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Accord UE Turquie : toujours pas d'exemption de visas pour les Turcs

Revue de presse 16.06.2016

C'était une des conditions majeures pour assurer la pérennité de l'accord UE-Turquie sur la crise migratoire. En échange de l'accueil des migrants arrivés en Turquie, puis de leur transfert vers l'Union européenne, les Turcs avaient exigé une exemption de visa pour leurs ressortissants voyageant vers l'Europe. Si la Commission européenne s'est montrée favorable à une telle contrepartie, la Turquie devait toutefois remplir les 72 critères nécessaires à l'obtention des exemptions de visas, ce qui n'est toujours pas le cas aujourd'hui. Impatience du côté d'Ankara et inquiétude des Européens sur le sort d'un accord toujours très controversé.

Visa Schengen

Encore sept critères à remplir

"Les Turcs qui espéraient la levée des visas pour la fin du mois de juin vont être déçus" constate Euronews sur son site. En effet, la Commission européenne, par la voix du commissaire en charge de la migration Dimitris Avramopoulos, a indiqué que “la Turquie doit encore remplir plusieurs points de la feuille de route pour envisager une levée rapide des visas pour ses ressortissants” et cela en dépit de "nouveaux progrès".

"Les dirigeants européens ont promis au gouvernement de Turquie que les 79 millions de Turcs auraient accès aux 26 pays de l'espace Schengen d'ici le mois de juin", rappelle The Guardian. "Mais toujours sous condition que la Turquie réponde aux 72 critères sur la sécurité de ses frontières et les droits fondamentaux".

"Censée se dénouer en juin", rappelle L'Express, la question des visas turcs va encore empoisonner des relations diplomatiques de plus en plus tendues, "illustrées encore mardi par la démission du chef de la délégation européenne en Turquie". L'Allemand Hansjörg Haber, en poste depuis août dernier seulement, a été accusé de propos "irrespectueux" envers les "valeurs nationales turques" et le président, Recep Tayipp Erdogan, explique The Guardian.

Quels sont les critères encore à remplir par le régime d'Erdogan ? Selon Les Echos, ce sont "les mêmes qu'au mois de mai", ce qui illustre le blocage du dossier. Au nombre de sept, on y trouve "la mise en place de passeports biométriques, des mesures de lutte anti-corruption et de protection des données, un accord avec l'agence européenne de coopération policière Europol" et surtout "la révision de la législation anti-terroriste turque jugée trop éloignée des standards européens".

Au vu de l'importance des critères non remplis, Les Echos estiment qu'une levée des visas, si elle est accordée par le Parlement européen et les Etats membres, pourrait n'intervenir "qu'au mois d'octobre". Côté turc, on semble cependant optimiste, du moins en public. Il y a des hauts et des bas. En ce moment, il y a des problèmes, mais cela ne veut pas dire que nous ne serons pas sur la bonne voie dans 10 ou 15 jours. Il s'agit de diplomatie", a déclaré un haut responsable turc mercredi.  

Les résultats en demi-teinte de l'accord sur la crise migratoire

Si pour l'instant Ankara n'a pas menacé de mettre un terme à l'accord signé avec l'UE en mars dernier - qui permet à la Grèce de renvoyer aux Turcs les migrants débarqués illégalement sur son sol et à la Turquie d'acheminer ceux ayant obtenu le statut de réfugiés vers les pays d'accueil européens - le retard dans la délivrance de l'exemption représente un risque réel.

Sur le fond du problème", explique RFI, "l'accord porte ses fruits puisque le flux de migrants traversant la mer Egée […] est passé de plus de 1700 personnes par jour à moins de 50 aujourd'hui".

La Commission s'est félicitée sur ce point, car il s'agit d'une preuve "qu'il est possible de briser le modèle économique des passeurs" [L'Express]. De plus, "la fermeture de la route des Balkans, début mars, a joué un rôle dissuasif évident auprès des migrants", tout comme l'intervention des navires de l'OTAN et des garde-côtes turcs en mer Egée.

Le problème se situe dans la deuxième phase d'application du plan, ce que reconnaît le commissaire Avramopoulos.“Jusqu‘à présent, seules 7 272 personnes ont été réinstallées sur les 22 504 prévues dans l’accord, et ce depuis la Turquie, la Jordanie et le Liban", a-t-il déploré. Par ailleurs, seules 462 personnes ont effectivement été renvoyées de la Grèce vers la Turquie depuis le mois de mars [Euronews].

Un chiffre qui s'explique par la décision d'une grande majorité des migrants qui débarquent en Grèce d'y déposer une demande d'asile, un processus lent et complexe. Il faut également ajouter la volonté délibérée d'agences d'asile grecques de ne refuser presque systématiquement les renvois vers la Turquie, qu'elles ne considèrent pas comme un pays sûr [Les Echos].

La candidature turque à l'UE symboliquement sur la table

"Dans une décision distincte, les ambassadeurs de l'UE devraient accorder l'ouverture des négociations sur une partie de la candidature de la Turquie. Cette décision d'ouvrir les débats sur le budget est un geste symbolique, promis pendant les discussions de l'accord sur les migrants", explique The Guardian.

Le quotidien britannique poursuit : "la perspective d'une adhésion de la Turquie à l'UE a enflammé le débat sur le référendum [sur un maintien du Royaume-Uni dans l'UE], même si la Turquie ne rejoindra pas l'Union avant des décennies, si elle la rejoint effectivement un jour". Il rappelle que depuis que les négociations sur cette candidature ont débuté en 2005, un seul des 35 chapitres nécessaires à l'adhésion a été rempli.

Une analyse confirmée par la Deutsche Welle, qui titre "N'ayez pas peur, ils n'arrivent pas !". Pour ce site, la Turquie, qu'on le regrette ou qu'on applaudisse, "évolue loin de nous" et son président "se retranche toujours plus dans son régime autocratique".

Par ailleurs, les premiers effets du vote du Parlement allemand qui a reconnu le génocide arménien la semaine dernière se sont fait sentir en Turquie. Le député allemand d'origine turque Cem Özdemir, qui a voté en faveur du texte, s'est vu retirer son titre de citoyen d'honneur de sa ville natale de Pazar. "Erdogan montre qu'il ne comprend pas notre démocratie. Il ne comprend pas que le Bundestag peut prendre une décision sans l'approbation du gouvernement. Ni que les députés d'origine turque sont des citoyens allemands avant tout", a-t-il déclaré à El Pais.

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