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Allemagne : Angela Merkel brigue un quatrième mandat

Revue de presse 21.11.2016

La chancelière allemande a annoncé le 24 novembre sa volonté de se porter candidate à sa propre succession lors des élections législatives de septembre 2017. De l'aveu même d'Angela Merkel, la campagne devrait être l'une des plus difficiles de sa carrière. Alors qu'une alliance entre les principaux partis de gauche (SPD, Die Linke, Verts) est évoquée, la cheffe de la CDU a perdu en popularité depuis l'été 2015 et sa décision d'ouvrir les portes de son pays aux réfugiés, ce qui a divisé la société allemande. En atteste la rapide progression du parti d'extrême-droite AfD, crédité de 13% d'intentions de vote. Angela Merkel est d'ailleurs perçue par beaucoup comme un rempart face à la montée des populismes.

Angela Merkel

Une candidature dans une société allemande "polarisée"

"Cette élection sera une des plus difficiles", a fait savoir Angela Merkel au moment de l'annonce de sa candidature au poste de chancelière en 2017. Parmi les principales difficultés auxquelles elle devra faire face sur le plan intérieur, la dirigeante allemande cite "'la polarisation de la société allemande', la pression 'de la droite' mais aussi la menace d'une coalition SPD, Verts, Die Linke, brandie à gauche" [Le Figaro].

"A dix mois des prochaines législatives, Mme Merkel aborde cette nouvelle bataille électorale dans une position a priori plutôt confortable", estime néanmoins Le Monde, soulignant que d'après les derniers sondages, le principal concurrent de la CDU (chrétien-démocrate), le SPD (social-démocrate), n'est crédité que de 24% des voix à l'heure actuelle, 9 points derrière le parti de la chancelière.

"Mais si 55 % des Allemands souhaitent qu'Angela Merkel reste en poste, contre 50% en août, l'élection qui se profile sera tout sauf facile", considèrent Les Echos. L'affaiblissement de la popularité de la chancelière résulte en particulier de sa décision d'avoir "laissé venir près de 1 million de demandeurs d'asile en Allemagne l'année dernière", ce qui l'a conduite à ne "jamais [avoir] été aussi contestée dans son propre camp".

Le quotidien économique rappelle également que la CDU n'a plus que 33% d'intentions de vote contre 41,5% en 2013. "Pour remonter la pente, le parti veut aplanir les différences avec son allié bavarois, la CSU, qui conteste la politique de la chancelière [lui reprochant notamment sa politique d'accueil des réfugiés jugée trop généreuse], et mettre l'accent sur des thèmes comme les impôts, la famille ou les perdants de la modernisation", expliquent Les Echos.

Dans la perspective de la campagne pour les élections législatives, Angela Merkel adopte par conséquent des positions moins clivantes. "Un an après [sa décision d'accueillir les réfugiés] et un million de réfugiés arrivés tard : rétropédalage, la chancelière se désavoue pour faire taire les rébellions dans son parti. 'Wir schaffen das' [On peut y arriver] était peut-être une formule creuse, dit-elle alors", rapporte Libération.

De même, note le JDD, "avec la montée du nouveau parti populiste (AfD), la chancelière risque de ne pas avoir le choix : elle aura besoin des députés du SPD pour former une coalition. D'ores et déjà, on sent qu'elle soigne ses partenaires de gauche". Elle a notamment accepté que Frank-Walter Steinmeier, ministre SPD des Affaires étrangères, devienne le futur président fédéral, voulant "à tout prix court-circuiter le projet naissant de front de gauche (SPD, Verts, Die Linke)".

Une candidate anti-populiste dans une Europe en difficulté

"Dans la période difficile et peu sûre que nous traversons aujourd’hui, on me rapporte que beaucoup ne comprendraient pas si je ne continuais pas à servir l’Allemagne avec l’expérience et les talents qui m’ont été donnés", a déclaré Angela Merkel en annonçant sa candidature, tout en soulignant les difficultés rencontrées par l'Europe, notamment en lien avec le Brexit. Elle a également fait mention des dossiers sensibles, que ce soit la nouvelle administration Trump ou bien les rapports avec la Russie [RFI].

Après l'arrivée au pouvoir de Donald Trump, "la chancelière a été propulsée 'gardienne des valeurs libérales' par une partie de l'opinion, qui a vu en elle la seule dirigeante forte et expérimentée d'Europe", explique Le Figaro.

Si celle-ci a qualifié cette vision de "grotesque et absurde", estimant le costume trop grand pour une seule personne, elle a néanmoins précisé que "la défense de nos valeurs" et de "notre mode de vie" constitueraient le cœur de son programme, citant "la démocratie, la liberté, le respect du droit et de la dignité de chacun, et ce, quels que soient son origine, sa couleur de peau, sa religion, son sexe, son orientation sexuelle ou ses opinions politiques", à savoir exactement les mêmes termes qu'elle avait employés après l'élection de Donald Trump le 9 novembre, rapporte Le Monde.

Barack Obama en visite à Berlin en a d'ailleurs fait "l’égérie de la démocratie mondiale", selon une formule de Libération.

Pour Bernard Guetta sur France Inter, si Angela Merkel l'emportait en septembre 2017, elle serait la dirigeante "du pays le plus important et le plus influent de l’Union européenne puisque la Grande-Bretagne s’en va et que la France, quel que soit le résultat de sa présidentielle, aura besoin de plusieurs années pour retomber sur ses pieds". Déterminée à se dresser contre Vladimir Poutine, elle pourrait convaincre les Etats issus de l'ex-bloc soviétique de constituer une Europe de la défense, au moment où Donald Trump remet en cause la solidarité des Etats-Unis avec les autres pays membres de l'OTAN.

La chancelière devra toutefois "sortir du piège de la politique de rigueur européenne", selon le journaliste : "Si elle accepte de moins lutter contre les déficits publics de l’Union, elle risque de sérieuses difficultés avec les courants les plus orthodoxes de son parti. Si elle s’y refuse, elle alimentera la poussée extrémiste et un anti-germanisme montant auxquels elle pourrait se heurter de plein fouet".

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