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Accord de coalition en Allemagne : une victoire en demi-teinte pour Angela Merkel

Revue de presse 08.02.2018

Après des mois de paralysie politique, les conservateurs et sociaux-démocrates allemands se sont enfin entendus sur un accord de coalition mercredi 7 février. Le texte, qui doit encore être approuvé par les militants du parti social-démocrate, reflète le recul politique de la CDU d'Angela Merkel.

Angela Merkel et Martin Schulz

Angela Merkel et Martin Schulz

"C'est une partie de l'Europe qui respire" [Euronews]. "Quatre mois après les élections législatives (…), les conservateurs (CDU-CSU) et les sociaux-démocrates (SDP) allemands ont conclu, mercredi 7 février, un 'contrat de coalition'" [Le Monde]. Celui-ci constituera "la colonne vertébrale de la politique allemande pour les quatre ans à venir" [La Croix].

Si  Angela Merkel "se félicite du résultat qui va lui permettre de tourner la page de plus de quatre mois de paralysie" [Le Figaro], ce contrat reste pour elle "une victoire en demi-teinte", estime Libération. Le quotidien souligne les nombreuses concessions que la chancelière a dû faire "pour arracher cet accord de principe aux sociaux-démocrates de Martin Schulz", dirigeant du SPD. Le quotidien conservateur allemand Bild va même jusqu'à qualifier cet accord de "'renoncement' pour la chancelière" [Le Figaro].

Accord "douloureux"

Alors qu'elle était prête à "'un compromis douloureux'" pour "sortir de l'impasse politique" [Le Figaro], Angela Merkel voit le "poids de la CDU dans le futur gouvernement (…) reculer (…) par rapport à la 'grande coalition' sortante (2013-2017)" [Le Monde]. Un nombre conséquent de portefeuilles ayant été attribués au SPD mais également à la CSU bavaroise, le parti ne récupère en effet que ceux de "la Défense, [de] l'Économie, [de] la Santé, [et de] l'Éducation" [Le Figaro].

Mais pour Le Point, c'est surtout l'abandon du ministère des Finances qui illustre "l'affaiblissement politique de la chancelière". Celui-ci était "depuis huit ans la chasse gardée du parti démocrate-chrétien d'Angela Merkel" [Le Point]. Certes, il sera confié à "Olaf Scholz, le maire de Hambourg", un "social-démocrate très modéré". Mais il s'agit d'une question "de principe" : "beaucoup, à la CDU, ne digèrent pas le fait que le SPD, qui n’a obtenu que 20,5 % des voix aux législatives, le plus bas score de son histoire, hérite du ministère le plus prestigieux du pays" [Le Monde].

La CDU a également dû faire des concessions au profit de la "très conservatrice CSU bavaroise" [Le Point], dont le président Horst Seehofer hérite du ministère de l'Intérieur. Lors du précédent mandat d'Angela Merkel, cet ancien ministre-président de la Bavière avait réussi à "faire pression sur la chancelière" au sujet des questions migratoires, et lui avait "impos[é] un plafond (...) de 180 000 à 220 000 entrées annuelles sur le territoire" [Libération]. C'est en outre l'ajout du terme "Heimat" dans l'intitulé du ministère qui suscite la polémique en Allemagne. "Utilisé pour désigner son pays natal, la terre de ses ancêtres ou la région où l’on a grandi", le mot est "devenu tabou après 1945 et récemment réapparu dans la sphère politique" [Le Monde].

"Pour le reste, la répartition des portefeuilles évolue peu" [le Monde].

"Un nouvel élan pour l'Europe"

Du côté européen, on se félicite de la conclusion de l'accord. Le commissaire européen aux Affaires économiques et financières Pierre Moscovici a déclaré depuis Bruxelles : "le fait d'avoir à Berlin un gouvernement stable, solide, ambitieux, pro-européen, permet de nouer les réflexions et les décisions (sic) à prendre sur l'avenir de la zone euro". Une réaction peu surprenante, dans la mesure où "l'instabilité à la tête du pouvoir outre-Rhin privait l'Union d'un de ses principaux moteurs" [Euronews].

De surcroît, "le contrat de coalition fait la part belle à l'Europe" [Le Figaro]. Le "document de 177 pages" est d'ailleurs intitulé "Un nouvel élan pour l’Europe. Une nouvelle dynamique pour l’Allemagne. Une nouvelle cohésion pour notre pays", et s'ouvre sur la politique européenne que les partenaires souhaitent mettre en place [Le Monde]. On peut ainsi lire dans les premières pages : "'Nous voulons une Europe de la compétitivité et de l'investissement' ; 'Nous voulons une Europe des chances et de la justice' ; 'Nous voulons une Europe de la paix qui prend ses responsabilités au niveau mondial'" [La Croix]. "Les partenaires s’engagent [notamment] à 'renforcer financièrement l’Union européenne pour qu’elle puisse mieux assurer ses missions'" et "ouvre[nt] la voie à la création d’un budget d’investissement de la zone euro" [Le Monde].  

L'ancien président du Parlement européen Martin Schulz quittera également la direction SPD pour prendre le fauteuil de ministre des Affaires étrangères. Il aura ainsi "les mains libres pour défendre le projet qui lui tient le plus à cœur : l'Europe" [Le Point].

Un accord suspendu au vote du SPD

"Une condition reste toutefois à remplir" pour que le nouveau gouvernement puisse s'installer au pouvoir : "que les 463 723 adhérents du SPD donnent leur accord lors de la consultation interne" organisée par le parti [Le Monde]. Celle-ci prendra la forme d'un "vote par courrier qui devrait prendre plusieurs semaines et s'achever le 4 mars" [Le Parisien].

"Cette ébauche d’un gouvernement reste donc tout à fait hypothétique", d'autant plus que les membres du SPD sont "extrêmement divisés sur la question".  Les "jeunes socialistes (Jusos) comptent [notamment] y faire ­obstacle", leur leader Kevin Kühnert soutenant que "rejeter la ­coalition signifie aussi 'rejeter le style politique qui est en place aujourd’hui'" [Libération].

Or, si les militants du SPD se prononçaient contre l'accord, deux scénarios pourraient voir le jour. Le premier serait "la formation d'un gouvernement minoritaire dirigé par Angela Merkel puisque son parti, même affaibli, est arrivé en tête à l'issue du scrutin du 24 septembre". Le second, "consisterait en de nouvelles élections dans l'espoir de dégager enfin une majorité cohérente", laquelle aurait peu de chances d'émerger [Le Point].

Pour réduire le risque de refus du SPD, Martin Schulz mise sur sa promesse de quitter la tête du parti. Une mesure qui pourrait "inciter certains adhérents à donner leur feu vert à la future 'grande coalition', ce qu’ils n’auraient peut-être pas fait s’ils avaient lié ce vote à un plébiscite sur la direction" du SPD [Le Monde].