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A l'ONU, Emmanuel Macron prend le contrepied de Donald Trump

Revue de presse 20.09.2017

A l'occasion de son premier discours à la tribune des Nations unies, le 19 septembre, Emmanuel Macron s'est imposé comme l'antithèse de Donald Trump. Sans le nommer, M. Macron a en effet pris le contrepied de son intervention en proposant des alternatives aux solutions militaires prônées par le président américain sur différents dossiers. Aujourd'hui, plusieurs dirigeants européens ainsi que le président du Conseil européen, Donald Tusk, prononceront leur propre discours. 

Emmanuel Macron à la tribune de l'Assemblée générale des Nations unies

Emmanuel Macron à la tribune de l'Assemblée générale des Nations unies

Le multilatéralisme de Macron face à l'"America first"

Hier, à Washington, entre Emmanuel Macron et Donald Trump, il n'y avait "pas un point […] sur lequel convergeaient ces deux hommes", annonce France Inter. Et ce même si "Macron, 39 ans, entretient une relation très proche avec le businessman de 71 ans" [Euractiv]. Pour le New York Times, cela n'a rien d'étonnant dans la mesure où "le président Trump a apporté le même style de leadership agressif qu'il utilise chez lui sur la scène la plus éminente du monde". Toutefois, le contraste entre les propos du président Trump et le discours du président français a marqué la presse française. Celui-ci est "saisissant", selon France Inter. "Quand [D. Trump] insiste sur 'l’Amérique d’abord', [E. Macron] rappelle que 'l’indépendance réside aujourd’hui dans l’interdépendance'", résume Le Monde.

Par ailleurs, tandis que Donald Trump "a défendu sa doctrine unilatéraliste" [Euractiv] des relations internationales dans l'enceinte de l'ONU, antre de la volonté de recherche de concertation entre les nations, le président français a pour sa part réclamé un "multilatéralisme fort". Il propose notamment, "comme pour la France et pour l'Europe" de réformer l'ONU pour la "réinventer", relate Le Point, en insistant notamment "sur la nécessité d’une réforme du droit de veto au Conseil de sécurité" [Le Monde]. Le président français a en outre "étalé ses divergences sur deux dossiers : la Corée du Nord et l'accord sur le nucléaire iranien" [France Culture].

"Totally destroy"

En effet, le président Trump a annoncé qu'il prévoyait de " détruire totalement la Corée du Nord' si elle menaçait les Etats-Unis", rapporte le New York Times. Le président français, "tout en soulignant l’urgence de bloquer le programme nucléaire d’un régime qui refuse de négocier", a quant à lui insisté sur "la pression des sanctions", rapporte Le Monde. Opposé à une intervention militaire, il souhaite ramener la Corée du Nord "à la table des négociations", selon France Inter.

Cela n'a toutefois que peu rassuré les Sud-Coréens. Les spécialistes du régime nord-coréen expliquent que les menaces de Trump sont "contre-productives" et "renforcent Pyongyang dans sa détermination à s'armer le plus vite possible", à l'image de ce qu'avait produit le discours de George W. Bush en 2002 évoquant l'axe du mal, explique France Culture. Par ailleurs, "Trump vient d'offrir au régime [de Pyongyang] la citation du siècle", écrit le politologue Stephan Haggard dans le magazine Time (cité par France Culture), qui pourra être utilisée pour la propagande nord-coréenne.

Respecter les accords internationaux

Le président américain a également qualifié l'accord sur le nucléaire iranien de "gênant" et "du pire accord que les Etats-Unis aient jamais signé". La volonté de M. Trump d'en sortir a en outre été qualifié par le président français de "lourde erreur". En effet, aucune position de substitution n'est avancée "et le rien, nous l'avons testé, c'est la situation de la Corée du Nord", rapporte France Culture. De même, "la Haute représentante pour les Affaires étrangères de l'Union, Federica Mogherini a refusé de se retirer de l'accord", relate Politico. Le président français laisse en outre "la porte ouverte à des discussions pour prolonger la portée du texte au-delà de 2025", rapporte Le Monde. Hassan Rohani, le président iranien, défendra à cet égard les positions de Téhéran aujourd'hui, à la tribune des Nations unies.

De même, le président français n'a pas "abandonné l'idée de faire en sorte que le président Trump reconsidère" sa sortie de l'Accord de Paris [Euractiv]. Alors que Donald Trump réitère sa volonté de renégocier l'accord, Emmanuel Macron estime, lui, que "la seule chose dont on puisse discuter est l'ajout de nouvelles mesures" [France Inter], en "soulignant les effets dévastateurs du réchauffement climatique" [Le Monde].

Le "vide" à Washington

Par conséquent, conclut France Culture, Donald Trump, soutenu par sa "brillante" [Libération] ambassadrice à l'ONU, Nikki Haley, "envoie le signal qu'on ne peut pas faire confiance aux Etats-Unis, même quand ils signent un accord". Une opinion partagée par Politico, selon qui "aucune politique a été avancée aujourd'hui". Dans ce contexte, "l'influence internationale de Etats-Unis vient de subir un nouveau revers", tranche le média basé à Washington et Bruxelles.

Ainsi, "le vide soudain créé à Washington par l'élection de Donald Trump" permet à Emmanuel Macron de peser sur la scène internationale, notamment grâce à "l'ambition que [la France] propose à l'Europe" et "au crédit qui lui confère la tradition universaliste de la France", analyse France Inter. Sa position pourrait même "lui permettre d'être l'honnête médiateur des conflits internationaux", selon Euractiv.

Aujourd'hui mercredi 20 septembre, les représentants de plusieurs pays européens prononceront à leur tour un discours à la tribune de l'Assemblée générale des Nations unies. Il s'agira de la Finlande, de la Bosnie-Herzégovine, du Portugal, des Pays-Bas, du Royaume-Uni, ou encore de l'Italie, de même que Donald Tusk, président du Conseil européen, au nom de l'Union européenne.