Derniers articles publiés

Affaire Skripal : Moscou retrouve Londres devant l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques

Revue de presse 05.04.2018

Les représentants des 41 Etats membres de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) se sont retrouvés mercredi 4 avril à La Haye pour faire la lumière sur l'affaire de l'ex-agent russe empoisonné Sergueï Skripal. Une réunion au cours de laquelle Moscou et Londres se sont mutuellement accusées d'avoir perpétré cette tentative d'assassinat.

L'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques

L'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques à La Haye, aux Pays-Bas. Photo : Wikimedia Commons.

D'après Le Monde, c'est dans une "ambiance tendue" que s'est tenue mercredi 4 avril la réunion des représentants des 41 États membres de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC). A huis-clos, ceux-ci étaient réunis pour évoquer l'affaire de l'empoisonnement de l'ex-espion russe Sergueï Skripal et de sa fille Youlia, survenu dans la petite ville anglaise de Salisbury le 4 mars dernier. Europe 1  évoque une "affaire qui est à l'origine des pires tensions Est-Ouest depuis la Guerre froide", et qui a déjà provoqué "l’expulsion croisée de quelque 300 diplomates" entre l'Occident et la Russie, selon les chiffres du journal Le Monde.

A l'origine de la crise : l'accusation du Royaume-Uni, qui estime qu'un empoisonnement par les services russes serait "la seule explication plausible", explique Le Point. D'après le laboratoire britannique chargé de l'analyse, l'agent utilisé, le Novichok, nécessite des "'méthodes extrêmement complexes' qui ne pouvai[ent] être à disposition que d’un 'acteur étatique'" [Libération]. Or le Novichok a été mis au point dans les années 1980 par des scientifiques soviétiques. La Russie "clame [quant à elle] son innocence depuis le début", soulignant que Londres n'a pour le moment apporté aucune preuve pour soutenir ces accusations.

Enquête conjointe

D'après Europe 1, "l'ambassadeur russe auprès de l'OIAC, Alexandre Choulguine, avait proposé que la Russie mène une enquête conjointe avec la Grande-Bretagne, sous la médiation de l'OIAC". Présentée "conjointement avec l'Iran et la Chine", la requête a néanmoins été rejetée au cours de la réunion : six pays seulement se seraient prononcés en sa faveur, contre quinze ayant voté contre. Dix-sept pays se seraient abstenus, d'après des sources diplomatiques.

La proposition intervient alors qu'en parallèle de l'enquête menée par les services britanniques, une autre est déjà conduite par l'OIAC. Selon Le Monde, la Russie avait en effet adressé il y a quelques jours "une liste de treize questions à l’OIAC, interprétée par le Royaume-Uni comme une tentative de décrédibilisation de l’enquête". Entre autres, Moscou demandait "des garanties sur la provenance des échantillons analysés". A La Haye, le directeur de l'OIAC, Ahmed Uzumcu, a défendu le travail de l'organisation, précisant que ses équipes avaient "elles-mêmes prélevé des échantillons" sur les lieux, et sur les personnes empoisonnées.

Absence de preuves ?

Le Monde rapporte aussi les questions adressées à la Russie par le gouvernement britannique. "Comment un agent neurotoxique développé par la Russie a-t-il pu être utilisé dans les rues de Salisbury ? La Russie a-t-elle perdu le contrôle de ses stocks ?", interroge Londres. "Le chef du laboratoire chimique du ministère russe de la Défense, Igor Rybaltchenko (…) a [quant à lui] assuré que 'n'importe quel laboratoire moderne' pouvait produire le type de substance utilisé", indique Le Point. Une position déjà adoptée par Vladimir Poutine, qui estimait que le Novichok "pouvait être fabriqué 'dans une vingtaine de pays du monde'". Dans les colonnes du journal suisse Le Temps, l'ambassadeur russe en Suisse, Sergueï Garmonine, ajoute que "la formule de cette substance toxique est connue d’un grand nombre de spécialistes et elle se trouve également en accès libre sur internet".

La veille de la réunion de l'OIAC, la communication britannique a également "déraill[é]", estime Libération. Le directeur exécutif du laboratoire chargé de l'analyse a en effet affirmé devant la caméra de la chaîne britannique SkyNews que "si l’agent neurotoxique utilisé contre Sergueï et Youlia Skripal était bien du Novichok, il n’était pas possible pour ses scientifiques de confirmer sa provenance". Une déclaration dont s'est prévalue Moscou : dans un tweet, l'ambassade de Russie au Royaume-Uni a jugé que l'affaire relevait "du bluff depuis le début et que cela v[enait] d’être confirmé par les experts". Londres s'est toutefois défendue en déclarant que les conclusions du laboratoire ne constituaient qu'une "partie des preuves", et que "recoupées avec d’autres sources gouvernementales", elles permettaient d'accuser la Russie.

Pour le consultant en désarmement Ralph Trapp, interrogé par Euronews, c'est à l'OIAC qu'il appartiendra "de dire s'il y a une accusation d'utilisation d'armes chimiques". Celui-ci note néanmoins que l'expertise pourrait s'avérer difficile, "tout le domaine de la chimie légale [étant] relativement nouveau". Et explique ainsi qu'il n'existe pas "de bases de données universelles que l'on puisse utiliser et consulter pour savoir à quelles signatures chimiques on peut s'attendre".

Suite au refus d'une enquête conjointe par l'OIAC, Vladimir Poutine "a dénoncé une 'campagne antirusse'" [La Dépêche]. Moscou a ainsi "accusé les services spéciaux britanniques mais aussi américains d'avoir empoisonné l'ex-agent double russe", affirmant qu'ils avaient "grossièrement fabriqué" cette affaire. La Russie a également demandé "une réunion publique du Conseil de sécurité de l'ONU".