Derniers articles publiés

A Munich, l'administration Trump ne rassure pas les Européens

Revue de presse 20.02.2017

Qualifiée de "forum de Davos" de la Défense, la conférence de Munich sur la sécurité, qui s'est tenue du 17 au 19 février, était particulièrement attendue cette année. Les dirigeants et observateurs européens présents à la réunion ont guetté les moindres déclarations des membres de l'administration du nouveau président américain, qui se sont succédé à la tribune. L'alliance militaire transatlantique, à travers l'OTAN, était la principale source de préoccupations à Munich.

Le vice-président américain Mike Pence

Le nouveau vice-président américain en mission en Europe

Avant de se rendre lundi à Bruxelles, Mike Pence a tenté de calmer les craintes des Européens lors de la conférence de Munich ce week-end. Si le nouveau vice-président a affirmé le caractère "inébranlable" de l'engagement américain aux côtés des Européens, de nombreuses inconnues demeurent et bien des inquiétudes n'ont pas été levées. Certaines, notamment concernant la désorganisation de la diplomatie américaine, ont même été confirmées.

Pour les participants à la conférence, "en filigrane, cette interrogation quasi existentielle : l’Occident a-t-il encore quelque chose, – valeurs ou intérêts –, en commun et pourra-t-il continuer à soutenir une architecture de sécurité commune, ou allons-nous vers un monde 'post-occidental' ?", résume La Croix.

"Le président m'a demandé d'être ici pour apporter ses salutations et un message. Aujourd'hui, au nom du président Trump, je vous transmets ce message : les Etats-Unis d'Amérique soutiennent fermement l'OTAN et nous serons inébranlables dans notre engagement", a déclaré le vice-président américain au cours de son discours samedi, rapportent Les Echos. "En service commandé, le vice-président américain, Mike Pence, savait que ce message serait apprécié des participants de la Conférence sur la sécurité de Munich", commente le journal économique, qui rappelle que la relation transatlantique a sérieusement été mise à mal par les déclarations hostiles de Donald Trump à l'égard de l'UE et de l'OTAN, qui est allé jusqu'à critiquer leur existence-même.

Mike Pence a néanmoins renouvelé les critiques du président Trump concernant les Etats membres de l'OTAN dont les dépenses en matière de défense sont selon lui insuffisantes. "La promesse de partager le fardeau n'a pas été tenue depuis bien trop longtemps, a mis en garde le vice-président américain. C'est ce qui fait que le fondement de notre alliance n'est plus solide", relate Le Figaro. "'Soit tu paies, soit tu es viré. Le système d’alliance devient purement transactionnel', analyse François Heisbourg, conseiller spécial de la Fondation pour la recherche stratégique, interrogé par La Croix.

De profondes incertitudes sur la politique étrangère américaine

Mike Pence a beau avoir renouvelé le soutien américain aux Européens en matière de défense, les diplomates européens sont encore très loin d'être rassurés. "L’absence totale de mention de l’Union européenne dans le discours du vice-président, par exemple, a été aussitôt relevée par les Européens qui, choqués par les attaques répétées de M. Trump contre l’UE ces dernières semaines, espéraient une mise au point sur ce sujet", explique Le Monde.

Un silence source d'inquiétudes illustré par l'absence des responsables américains au traditionnel exercice de la conférence de presse, contrairement à leurs prédécesseurs et leurs homologues russes ou chinois. L'administration Trump elle-même ne semble pas savoir précisément quelles sont ses positions. Et notamment en ce qui concerne un des dossiers les plus brûlants de la diplomatie internationale : la Russie et son rôle dans la crise ukrainienne.

Réclamant l'application des accords de Minsk, mais sans que cela ne porte préjudice à un éventuel accord entre Etats-Unis et Russie, le vice-président américain a déclaré : "Sachez que les Etats-Unis continueront de demander des comptes à la Russie, même si nous cherchons des terrains d'entente. Comme vous le savez, le président Trump pense que c'est possible", rapporte RFI (avec l'AFP). "La phrase de Pence rassure mais elle était à double tranchant. Elle disait voilà ce que je pense et voilà ce que pense Trump", constate François Heisbourg de la Fondation pour la recherche stratégique dans Ouest France.

De son côté, la Russie, par la voix de son ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, a annoncé la fin de "l'ordre mondial libéral". "Les dirigeants responsables doivent faire un choix. J'espère que ce choix sera celui d'un ordre mondial démocratique et juste. Si vous voulez, appelez le 'post-west'", a affirmé M. Lavrov. Une organisation "post-occidentale" du monde "taillé[e] sur mesure pour l'agenda de Moscou. Mais pas forcément incompatible avec une Amérique isolationniste", analyse L'Opinion.

Face à une diplomatie américaine aux positions des plus incertaines, les Français et les Allemands ont insisté sur l'urgence de bâtir une réelle Europe de la défense. Mais l'incertitude ne demeure pas uniquement de l'autre côté de l'Atlantique, comme le souligne dans Le Monde Daniela Schwarzer, chercheuse au think tank German Council on Foreign Relations (DGAP), spécialisé dans l'étude des relations internationales : "Face à des Américains qui seront moins actifs pour soutenir l’Europe, l’Allemagne et la France ont conscience qu’elles devraient en faire plus par elles-mêmes. Mais leurs dirigeants sont dans la même situation : il y a dans les deux pays des élections cette année, et ils savent que rien de décisif ne pourra vraiment être fait d’ici là. Sans compter que nul ne sait qui seront les équipes au pouvoir à Paris et à Berlin dans les prochaines années".