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Allemagne – Turquie : Merkel à l'épreuve des attaques d'Erdogan

Revue de presse 07.03.2017

Nouvel épisode de tensions entre Ankara et Berlin : le président turc Recep Tayyip Erdogan a qualifié de "pratiques nazies" le refus de plusieurs communes allemandes d'accueillir les meetings de son camp, en vue du référendum du 16 avril sur la réforme de la Constitution. Des déclarations qui viennent troubler davantage les relations entre les deux pays.

Angela Merkel/Recep Tayyip Erdogan

Entre l'Allemagne et la Turquie : une crise diplomatique qui se prolonge

"Entre Ankara et Berlin, les échanges policés ont cédé le pas aux saillies brutales" commente Le Monde. Depuis le début du mois de mars, les tensions sont vives entre les deux capitales. Une détérioration croissante des relations germano-turques qui a débuté dès le jeudi 2 mars, alors que plusieurs municipalités allemandes ont annulé des meetings visant à promouvoir le oui au référendum turc du 16 avril prochain. Toutes ont évoqué des problèmes de capacité d'accueil [Le Figaro]. Le mois prochain aura lieu en Turquie une consultation populaire cruciale sur la réforme constitutionnelle, "qui transformerait le système parlementaire turc en régime présidentiel, donnant ipso facto à M. Erdogan des pouvoirs encore plus larges", poursuit le journal.

La communauté turque d'Allemagne, "forte d'environ trois millions de personnes", est un "réservoir électoral" majeur pour l'homme fort d'Ankara, qui souhaite accroître son influence, explique Die Deutsche Welle. Ces annulations successives ont mené le président Erdogan à accuser Berlin d'œuvrer pour le «non» au référendum, ce dont Angela Merkel s'est défendue en rejetant la responsabilité sur les communes. "Nous sommes un système fédéral. Les communes ont des compétences, les régions ont des compétences et l'Etat fédéral a des compétences. En ce qui concerne l'organisation d'évènements, les autorisations sont décidées au niveau communal", cite Le Figaro. Face à ces résistances, l'homme fort d'Ankara a répondu en qualifiant de "pratiques nazies" la décision des villes allemandes, franchissant "la limite du diplomatiquement tolérable pour l'Allemagne", poursuit le journal. Erdogan s'est aussi dit prêt à "mettre le monde sens dessus dessous" si les autorités l'empêchaient de faire campagne en Allemagne [Euronews].

Erdogan teste l'Europe et Angela Merkel

"Les Allemands ne décolèrent pas", explique RFI : "certains responsables politiques exigent des excuses officielles de la part d’Ankara". Cependant, Angela Merkel tempère à nouveau et appelle le président turc "à garder la tête froide". Une réponse de la chancelière allemande critiquée par 81 % des Allemands interrogés par le quotidien Bild, qui jugent le gouvernement "trop complaisant à l’égard d’Ankara". La Süddeutsche Zeitung, reprise par la Deutsche Welle, juge par ailleurs que "cet orateur utilise son pouvoir pour maltraiter des milliers de concitoyens et qu’il veut encore renforcer son pouvoir en menant aussi sa propagande sur le territoire allemand".

Ce dossier est loin d‘être la seule source de tensions entre l'Allemagne et la Turquie depuis plusieurs mois. Le sort du journaliste germano-turc Deniz Yüce, correspondant du journal allemand Die Welt, détenu en Turquie pour "propagande terroriste", accapare aussi l'attention de la capitale allemande [Le Figaro].

Les limites d'une coopération étroite

Lors de son allocution, le porte-parole de la chancelière Angela Merkel, Steffen Seibert, a rappelé "la signification du partenariat" entre les deux pays [Euronews]. La Turquie et l'Allemagne coopèrent en effet étroitement en matière de défense (les deux pays étant membres de l'Otan), mais aussi d'immigration depuis la signature de l'accord UE-Turquie [Le Figaro].

Les positions allemandes pourraient cependant bénéficier à Recep Tayyip Erdogan en lui permettant "de jouer à fond la carte de la victimisation" et de "la dialectique populiste anti-occidentale, sur le thème de l’Europe qui ne joue pas le jeu de la démocratie", analyse La Croix. Le Monde tempère cependant les ardeurs du dirigeant turc en rappelant que son pays est "économiquement dépendant de l'Allemagne".  

Afin d’apaiser les tensions et de "trouver une sortie de crise honorable", une réunion est prévue mercredi entre les ministres des affaires étrangères Mevlüt Cavusoglu et Sigmar Gabriel, annonce le journal.

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