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Allemagne : la démission de Martin Schulz ne résout pas la crise du SPD

Revue de presse 14.02.2018

Mardi 13 février, Martin Schulz a démissionné de la présidence du Parti social-démocrate allemand (SPD). Une décision qui met en lumière la crise que traverse le parti.

Martin Schulz

Martin Schulz a démissionné le 13 février du Parti social-démocrate allemand (SPD). Crédits : Olaf Kosinsky

Double renonciation

Martin Schulz, à la tête du Parti social-démocrate allemand (SPD) depuis près d'un an, a donné sa démission de la présidence mardi 13 février.

Un départ qu'il "avait annoncé déjà la semaine dernière" [Ouest-France]. Objectif : calmer les sociaux-démocrates mécontents de l'entrée du SPD dans le nouveau gouvernement d'Angela Merkel, tout en se laissant le champ libre pour le portefeuille des Affaires étrangères.

"Sauf que tout ne s’est pas déroulé comme prévu", souligne Ouest-France : face aux critiques de sa base, Martin Schulz a également dû renoncer au poste de chef de la diplomatie. L'ancien candidat a en effet "renié ses promesses tonitruantes contre toute nouvelle grande coalition ou contre une participation personnelle à tout gouvernement Merkel", ce qui lui est aujourd'hui vivement reproché, rappelle RFI.

Or "la base renâcle" et "n'est pas emballée par une nouvelle coalition", en dépit "des concessions notables arrachées (…) aux conservateurs" [RFI]. C'est ce qui pourrait "faire dérailler le référendum auquel doivent participer les 464 000 adhérents du SPD" pour valider le contrat de coalition [Les Echos]. A tel point qu'Angela Merkel se préparerait "par précaution à former un gouvernement minoritaire" sans le SPD [Deutsche Welle].

Allemagne : la future coalition déjà fortement critiquée

"Fiasco" de la succession

Après son départ, Martin Schulz devait immédiatement "passer le relais à (…) Andrea Nahles, actuelle présidente du groupe parlementaire du SPD" [Ouest-France]. Or "ce qui s'annonçait comme une formalité a tourné au fiasco" : "n'étant pas membre de la direction, [Mme Nahles] ne pouvait formellement pas être nommée", relatent Les Echos. Plusieurs fédérations, "rejetant une procédure qu'elles jugent opaque, (…) ont demandé son annulation" [Les Echos].

Dès lors, la remplaçante désignée attendra d'"être intronisée lors d'un congrès le 22 avril à Wiesbaden". Mais elle pourrait alors faire face, "pour la première fois depuis la guerre" [RFI], à une autre candidature. D'ici là, c'est l'actuel maire de Hambourg et futur ministre des Finances Olaf Scholz, qui devra "assurer la présidence par intérim du parti" [Challenges].

Une crise profonde

Plusieurs médias soulignent ainsi la crise que connaît aujourd'hui le SPD. "Tombé à moins de 16,5 % d'intentions de vote [dans deux enquêtes d'opinion], réduisant à 1,5 point son écart avec l'AfD nationaliste" [Les Echos], le parti rencontre aujourd'hui un "problème fondamental": "la crédibilité mal en point de la direction auprès de la base" [RFI]. Aujourd'hui, "toute décision des instances dirigeantes suscite immédiatement une réaction négative des militants qui se sentent trompés ou ignorés" [RFI].

En Allemagne "la presse parle de chaos, les caricaturistes s'en donnent à cœur joie", poursuit le média. Pour les uns "les sociaux-démocrates se ridiculisent" ou bien pour les autres "passent leur temps à s'entre-déchirer (...) faisant ainsi passer les querelles d'égos au premier plan au détriment du contenu". Cité par Deutsche Welle, le quotidien économique Handelsblatt juge quant à lui que "le Parti social-démocrate se trouve dans une situation misérable".

De manière générale, c'est la déconfiture des grands partis allemands qui est raillée par la presse d'outre-Rhin. Pour le Tagesspiegel cité par Deutsche Welle, "ça glisse de partout" : "Martin Schulz (…) appartient à l'histoire et l'avenir de sa remplaçante, Andrea Nahles, n'est pas encore certain. En plus de tout cela, c'est bientôt le crépuscule pour la chancelière Angela Merkel".

Le 13 février, Martin Schulz a déclaré avoir "connu des hauts et des bas à ce poste comme rarement", que la crise que traverse son parti l'a parfois "pris aux tripes" mais qu’il ne garde aucune "amertume" [Le Point]. Tout en admettant que le SPD avait "besoin d'un renouveau en termes de personnes et de programme".