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Allemagne : l'ambassadeur américain accusé d'ingérence

Revue de presse 06.06.2018

Richard Grenell, nouvel ambassadeur américain en Allemagne et fidèle de Donald Trump, multiplie les provocations depuis son entrée en fonctions. Dans une interview, il assure vouloir soutenir la droite dure en Europe, conduisant Berlin à l'accuser de s'immiscer dans les affaires intérieures.

Richard Grenell, ambassadeur des Etats-Unis en Allemagne.

Richard Grenell, ambassadeur des Etats-Unis en Allemagne. Photo : Flickr - Crédits : ambassade américaine en Allemagne.

Le journal suisse Le Temps relate que "les Allemands se sont d’abord réjouis de savoir qu’ils allaient enfin avoir un ambassadeur américain à Berlin". Donald Trump s'était en effet "empressé de désavouer le très apprécié John B. Emerson, nommé par Barack Obama" et "de nombreux mois avaient passé" avant la nomination de Richard Grenell. Cependant, ils ont rapidement déchanté : le nouvel ambassadeur semblant avoir pour mission de "représenter Trump à Berlin" selon Dana Bash, correspondante de CNN dans la capitale allemande [Le Temps]. 

Diplomatie peu conventionnelle

Selon Le Figaro, M. Grenell a d'abord mis "en garde les entreprises allemandes" à propos des échanges avec l'Iran : "vous pouvez faire du commerce avec les États-Unis ou avec l'Iran, mais vous ne pouvez pas faire les deux", a-t-il prévenu. Politico rapporte qu'il s'est par ailleurs entretenu lundi 4 juin avec le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, qui était en visite à Berlin pour tenter de persuader le gouvernement allemand de revenir sur l'accord avec l'Iran. Le média européen qualifie cet "entretien privé" de "violation des mœurs diplomatiques". Mais cela n'a pas empêché Richard Grenell de poursuivre en ce sens, ce dernier a d'ailleurs planifié "un déjeuner avec le chancelier autrichien Sebastian Kurz la semaine prochaine [le 13 juin]".

Le 3 juin dernier, dans un "entretien paru sur le site [américain] ultra-conservateur Breitbart", le diplomate a livré sa vision de la politique en Europe [RFI]. "Je veux absolument soutenir les conservateurs partout en Europe et leurs leaders", cite Le Figaro. L'ambassadeur américain s'est également présenté comme un soutien à la "majorité silencieuse" qui renverse "les élites dans leur bulle". M. Grenell a enfin assuré que "beaucoup de conservateurs en Europe l'ont contacté pour lui dire qu'une renaissance était en cours". Le Monde précise que Richard Grenell dément dans le même temps "vouloir appuyer des partis ou des candidats lors d’élections".

Tensions croissantes entre l'Allemagne et les Etats-Unis

Or aujourd'hui mercredi 6 juin doit avoir lieu un entretien prévu de longue date entre le nouvel ambassadeur américain et le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas. Selon Le Parisien, cette entrevue "prend désormais des allures de convocation" : "nous aurons certainement des choses à nous dire", a prévenu le chef de la diplomatie allemande. ajoutant qu'un

En effet, les déclarations de Richard Grenell ont "provoqué quelques remous en Allemagne" selon la radio RFI. Le député social-démocrate Thorsten Schäfer-Gümbel ne mâche pas ses mots : "les citoyens européens n'ont pas besoin qu'un vassal de Trump leur dise pour qui voter", il ajoute qu'un "ambassadeur qui s'immisce ainsi dans le débat démocratique n'est tout simplement pas à sa place". Le Parisien rapporte que "les partis de gauche" ont même demandé "le renvoi du nouvel ambassadeur". Martin Schulz, ancien président du Parlement européen et candidat des sociaux-démocrates lors des dernières élections, a abondé en ce sens : "si l'ambassadeur allemand à Washington disait qu'il était en poste pour renforcer le Parti démocrate, il serait immédiatement renvoyé". M. Schulz a accusé Richard Grenell de se comporter comme "un officier colonial d'extrême droite" [Le Point].

Pour Le Parisien, ces accrocs ne sont logiquement pas de nature à "améliorer les relations bilatérales déjà très tendues entre l’Allemagne et les Etats-Unis", sachant que le président américain "critique régulièrement Berlin pour ses excédents commerciaux très importants et ses dépenses militaires trop faibles". De plus, les propos de M. Grenell interviennent également dans le contexte délicat des hausses des tarifs douaniers américains sur l’acier et l’aluminium européens, laissant craindre une possible guerre commerciale.

Les démocrates américains montent au créneau

Jeanne Shaheen, sénatrice américaine et membre du Parti démocrate, a pour sa part rappelé que les "ambassadeurs ne doivent pas se mêler de la politique locale ou régionale en soutenant des partis politiques, des candidats ou des causes" [Le Figaro]. "Si l’ambassadeur Grenell ne veut pas s’abstenir de faire des déclarations politiques, il devrait être rappelé immédiatement", a-t-elle également soutenu [Le Monde].

La porte-parole de la diplomatie américaine Heather Nauert s'est bornée à rappeler que "les ambassadeurs ont le droit d’exprimer leur opinion" [Le Monde]. Le média ajoute "que l’ambassadeur Grenell n’a fait que souligner qu’il y a des partis et des candidats qui s’en sortent bien en Europe en ce moment, rien de plus".

"La nomination de cet ancien porte-parole de la mission américaine à l’ONU, sous l’administration Bush, est intervenue seulement à la fin d’avril" après avoir été "longtemps freinée par le Sénat américain" [Le Monde].