Derniers articles publiés

Allemagne : l'accord de coalition déjà compromis ?

Revue de presse 15.01.2018

L'accord trouvé entre Angela Merkel et Martin Schulz, vendredi 12 janvier, afin de débuter les négociations en vue d'un gouvernement, est rejeté par une partie des sociaux-démocrates (SPD). Au point de menacer sa validation, prévue dimanche 21 janvier lors du congrès extraordinaire du SPD.

Martin Schulz, président du parti social-démocrate allemand (SPD)

Le président du parti social-démocrate allemand (SPD), Martin Schulz - Crédits : Olaf Kosinsky

Un accord en suspens

Son "encre (…) à peine sèche", l'accord pour négocier le contrat de coalition entre les chrétiens-démocrates (CDU/CSU) et les sociaux-démocrates (SPD) est mis en cause [Libération]. En effet, "dimanche [14 janvier], plusieurs responsables du mouvement (SPD) ont pris leurs distances avec l’ébauche de programme", tandis que les militants sont divisés à son sujet. Un retournement de mauvais augure avant l'ouverture du congrès extraordinaire du SPD le 21 janvier, qui doit se prononcer sur sa collaboration avec les conservateurs.

Après d'intenses négociations, Angela Merkel et Martin Schulz avaient présenté le 12 janvier un programme de 28 pages, devant servir de base à des négociations formelles. L'accord a ensuite été "validé par la direction des sociaux-démocrates (SPD) et des conservateurs" [Les Echos].

"De sérieuses réserves"

Pour Vincent Hervouet sur Europe 1, "on ne peut pas dire que le soulagement ait duré longtemps". En effet, plusieurs "fédérations régionales [dont] celle de Hesse et surtout celle de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, la plus importante, ont exprimé de sérieuses réserves" sur l'accord [Le Point]. La petite fédération de Saxe-Anhalt "s'est ainsi prononcée à une courte majorité contre l'idée d'une 'grande coalition'".

De hauts dirigeants ont aussi critiqué publiquement l'accord. C'est le cas du maire de Berlin Michael Müller, qui a déclaré dans le quotidien berlinois Der Tagesspiegel qu'"une poursuite (de la grande coalition) sans changements décisifs ne [le] convainc pas encore" [Libération]. Malu Dreyer, la dirigeante du Länder de Rhénanie-Palatinat, "a dénoncé la politique migratoire prévue par l'accord, qui fait la part belle aux demandes des conservateurs en plafonnant à environ 200 000 le nombre de demandeurs d'asile autorisés annuellement dans le pays ".

Martin Schulz en campagne

Les militants et les sympathisants ne semblent eux-mêmes pas convaincus par le programme commun dévoilé vendredi. D'après un sondage de l'hebdomadaire hambourgeois Der Spiegel, cité par Les Echos, "seuls 41,9 % des sympathisants sociaux-démocrates approuvent le nouvel accord avec les conservateurs". Le quotidien rapporte que le chef des jeunes sociaux-démocrates, Kevin Kühnert, a même débuté une "tournée 'No Groko' [abréviation de "grande coalition"] dans plusieurs villes pour contester le projet".

Le journal du Dimanche explique que les dirigeants du SPD ont réagi pour faire face à "l'urgence de la situation". Ce week-end a ainsi pris "des airs de campagne électorale". Selon l'hebdomadaire, Martin Schulz prononcera un discours le 16 janvier à Duisburg. Et Thibaut Madelin estime, dans Les Echos, que le chef des sociaux-démocrates va devoir "redoubler d'autorité pour convaincre sa base".

Un "accident n'est pas exclu"

Le prochain congrès du SPD pourrait permettre d'ouvrir "la voie à des négociations sur un contrat de coalition détaillé" [Le Point]. Néanmoins il pourrait aussi "l'invalider" et "probablement [entrainer] la convocation de nouvelles élections".

Et même en cas de validation par le congrès, les obstacles restent nombreux avant la formation d'un gouvernement. Conservateurs et sociaux-démocrates vont devoir de nouveau retourner à la table des négociations pour établir un contrat de coalition, avant que "les adhérents" du SPD ne soient "consultés par référendum" à son sujet [Le journal du Dimanche].

Vincent Hervouet considère que "si la gauche allemande retourne au pouvoir, ce sera divisée et à contre-cœur" [Europe 1]. Et Thibaut Madelin d'ajouter qu'un "accident n'est pas exclu" : "il paraît même programmé, tôt ou tard, par ses protagonistes", car une clause dans le compromis de vendredi indique : "au milieu du mandat, nous procéderons à un état des lieux du contrat de coalition" [Les Echos].