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Accord sur le Brexit : des ambigüités demeurent

Revue de presse 11.12.2017

Après l'accord sur les modalités du Brexit, trouvé vendredi 8 décembre par Jean-Claude Juncker et Theresa May, de nombreuses ambigüités demeurent. Ces dernières ont agité le paysage politique britannique pendant le week-end.

Theresa May et Jean-Claude Juncker le 8 décembre 2017 à Bruxelles

Theresa May et Jean-Claude Juncker le 8 décembre 2017 à Bruxelles - Crédits : Commission européenne

Un "nouveau sentiment d'optimisme"

Six mois après le début des négociations, une fumée blanche s'est élevée de Bruxelles : un compromis sur les modalités du divorce entre le Royaume-Uni et l'Union européenne a été trouvé par les équipes de négociations, vendredi 8 décembre. Ce qui permet à une Theresa May "affaiblie par sa défaite électorale de juin" de quitter "le siège éjectable où elle se maintenait tant bien que mal depuis l’été", présente Le Monde.

Accord sur le Brexit : fumée blanche à Bruxelles

La Première ministre doit s'exprimer aujourd'hui lundi 11 décembre devant la Chambre des communes. Une intervention durant laquelle elle devrait parler d'un "nouveau sentiment d'optimisme" autour des négociations, informe The Guardian. La cheffe du gouvernement a également "dit 'vivement' espérer que ce compromis soit validé par les chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE" [Le Monde] lors du Conseil européen des 14 et 15 décembre, et ce dans l'objectif de pouvoir "lancer officiellement la phase 2 des négociations" [France Culture]. Autrement dit, de commencer à aborder la question des futures relations entre l'UE et Londres.

Pas de facture sans accord

Le reste du gouvernement britannique "a fait montre d’une rare unanimité pour saluer [la] performance" de sa Première ministre, observe Le Monde. David Davis, négociateur en chef du Royaume-Uni pour le Brexit, a pour sa part lancé un avertissement aux Européens. S'exprimant sur BBC News, M. Davis a en effet prévenu que "Londres ne paierait aucune facture à l'UE tant qu'un accord commercial ne sera pas conclu", relate Politico.

Philip Hammond, ministre des Finances, a quant à lui salué un "coup de fouet pour l’économie britannique", l'annonce d'un accord permettant de lever certaines incertitudes, selon Le Monde. Une vision partagée par les partisans d'un Brexit "dur" selon lesquels "l’accord de vendredi certifie que le Brexit sera effectif à la fin mars 2019 et évite un crash économique dans l’intervalle".

Des ambigüités

Rien de moins sûr, cependant, étant donné les nombreuses ambigüités du texte de compris qui pourraient "déboucher à long terme sur un quasi-statu quo dans les relations entre le Royaume-Uni et l'UE", souligne Le Monde.  En effet, "les modalités du divorce sont loin d'être réglées par ce compromis provisoire, qui laisse des questions en suspens", ajoute Le Point. "Il faut encore le travailler, le consolider, le préciser", a admis le négociateur en chef de l'UE, Michel Barnier, cité par l'hebdomadaire.

C'est notamment le cas de la question de la frontière irlandaise. Les 27 souhaitent "éviter le retour d'une frontière physique sur l'île" [Le Point], la "pierre angulaire" des accords qui ont mis fin à la guerre civile en Irlande, rappelle Libération. Et les unionistes nord-irlandais (DUP) ne souhaitent pas de frontière entre l'Irlande du Nord et la Grande-Bretagne.

Pour résoudre l'équation, il faudrait que "le Royaume-Uni demeure dans le marché unique européen", ce que l'accord du 8 décembre prévoit : "en l’absence de solutions acceptées [pour l’Irlande], le Royaume-Uni maintiendra un alignement complet sur les règles du marché unique et de l’union douanière", observe Le Monde. Mme May, en souhaitant un Brexit dur a toutefois pris la décision de "sortir du marché unique", ce qui "implique la recréation de la frontière entre les deux Irlande qui deviendra une frontière extérieure de l’Union". La question n'est donc pas résolue, d'autant moins qu'à en croire David Davis, le compromis trouvé vendredi 8 décembre est une "déclaration d'intention" et non pas quelque chose de juridiquement officiel, rapporte The Guardian.

Brexit : quelles conséquences pour les deux Irlande ?

Sur le règlement de la facture du Brexit, "des questions subsistent" également [Le Point]. Selon la plupart des observateurs, "Londres s’acquittera bien d’une facture comprise entre 45 et 55 milliards d’euros, qui comprend tous les engagements budgétaires qu’elle a souscrits avec ses partenaires", explique Libération. Cependant, "les deux parties ont mis au point une "méthodologie" de calcul sans fixer de chiffres", souligne Le Point. Car le calcul britannique (40 à 45 milliards d'euros) ne prend pas en compte certains éléments de "passifs éventuels" explique un négociateur européen à l'hebdomadaire. Par exemple "un prêt à l'Ukraine garanti par l'UE".

Le plus dur reste à faire

La presse britannique ne semble donc pas "dupe", observe France Culture. Les journaux anti-Brexit "soulignent que le processus risque d’être bien long", selon Courrier international. En témoigne la Une de The Independent : "18 mois après le vote du Brexit, nous avons finalement bidouillé la frontière irlandaise, les droits des citoyens de l’UE et le coût du divorce. Maintenant il ne nous reste plus qu’à nous mettre d’accord sur…". S’ensuit une liste interminable comprenant, entre autres, la période de transition, le système migratoire, ou encore le futur accord de libre-échange, traduit Courrier international.

Donald Tusk, président du Conseil européen, a d'ailleurs prévenu Theresa May : "Nous savons tous que rompre est difficile. Mais rompre et construire une nouvelle relation est encore plus difficile", a-t-il remarqué. En bref, "le plus difficile reste à faire", résume Le Monde.

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Les europhiles britanniques voient dans ces difficultés une lueur d'espoir à l'instar du libéral-démocrate Nick Clegg qui vient de créer un think tank dont l'objectif est de "sortir du Brexit", explique Libération. Selon l'ancien partenaire de coalition de David Cameron, "nous sommes libres de changer d’avis et de rester dans l’UE jusqu’à 23 heures (heure de Londres) le 29 mars 2019". Il souhaite que les députés britanniques, avant de voter l'accord final, constatent le décalage entre les promesses de la campagne pour le Brexit et la réalité de l'accord.