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Affaire Skripal : les gouvernements occidentaux expulsent plus de 100 diplomates russes

Revue de presse 27.03.2018

En réponse à l'empoisonnement de l'ancien agent russe Sergueï Skripal et de sa fille Ioulia au Royaume-Uni, une vingtaine de pays occidentaux – dont seize pays européens – se sont coordonnés pour expulser des diplomates russes présents sur leur sol. Accusée de ces attaques, la Russie nie toute implication et promet de réagir à son tour.

Le Conseil européen

Le bâtiment du Conseil européen à Bruxelles. Crédits : l'Union européenne.

C'est une riposte "sans précédent". A la date du 27 mars, "au moins 116 diplomates russes sont en passe d'être expulsés" [Le Monde], dans le cadre d'une action coordonnée des Etats-Unis, de seize pays de l'Union européenne et de six autres pays alliés (Canada, Australie, Ukraine, Albanie, Macédoine et Norvège selon CNN). D'autres, comme l'Islande, ont annoncé "un boycott diplomatique de la Coupe du monde de football, organisée du 14 juin au 15 juillet prochains en Russie" [Le Figaro]. Les Occidentaux répondent ainsi "à l'empoisonnement de l'ancien agent russe Sergueï Skripal et de sa fille Ioulia, [survenu] le 4 mars à Salisbury en Grande-Bretagne", affaire dans laquelle ils soupçonnent une implication de la Russie [Le Figaro].

Issus majoritairement de l'UE ou de l'OTAN, ces pays affichent ainsi leur soutien à Londres, qui "avait déjà expulsé vingt-trois diplomates russes". La Première ministre britannique Theresa May s'est déjà réjouie de "la grande solidarité" de ses alliés [Le Figaro]. De son côté, la Russie nie toujours son implication dans l'empoisonnement de Sergueï Skripal et a annoncé qu'elle "répondr[ait] tour à tour à chaque pays", dénonçant une "provocation" [La Croix].

16 pays de l'Union européenne coordonnent leur action

Lors d'un sommet européen à Bruxelles vendredi 23 mars, les chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne étaient déjà "tombés d’accord sur une déclaration condamnant nommément la Russie". Finalement, plus de la moitié des Etats européens ont pris "des mesures symboliques fortes avec le renvoi d’un à quatre diplomates russes" [La Croix]. Parmi ceux enregistrant le plus de renvois figurent la France, l'Allemagne et la Pologne qui "ont annoncé [chacune] l'expulsion de quatre diplomate russes". Selon le dernier décompte de Politico, l'Espagne, l'Italie, l'Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Roumanie, la République tchèque, le Danemark, les Pays-Bas, la Finlande, la Suède, la Hongrie et la Croatie participent également à cette action.

D'après Challenges, le président tchèque Milos Zeman a également annoncé l'ouverture d'une enquête par ses services de renseignement. Il s'agit ainsi de déterminer "si l'agent neurotoxique militaire utilisé dans l'affaire Sergueï Skripal a pu être fabriqué en République tchèque", un scénario évoqué par Moscou, qui "laissait entendre que cette substance innervante avait pu être mise au point dans différents pays, dont la République tchèque". En revanche, l'Autriche a déjà annoncé qu'elle n'expulserait quant à elle aucun diplomate russe. Le Figaro rapporte ainsi que "dans un communiqué commun le chancelier conservateur Sebastian Kurz et la ministre des Affaires étrangères apparentée FPÖ (extrême droite), Karin Kneissl", ont affirmé leur volonté de "préserver en tant que pays 'neutre' une possibilité de dialogue avec le Kremlin". L'Autriche soutient néanmoins la décision de "rappeler l'ambassadeur de l'UE à Moscou".

De nouvelles mesures "ne sont pas exclues"

Depuis la Bulgarie où se tenait un sommet UE-Turquie, le président du Conseil européen Donald Tusk a averti lundi 26 mars que "des mesures supplémentaires, incluant de nouvelles expulsions, ne sont pas exclues dans les prochains jours et (les prochaines) semaines" [Le Figaro]. Donald Tusk a également rappelé qu'il n'existait pas "d'autre explication plausible" qu'une attaque de la Russie dans l'empoisonnement de Sergueï Skripal [Politico].

"L'expulsion des diplomates est [certes] symbolique" analyse Politico, "mais elle représente tout de même un sérieux revers pour [Vladimir] Poutine", notamment dans son effort de présenter la Russie comme une superpuissance, telle qu'elle l'était pendant la Guerre froide. Quant à Philip Gordon, ancien diplomate de l’administration de Barack Obama, il affirme qu'il s'agit maintenant "pour les Européens comme pour les Américains (…) de définir une stratégie à long terme". Celui-ci recommande ainsi dans une interview accordée au journal Le Monde que ces pays "impose[nt] des sanctions ciblant les responsables de tels actes et renforce[nt] les sanctions visant l’économie russe si ses actions scandaleuses se poursuivent".

Une "provocation" pour la Russie

La Russie a "promis de riposter" aux mesures occidentales, accusant l'Ouest d'avancer des "accusations inconsistantes visant la Russie sans expliquer les faits" plutôt que d'enquêter pour "trouver les vrais coupables" [Politico]. D'après 20 Minutes, le Kremlin se défend en affirmant "avoir détruit depuis des années la totalité de ses programmes d’armes chimiques avec le concours de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC)".

Le ministère russe des Affaires étrangères promet néanmoins dans un communiqué que cette riposte sera guidée "comme par le passé, par le principe de réciprocité" [Le Huffington Post]. Dans une interview accordée à RFI, Cyrille Bret, maître de conférences à Sciences Po Paris, explique ainsi que "la Russie, quand elle fait l’objet de sanctions" réplique "selon un principe de symétrie et de proportionnalité". Symétrie en répliquant de la même façon, et proportionnalité, car pour Cyrille Bret "la Russie ne va pas s’engager, pour le moment en tout cas, dans une escalade".

Au contraire, pour Jean de Gliniasty, spécialiste de la Russie à l'Iris interrogé par Le Huffington Post, "ce jeu peut aller loin" : "soit on va assister à une escalade et ce sera préjudiciable pour les deux parties, soit cela va s'arrêter aux expulsions et il y aura quand même des séquelles".

Or d'après Les Echos, la porte-parole du ministère des Affaires étrangères russe, Maria Zakharova, a promis de dévoiler le 29 mars "un cadeau historique" destiné "à Londres et à tous ceux qui comparent la Russie au Troisième Reich". Une allusion aux propos tenus par le ministre des Affaires étrangères britannique Boris Johnson qui avait "estimé qu'il était 'juste' de comparer le Mondial en Russie aux Jeux Olympiques de Berlin, en 1936".