Derniers articles publiés

Allemagne : la future coalition déjà fortement critiquée

Revue de presse 12.02.2018

Dimanche 11 février, Angela Merkel a défendu à la télévision l'accord gouvernemental qu'elle a trouvé avec le Parti social-démocrate. Les deux formations politiques sont fortement critiquées en interne pour vouloir renouveler la grande coalition qui dirige le pays depuis 2013. Pour apaiser les tensions, Martin Schulz, chef du centre-gauche, a notamment dû renoncer au poste de ministre des Affaires étrangères.

Angela Merkel

Angela Merkel, chancelière fédérale d'Allemagne. Crédits : Parti populaire européen

Concessions

Dimanche 11 février, Angela Merkel s'est exprimée sur la chaîne de télévision publique allemande ZDF pour défendre la nouvelle coalition qu'elle devrait former avec le Parti social-démocrate allemand (SPD). La chancelière a cherché ainsi à répondre à un "début de rébellion à la CDU", le parti démocrate-chrétien qu'elle dirige [Ouest France].

Face à la grogne dans son camp, Mme Merkel a reconnu avoir fait de "douloureuses" concessions, notamment concernant l'attribution des ministères, rapporte L'Opinion. Cependant, la chancelière juge que le compromis final est "acceptable" et qu'il aurait été "'irresponsable' de laisser les discussions pour former une coalition échouer sur le partage des ministères" [Deutsche Welle].

RFI relate qu'au sein de la CDU la fronde provient en partie de "l'aile libérale [qui] trouve que les concessions aux sociaux-démocrates ont été trop importantes". Les chrétiens-démocrates, "d'ordinaire moins rebelles", reprochent particulièrement à la cheffe du gouvernement d'avoir cédé le prestigieux poste de ministre des Finances aux sociaux-démocrates. L'actuel maire SPD de Hambourg Olaf Scholz, qui devrait occuper le poste, a affirmé ne souhaitait pas "dicter aux autres pays européens la façon dont ils doivent se développer". A l'opposé, le chef de file de l'aile droite de la CDU Jens Spahn a déclaré ne pas vouloir "que le Premier ministre grec Alexis Tsipras ouvre le champagne parce que certains s’imaginent qu’avec un ministre SPD on va pouvoir à nouveau faire plus de dettes et moins de réformes" [Ouest France].

Fronde

Par ailleurs, Angela Merkel "a aussi réfuté l’impression grandissante d’usure du pouvoir et de déclin après plus de douze ans à la tête de la première économie européenne" [Ouest France]. Le quotidien régional ajoute que la chancelière "était déjà fragilisée dans le pays suite au mécontentement suscité dans l’opinion par l’arrivée de plus d’un million de migrants depuis 2015, puis par un score très décevant pour son parti lors des législatives de septembre - le pire depuis les années 1950".

Dans ce contexte, certains au sein de la CDU font pression pour que Mme Merkel commence à "préparer sa succession". Lors de son allocution télévisée, elle a soutenu qu'elle "ne se retirerait pas de son rôle de dirigeante du parti – ou de chancelière", car pour elle "ces deux fonctions vont ensemble pour être capable de diriger un gouvernent stable" [Deutsche Welle]. Toutefois, la chancelière a indiqué "ne pas seulement considérer la candidature des plus de 60 ans mais aussi celles de gens plus jeunes" pour les "six postes de ministres" qui doivent revenir à la CDU [L'Opinion].

"Chaos au SPD"

La contestation de cette nouvelle coalition n'est pas l'apanage des conservateurs : les sociaux-démocrates sont également touchés. La presse allemande parle de "chaos au SPD", de "spectacle indigne" et qualifie la formation sociale-démocrate de "parti ridicule" [Les Echos]. Ouest France rapporte que c'est une "guerre des chefs" qui a poussé Martin Schulz à quitter la tête de son parti. Avant de renoncer, vendredi 9 février, "à entrer au gouvernement" afin de "mettre un terme au débat de personnes au sein du SPD" [Les Echos].

M. Schulz a en effet été vivement critiqué pour ses multiples revirements. Courrier International détaille : "après avoir opté pour que le SPD entre dans l’opposition, puis mené les négociations de coalition avec la CDU-CSU, Martin Schulz avait exclu l’idée d’entrer dans un gouvernement Merkel IV - avant de se raviser. Suite à l’accord de coalition conclu le 7 février, Martin Schulz se voyait chef de la diplomatie". Or, il a été rappelé à l'ordre par l'actuel ministre des Affaires étrangères Sigmar Gabriel, aussi membre du SPD, quant au "respect de la parole donnée".

La crise au SPD vient aussi de ses militants, qui sont divisés au sujet de la participation à une nouvelle coalition avec Angela Merkel. Le parti "espère notamment que l'accent pro-européen du projet séduise sa base europhile", mais son soutien n'est pas garanti [Les Echos]. C'est le 4 mars, à l'issue d'un vote par correspondance, qu'il sera annoncé si les sociaux-démocrates acceptent d'entrer au gouvernement pour quatre années supplémentaires.