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Accord historique pour la "Macédoine du Nord"

Revue de presse 18.06.2018

Dimanche 17 juin, les gouvernements grec et macédonien ont signé un accord reconnaissant le nom de "République de Macédoine du Nord" pour le pays actuellement connu sous le nom d'Ancienne République yougoslave de Macédoine (ARYM). Cette entente doit solder une querelle vieille de 27 ans, mais sa mise en œuvre pourrait être délicate en raison des oppositions nationales.

Zoran Zaev et Alexis Tsipras

Le Premier ministre grec, Aléxis Tsípras (gauche) et le président du gouvernement de l'Ancienne République yougoslave de Macédoine, Zoran Zaev (droite) - Crédits : Gouvernement de la République de Macédoine

Le Monde raconte que "le village frontalier de Psarades a accueilli dimanche [17 juin] la cérémonie de signature" pour le changement de nom de "l’Ancienne République yougoslave de Macédoine (ARYM), sa dénomination officielle actuelle, en Macédoine du Nord". Selon Le Point, l'accord est d'importance, étant donné que depuis "l'indépendance de ce pays en 1991, la Grèce s'opposait à ce qu'il garde le nom de Macédoine, discernant des visées territoriales sur sa province septentrionale du même nom, berceau de l'empire d'Alexandre le Grand".

Le Monde explique que "la Macédoine avait été admise aux Nations unies en 1993 sous le nom provisoire d’ARYM, mais plus de 140 pays, dont la Russie et les Etats-Unis, ont reconnu le pays des Balkans sous le nom de "République de Macédoine".

Rapprochement depuis 2017

Libération rapporte que Federica Mogherini, haute-représentante de l'UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, était présente à la cérémonie du 17 juin. "C’est une journée historique pour les deux pays", les Balkans et l’UE, a-t-elle déclaré. Il s'agit également pour elle "d'une source d’inspiration car cet accord montre que tous les problèmes peuvent être résolus par le dialogue". Le Premier ministre macédonien Zoran Zaev a pour sa part déclaré que cet accord "peut déplacer des montagnes" [Ouest-France]. L'arrivée au pouvoir de ce social-démocrate en 2017 a débloqué la situation et permis un rapprochement, sachant que "l’inquiétude européenne face à l’influence russe dans la région a aussi été déterminante", estime le quotidien régional.

Alexis Tsipras, le Premier ministre grec, a également exprimé son enthousiasme : "nous faisons ce jour notre devoir patriotique (…), un pas historique pour refermer les plaies du passé, ouvrir la voie à la coopération pour nos pays, les Balkans et toute l’Europe" [Ouest-France]. "Ce pas ne doit pas rester suspendu", a-t-il également prévenu "car nous donnons un exemple pour construire l'avenir contre la haine" [Le Point].

Difficile mise en application

L’aboutissement de cette entente ne sera toutefois pas chose aisée. "Prévu pour entrer en vigueur sous six mois", le texte "doit auparavant être ratifié par le Parlement macédonien, approuvé par référendum et acté par une révision constitutionnelle", explique Libération. De plus, Le Monde rappelle que "l’accord devra [aussi] être ratifié par le Parlement grec fin 2018".

Ouest-France insiste sur le fait que "les deux Premiers ministres devront compter avec les vives résistances de leur opposition de droite et des franges nationalistes de l’opinion publique". Alexis Tsipras, accusé de "trahison" par les ultras grecs, a "surmonté samedi [16 juin] une motion de censure déposée par son rival conservateur Kyriakos Mitsotakis".

Au cours de la cérémonie, les réactions populaires ont été nombreuses : "5 000 habitants de la région ont manifesté côté grec" en "brandissant des drapeaux grecs". Ils ont été "tenus à distance par un important cordon de forces antiémeutes et les policiers ont fait usage de gaz lacrymogènes pour repousser des groupes tentant de passer en force". Le Point rapporte la déception d'un Grec, Achille Papadopoulos, 60 ans : "pour moi ce n'est pas un jour agréable, il n'y a pas de quoi se réjouir alors que nous cédons si facilement le nom de Macédoine".

La Libre (Belgique) explique que du côté macédonien, le président Gjorge Ivanov "prévoit d'exercer un droit de veto pour bloquer ce que l'opposition nationaliste a qualifié de capitulation". Sveta Jankovska, une Macédonienne de 66 ans, est de cet avis. Il s'agit pour elle d’un accord "qui n’est pas honorable et marque une défaite pour les Macédoniens" [Le Monde].

Adhésion à l'UE et l'OTAN

Pour Le Monde, une entente entre Athènes et Skopje est néanmoins de nature à bénéficier aux deux pays. Côté grec, cela permettrait "au pays de se concentrer sur d’autres défis régionaux, au premier rang desquels le regain de tension avec la Turquie". Quant à la Macédoine, le pays "espère obtenir une date pour ouvrir ses pourparlers d’adhésion à l’UE (…) et une invitation à rejoindre l’OTAN".