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Allemagne : dans la douleur, le SPD donne son aval pour négocier une coalition avec Angela Merkel

Revue de presse 22.01.2018

Dimanche 21 janvier à Bonn, réunis à l'occasion d'un congrès extraordinaire, les délégués sociaux-démocrates (SPD) allemands ont voté en faveur de l'ouverture des négociations pour la formation d'une coalition gouvernementale avec les conservateurs de la CDU/CSU, menés par Angela Merkel. Une décision qui n'est soutenue que par une faible majorité, illustrant les dissensions au sein du parti de centre-gauche.

Martin Schulz

Martin Schulz, président du Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD) en juin 2017 - Crédits : Olaf Kosinsky

Un vote serré

Dimanche 21 janvier à Bonn, les délégués du Parti social-démocrate allemand (SPD) ont approuvé "l'ouverture de nouveaux pourparlers pour former une grande coalition entre SPD et CDU/CSU [chrétiens-démocrates]" [Deutsche Welle]. Une décision qui devrait "en principe mettre fin au blocage politique dans lequel est plongée l'Allemagne depuis les dernières élections législatives, le 24 septembre 2017".

Le scrutin a été "plutôt serré : 362 voix pour, 279 voix contre, et une abstention" [Les Echos]. Libération rapporte que "le vote, qui se déroulait à main levée, était si serré qu’il a fallu recompter un par un les votants". Pour le quotidien, le suspense a été "digne d’une fin d’épisode de série télé".

C'est dès aujourd'hui lundi 22 janvier que "le SPD, la CDU et la CSU ont prévu de commencer les vraies négociations, qui devront donner naissance à un 'contrat de coalition', le vrai programme du gouvernement pour ces quatre prochaines années" [Le Monde]. Cependant, cet accord ne mettra pas fin à l'incertitude en Allemagne car, comme l'indiquent Les Echos, le fruit de ces discussions formelles "sera soumis au vote des militants du SPD (environ 440 000 personnes) en mars". Et "c'est seulement en cas de feu vert de la base social-démocrate qu'Angela Merkel pourra se présenter devant le Bundestag et se faire élire chancelière".

Martin Schulz à la peine

Le président du SPD Martin Schulz a soutenu la poursuite des négociations, dans ce qui était "peut-être le discours le plus important de sa vie" [Courrier international]. Le Monde juge qu'en dépit de l'énergie consacrée "à convaincre les délégués", l'allocution "est resté[e] en deçà de l’enjeu". L'ancien président du Parlement européen a évoqué de manière passionnée l'Europe, mais il "a aussi mis en avant les succès sur la politique nationale que lui et les autres dirigeants de son parti ont obtenus au cours des consultations : allégement fiscal, investissements dans l'éducation, renforcement du secteur infirmier..." [Les Echos].

Finalement, "à l'annonce des résultats, [M. Schulz] s’est contenté d’un sourire fatigué" [Deutsche Welle]. Nico Fried, journaliste pour le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung, estime que le patron du SPD "a gagné à Bonn et a perdu en même temps" [Courrier international]. D'après Le Monde, "seule la verve d’Andrea Nahles [cheffe du groupe au Bundestag] a sauvé l’après-midi de Martin Schulz".

"Soulèvement de nains"

Les dirigeants sociaux-démocrates ont en effet dû faire face à la fronde de nombreux militants opposés à une nouvelle "GroKo" (grande coalition). En effet, après l'"échec historique" du parti aux élections législatives du 24 septembre, beaucoup au sein du SPD s'opposent à former une nouvelle coalition avec les conservateurs [RFI].

Parmi les opposants les plus virulent à la "GroKo", on retrouve notamment les jeunes du SPD, appelés Jusos. Ces derniers "estiment que leur parti a déjà accordé trop de compromis aux conservateurs lors des pourparlers préliminaires" [Deutsche Welle]. Le 21 janvier lors du congrès, nombre d'entre eux "portaient des bonnets de Noël, afin de se moquer d’Alexander Dobrindt, un ponte de la CSU qui a qualifié récemment leur opposition de 'soulèvement de nains'" [Libération].

Dans un discours "parfaitement maîtrisé" et "salué bien au-delà des rangs de son mouvement", le chef des Jusos Kevin Künhert a plaidé pour un "non", qui "ne signifie par la fin du SPD mais le début d’une nouvelle histoire" [Le Monde].

Par ailleurs, Libération relate qu'"il y avait comme une ambiance de manif devant le centre des congrès de Bonn". En effet, "une partie non négligeable de la gauche allemande était là", dépassant "largement les frontières de la social-démocratie". Tous sont venus pour "pour mettre en avant les sujets qui leur tiennent à cœur".

Soulagement

A l'issue du scrutin, "Angela Merkel a salué (…) le résultat", selon Le Monde. Le quotidien explique qu'un "vote négatif du SPD aurait été pour elle un second échec personnel" et qu'il aurait "marqué la fin rapide de sa carrière politique, dans un contexte où de potentiels successeurs à l’intérieur de son parti ne dissimulent plus leur note dissonante".

A Bruxelles, la nouvelle du vote a également été bien accueillie. Pour le président du Parlement européen Antonio Tajani, cité par RFI, "c'est un bon signal pour la stabilité de l'Europe". D'après la radio, le "nouveau départ pour l'Europe", qui a été promis par la chancelière le 19 janvier, "ne sera effectif qu'après la formation du gouvernement à Berlin, c'est-à-dire pas avant la mi-mars". Et RFI de conclure : "jusque-là, les projets de réforme, notamment de la zone euro, devront encore attendre".