Monde]. RFI rapporte que le dirigeant du FPD a estimé que "la confiance était insuffisante entre les différents partis pour mettre sur pied une coalition" avec les Verts et les chrétiens-démocrates (CDU-CSU). M. Lindner, cité par la chaine de radio, a déclaré qu'"il vaut mieux ne pas être au pouvoir que de mal gouverner".

Cette annonce est une "surprise" selon RFI, même si "les discussions depuis un mois étaient des plus laborieuses". Ce sont les questions d'immigration et d'environnement qui ont empêché les démocrates-chrétiens d'Angela Merkel, les Verts et le FPD de trouver un accord. Pour le premier point c'est, selon Le Figaro, "l'intransigeance des conservateurs (…), décidés à prolonger la suspension du regroupement familial, et le refus des écologistes d'accepter leur position minoritaire sur ce sujet" qui ont posé problème. Toujours d'après le quotidien, "un même bras de fer s'est déroulé sur la question de la production d'énergie fossile et la réduction des émissions de gaz à effet de serre". Les Verts sont logiquement en première ligne sur ce point, s'opposant frontalement aux libéraux.

"Agacement"

Suite à l'annonce de Christian Lindner, les autres partis "ont réagi avec agacement" [Le Figaro]. Pour Katrin Göring-Eckardt, des Verts, "cette alliance aurait pu être scellée", Angela Merkel ayant "toujours cherché à faire des compromis" [Le Monde]. Un autre élu écologiste, cité par Le Figaro, a jugé "populiste" l'attitude du FPD. Tandis qu'une élue de la CDU a affirmé qu'il s'agissait d'une "mise en scène médiatique" de la part des libéraux [Le Figaro].

Angela Merkel a également déclaré "qu'un accord aurait été possible avec un peu plus de volonté de compromis" [La Libre (Belgique)]. La chancelière allemande a assuré vouloir faire "preuve de responsabilité pour ce pays dans ces heures difficiles car une majorité de nos concitoyens souhaitaient que nous parvenions à un compromis aujourd'hui" [RFI]. Cependant, elle n'a pas évoqué "ses intentions à plus long terme", désirant ainsi "ne se fermer aucune porte afin de ne pas donner le sentiment de s’avouer vaincue", comme l'explique Le Monde.

"Assumer ses responsabilités"

Dans ce contexte, Mme Merkel "doit continuer à diriger, comme elle le fait depuis un mois, un gouvernement qui se contente de gérer les affaires courantes et ne peut donc prendre aucune décision majeure" [La Libre]. Pour le quotidien belge, l'échec des négociations est pour la chancelière un "échec personnel".

Franceinfo rappelle qu'Angela Merkel "a remporté ces dernières législatives, mais avec le pire score pour son parti conservateur depuis 1949". La chancelière est accusée par son propre camp "d'avoir mené une politique trop éloignée des valeurs conservatrices", étant "tenue pour responsable de la percée des populistes de l'AfD" [Le Figaro].

Angela Merkel doit s'entretenir aujourd'hui avec Frank-Walter Steinmeier, président allemand, qui a "un rôle-clé pour les choix à venir" [Franceinfo]. Ce dernier "avait mis en garde dimanche" face à l'hypothèse de l'échec des négociations, signalant qu'assumer "ses responsabilités" ne devait pas être "les redonner aux électeurs" [Le Figaro].

Vers des élections anticipées ?

Plusieurs scénarios s'offrent désormais à la cheffe du gouvernement allemand. Tout d'abord "la constitution ne fixant pas de limite pour la formation d'un gouvernement", Angela Merkel pourrait "faire une nouvelle tentative de coalition" [La Libre]. Néanmoins, reprendre les négociations avec les mêmes partis est une tâche qui "s'annonce rude", estime le quotidien belge.

Il existe aussi la possibilité de reformer la "grande coalition" avec le Parti social-démocrate (SPD), même si celui-ci "refuse depuis les élections du 24 septembre de gouverner à nouveau avec les conservateurs" [Les Echos]. Selon le quotidien économique, "la pression des électeurs allemands pourrait peser sur le SPD", mais le parti "n'acceptera pas de participer à un gouvernement dirigé par Angela Merkel".

Une autre option serait de former un gouvernement minoritaire, même si ce n'est "pas dans la logique institutionnelle allemande" [Le Figaro]. Jusqu'ici, Mme Merkel a toutefois "rejeté l'idée de se faire élire pour un quatrième mandat à la tête d'un gouvernement minoritaire" [Franceinfo].

Enfin, il est possible que les Allemands soient de nouveau appelés à voter début 2018. Cela pourrait arriver dans deux cas. D'abord si Angela Merkel venait à demander "une 'motion de confiance' au Bundestag et que celle-ci n’obtienne pas la majorité, ce qui autoriserait le président de la République à procéder à une dissolution" [Le Monde]. La deuxième possibilité est plus complexe. Il faudrait en effet que Mme Merkel n'obtienne pas la majorité au Bundestag après avoir été nommée chancelière par le président allemand. Les députés auraient alors "quatorze jours pour trouver un candidat". Et si ce dernier ne devait à son tour pas obtenir de soutien majoritaire, alors Frank-Walter Steinmeier aurait la possibilité de convoquer de nouvelles élections. Un ultime recours qu'il préfère "ne pas imaginer" à ce stade [Le Monde].