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Allemagne : la question migratoire divise le gouvernement Merkel

Revue de presse 15.06.2018

Rien ne va plus au sein du gouvernement d'Angela Merkel. Face à son ministre de l'Intérieur qui prône une politique migratoire ferme, la chancelière allemande plaide pour une solution européenne. Depuis le 11 juin, le désaccord se transforme en crise politique.

Angela Merkel

la chancelière allemande Angela Merkel - Photo : Arno Mikkor - Crédits : EU2017EE / CC BY 2.0

Depuis lundi dernier, un "désaccord majeur" au sein du gouvernement allemand vire peu à peu à la crise politique, écrit La Croix. La querelle porte sur la future politique migratoire à suivre pour le pays. D'un côté, la chancelière chrétienne-démocrate (CDU) Angela Merkel, qui prône "une solution européenne aux questions migratoires et refuse de les reconduites aux frontières". De l'autre, son ministre de l'Intérieur Horst Seehofer, président de la CSU (branche bavaroise de la CDU), qui milite pour une ligne beaucoup plus ferme, résume L'Echo (Belgique).

Plan pour la migration

La Croix retrace les origines de la crise : mardi 12 juin, Horst Seehofer devait présenter son "plan général pour la migration", dans lequel "il prévoyait de renvoyer systématiquement à la frontière les demandeurs d’asile étant déjà inscrits dans un autre pays de l’UE". Une ligne dure qui peut s'expliquer par des "enjeux électoralistes", estime Courrier International. En effet, alors que des élections régionales doivent se tenir à l'automne prochain en Bavière, la CSU "subit une forte pression de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD, extrême droite)", et ce dans une région qui fut le principal point d'entrée des réfugiés dans le pays ces dernières années [Politico].

Or, comme le précise Libération, cette mesure ne figure pas "dans le contrat de coalition rédigé péniblement cet hiver par la CDU-CSU et les sociaux-démocrates du SPD" et qui doit servir de fil rouge à la politique gouvernementale. Angela Merkel s'est ainsi opposée au plan lundi, la veille de sa présentation, "redoutant la fin de toute politique européenne de gestion des migrations" et "affirmant que le droit national ne devait pas prévaloir sur le droit européen", écrit La Croix.

"Axe"

Depuis, le bras de fer s'intensifie. Horst Seehofer a reporté la présentation de son plan, et a "boudé mardi l’invitation d’Angela Merkel à une conférence sur l’intégration", rapporte Libération. A la place, le ministre de l'Intérieur a préféré rencontrer le chancelier fédéral conservateur autrichien, Sebastian Kurz. Une réunion à la suite de laquelle M. Kurz a défendu "la formation d’un 'axe des bonnes volontés' entre les ministres de l’Intérieur autrichien, italien et allemand – les deux premiers étant membres de partis d’extrême droite – sur les questions migratoires" [Le Monde].

Alors que la CSU a exclu tout compromis avec la chancelière mardi soir, Angela Merkel a réuni mercredi 13 juin Horst Seehofer ainsi que "les ministres-présidents de Bavière, Markus Söder (CSU), et de Hesse, Volker Bouffier (CDU)", deux Länder (régions) où doivent se tenir des élections régionales en octobre, rapporte Le Monde.

La cheffe du gouvernement allemand aurait ainsi proposé de faire "des accords bilatéraux, 'sous l’égide européenne', avec les pays qui sont le plus exposés à la pression migratoire", selon l'agence de presse allemande DPA [La Croix]. Elle aurait toutefois accepté en guise de compromis la proposition "d’expulser directement les migrants qui reviennent en Allemagne alors qu’ils ont déjà été déboutés". Angela Merkel souhaiterait cependant éviter que "l’Allemagne ne prenne cette décision de façon 'unilatérale', sans s’être préalablement concertée avec ses partenaires européens", précise Le Monde. Malgré cette concession, "les conservateurs allemands se sont quittés sans être parvenus à un résultat" [Courrier International]. Au point que, d'après La Croix, "Horst Seehofer a menacé de faire appliquer son projet par décret ministériel, si la chancelière s’y opposait".

Une solution au Parlement ?

Pour répondre à la crise, un député CDU a évoqué dans le tabloïd allemand Bild la possibilité de trancher avec une "question de confiance" devant le Bundestag (Parlement allemand), rapporte Libération. Si Angela Merkel "n’obtenait pas la confiance des députés, le Bundestag pourrait être dissous et de nouvelles élections organisées", explique le quotidien.

Pour l'heure, la chancelière espère encore pouvoir trouver un compromis. D'après une information du Rheinische Post allemand, reprise par la Deutsche Welle, Angela Merkel aurait demandé au président du Parlement, Wolfgang Schäuble, d'engager des discussions avec les dirigeants de la CSU pour tenter de trouver un accord. D'après le Rheinische Post, "les dirigeants de la CDU estiment que Schäuble jouit d'une 'crédibilité des deux côtés', en raison de ses critiques passées de la politique allemande en matière de réfugiés et de sa loyauté inébranlable envers Merkel".

Sommet européen

La crise intervient peu avant le sommet européen des 28 et 29 juin prochain au cours duquel les chefs d'État et de gouvernement de l'UE espèrent se mettre d'accord sur la politique migratoire à suivre au sein l'Union, note La Croix. Et si Angela Merkel souhaite attendre le sommet pour "trouver une solution européenne", "la CSU de Horst Seehofer veut qu’une décision soit prise d’ici à la semaine prochaine".