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Allemagne : la prochaine présidentielle, un avant-goût des alliances pour les législatives de 2017

Revue de presse 07.06.2016

Le président fédéral Joachim Gauck a annoncé à la surprise générale qu'il ne briguerait pas un second mandat de cinq ans, son mandat actuel devant se terminer en mars 2017, six mois avant les élections législatives. Même si le poste est essentiellement honorifique, le choix des candidats à sa succession par chaque parti sera révélateur des volontés ou non d'alliances politiques pour le renouvellement du Bundestag. Angela Merkel et son parti, la CDU, doivent décider s'ils souhaitent conforter la coalition droite-gauche actuelle, ou bien briser une alliance fatiguée et de moins en moins populaire dans les sondages.

Merkel Gauck

Joachim Gauck ne souhaite pas effectuer un deuxième mandat

"Agé de 76 ans, le président de la République fédérale d’Allemagne, Joachim Gauck, a décidé de ne pas effectuer un second mandat de cinq ans" annonce Le Monde.

"Je suis reconnaissant du fait d'être bien portant mais je suis conscient que la période de la vie entre 77 et 82 ans est différente de celle dans laquelle je me trouve actuellement" a déclaré le président depuis sa résidence de Berlin. Un second mandat lui aurait en effet confié le poste jusqu'en 2022. "Je ne veux pas présumer d'une énergie et d'une vitalité que je peux pas garantir pendant cinq années supplémentaires" a-t-il ajouté [L'Obs].

Lorsqu'il est devenu président en 2012, le quotidien Die Zeit a décrit un "triomphe parfait pour l'Allemagne de l'Est" explique The Guardian, parce que pour la première fois des responsables politiques venus d'Allemagne de l'Est - Gauck et Merkel – occupaient les deux fonctions les plus élevées de l'Allemagne réunifiée.

A la différence d'autres présidents de régimes parlementaires européens, le président fédéral allemand "n'a aucune possibilité d'initiative. Il ne peut révoquer un chancelier ou un gouvernement, ni même en proposer sans majorité parlementaire" explique La Tribune.

L'élection de son successeur aura donc lieu le 12 février 2017, soit sept mois avant les élections législatives, scrutin à l'importance bien plus grande pour la chancelière Angela Merkel. Malgré tout, le fait que le président soit élu par l'ensemble des députés du Bundestag auquel s'ajoutent les représentants des Lander (en tout 1260 grands électeurs réunis au sein d'une "assemblée fédérale") risque de "provoquer des tensions entre les deux grandes composantes de la coalition gouvernementale sur le choix de son successeur" [L'Obs]. Il existe un risque sérieux de division de la "grande coalition" entre les chrétiens démocrates (CDU) et les sociaux-démocrates (SPD), à quelques mois seulement des législatives.

Une élection stratégique

"Cette élection symbolique est toujours l'occasion de grandes manœuvres politiques", observe La Tribune. Angela Merkel s'en serait servie par deux fois pour écarter des rivaux au sein de son parti : Horst Köhler, élu en 2004, puis Christian Wulff, élu en 2010 mais contraint de démissionner en 2012 à la suite d'un scandale financier. "Mais pour élire un président fédéral, il faut parfois élaborer des coalitions assez larges. La difficulté réside dans le fait que l'élection est secrète et que les membres de l'assemblée fédérale peuvent voter comme bon leur semble, même en dehors des attaches partisanes".

Or, "aucun parti ne dispose de la majorité" rappelle Le Monde. L'union de droite CDU/CSU devrait avoir environ 550 sièges – le nombre n'est pas définitif puisque plusieurs élections locales sont prévues d'ici à février prochain. Leur allié au sein de la coalition, le SPD, tournerait autour des 490.

"Inévitablement, les alliances qui vont s'établir seront un avant-goût des coalitions possibles après le scrutin fédéral" [La Tribune]. Des coalitions qui ne vont pas de soi aujourd'hui : l'alliance CDU/CSU/SPD semble à bout de souffle et, pour la première fois, récoltait moins de 50% des intentions de votes selon un sondage fin mai. On est loin des 67% que les trois partis avaient réuni en 2013. "Du coup, toute élection d'un candidat de la 'grande coalition' à la présidence fédérale apparaîtrait comme une volonté de cette alliance de perdurer au-delà de 2017".

La fin de la coalition droite-gauche ?

Or, Angela Merkel et son vice-chancelier Sigmar Gabriel (SPD) pourraient être tentés de briser cette alliance pour mieux reconquérir leurs électorats respectifs, qui menacent de partir vers les extrêmes. La CDU, traditionnellement à droite, souffre d'une image "gauchisée" depuis sa gestion de la crise des réfugiés. "Une partie des électeurs de droite se sont dirigés vers le parti d'extrême-droite Alternative für Deutschland (AfD) qui est donné entre 13 % et 15 % des intentions de vote" rappelle ainsi La Tribune.

La situation est encore plus critique au SPD, au bord de l'"agonie politique", avec seulement 20% d'intentions de vote. Il est rattrapé sur sa gauche par les Verts (13%) et la gauche radicale Die Linke (9%). Sigmar Gabriel veut assumer le virage à gauche de son parti, bloqué au centre depuis les réformes du travail contestées menées par le dernier chancelier social-démocrate, Gehard Schröder : "le devoir de la SPD doit être d'élargir sa signification, et, donc, d'aller du centre vers la gauche " a déclaré le chef de parti.

"Un accord avant même l’élection entre la CDU d’Angela Merkel et les sociaux-démocrates ou les Verts semble exclu. Les électeurs auraient l’impression que les jeux sont faits avant même les législatives", conclut Le Monde.

Plusieurs noms circulent déjà

Côté CDU et CSU, trois personnes sont déjà mises en avant, même si Mme Merkel a d'ores et déjà précisé que la nomination du candidat attendra l'automne, après deux scrutins régionaux [Les Echos]. "Norbert Lammert, président du Bundestag et excellent orateur (une qualité non négligeable pour un président dont la fonction est largement honorifique), l’actuel ministre des finances Wolfgang Schäuble, qui finirait sa carrière en beauté, et Gerda Hasselfeldt, présidente de la CSU bavaroise au Bundestag" sont sur la liste à droite [Le Monde].

Chez les sociaux-démocrates, on met en avant l'actuel ministre des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier. "Or Angela Merkel a fait savoir que la CDU ne le soutiendrait pas et l’homme est trop centriste pour rallier les suffrages d’une coalition SPD-Verts-Die Linke. Ses chances paraissent donc très minces". Le Tagesschau relaie d'ailleurs des propos du journal Bild selon lesquels "le SPD ne présentera pas de candidat pour succéder à Gauck. Le chef du parti Sigmar Gabriel veut attendre la proposition de la chancelière Angela Merkel. Il sera ensuite décidé des possibilités de coopération bipartite ou non".

Les Verts pourraient dans ce cas-là être tentés de présenter leur propre candidat en la personne de Winfried Kretschmann, actuel ministre-président au Bade-Wurtemberg [Les Echos]. "Mathématiquement, un candidat rouge-rouge-vert [soutenu par le SPD, Die Linke et les Verts] serait possible. De plus en plus de responsables politiques imaginent un tel scénario" estime le Spiegel. "Les dirigeants de Die Linke ont déclaré être prêts à une entente avec les sociaux-démocrates et les Verts sur un candidat commun".

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