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60e anniversaire du traité de Rome : les Européens s'afficheront-ils unis ?

Revue de presse 24.03.2017

Demain, les Etats membres de l'Union européenne se réuniront à Rome pour dresser le bilan des succès et échecs de l'Union européenne et réaffirmer leur soutien au projet européen auquel ils espèrent donner un nouveau souffle. Cette réunion, qui devait être l'occasion d'affirmer l'unité de l'Europe face au Brexit, est menacée par la Grèce, mais surtout la Pologne, qui se dresse contre la mention d'une "Europe à plusieurs vitesses", une idée qui devrait être présente dans la déclaration qui sera lue par les dirigeants au Capitole.

Beata Szydlo

60 ans du traité de Rome : quel avenir pour l'Europe ?

La nécessaire unité européenne face aux menaces extérieures

Demain, à Rome, les Etats membres de l'Union européenne, à l'exception du Royaume-Uni, ont prévu de se montrer unis et de manifester leur détermination à "rendre l'Union plus forte et plus résistante, grâce à une plus grande unité et une plus grande solidarité". Toutefois, les incertitudes et les sources d'inquiétude restent nombreuses. "Il y a 60 ans pourtant, les pays signataires du traité de Rome - l'Allemagne, la France, l'Italie et les pays du Benelux - s'engageaient à 'établir les fondements d'une 'Union sans cesse plus étroite entre les peuples européens'" [RTBF]. "Triste paradoxe", note La Croix : l’Union européenne célèbre le soixantième anniversaire de son acte fondateur, au moment où elle doit faire face, pour la première fois, au départ d’un de ses membres : le Royaume-Uni.

La rencontre et la déclaration de Rome s'inscrivent dans la réponse des dirigeants européens au Brexit, amorcée en septembre dernier lors d'un sommet à Bratislava, avec le choix d'accélérer la coopération dans des domaines jugés prioritaires comme la sécurité, la défense et l'économie [Challenges]. Les termes de la déclaration ont été soigneusement choisis : "après un dernier conseil houleux, durant lequel la Pologne avait pris ses distances en refusant de s’associer aux conclusions, la solidarité du groupe que les pays fondateurs souhaitent mettre en avant après le Brexit semble bien fragile", souligne Euractiv. "Sur une voie étroite entre autosatisfaction et modestie", et rédigée dans une langue aussi peu technocratique que possible, les dirigeants y affirment, dès le premier paragraphe, leur "fierté" devant ce que l'Union a su construire à partir d'un continent qui était en "cendres". Les valeurs de liberté, de démocratie, de paix, figurent ainsi dans les toutes premières phrases du texte [Les Echos].

La déclaration insiste dans le même temps sur le fait que toute coopération renforcée entre certains serait ouverte aux autres, l'Union étant "indivisible" [Challenges]. "Nous agirons ensemble, à des rythmes et des intensités différents si nécessaire, tout en cheminant dans la même direction, comme nous l'avons fait par le passé, conformément aux traités et en laissant la porte ouverte à ceux qui voudront nous rejoindre plus tard", peut-on ainsi lire dans la déclaration.

La déclaration devrait également renouveler la volonté de l'Union européenne de jouer un rôle renforcé dans les relations internationales, via le multilatéralisme, de soutenir Nations unies, et de promouvoir un commerce "libre et juste" ainsi qu'une politique climatique "positive". "Des propos qui 'auraient pu apparaître anodins en d'autres circonstances', pointe un spécialiste, mais qui servent aujourd'hui à marquer une différence nette vis-à-vis de la trajectoire que prennent les Etats-Unis de Donald Trump", rapportent Les Echos.

L’Union européenne se trouve néanmoins à un moment où elle doit monter une nouvelle marche au risque, sinon, de "s’évaporer lentement et tristement". "L’Europe se trouve dans la situation des cités de la Renaissance qui n’avaient pas réussi à s’unifier. L’Italie a été rayée des cartes pendant quatre siècles", affirme dans l'Express, et repris par La Croix, Romano Prodi, ancien Premier ministre italien et ancien président de la Commission européenne.

Une déclaration mise en péril par la Pologne et la Grèce

Mais malgré les intentions d'unité de la déclaration, le gouvernement ultraconservateur polonais de Beata Szydlo est furieux de la référence à une Europe "à plusieurs vitesses", introduite à dessein par ses partenaires, en particulier Paris et Berlin, qui veulent pouvoir accélérer le tempo dans plusieurs domaines. L'idée d'une Europe à plusieurs vitesses "fait craindre aux pays de l'Est d'être laissés sur le bord du chemin." [Challenges]. Le gouvernement polonais va jusqu'à menacer de ne pas se joindre à la déclaration : "il existe entre nous une entente non-écrite que si on ne trouve pas d'accord jusqu'à vendredi, il n'y aura aucun document, car on ne prévoit pas de discussions samedi" a affirmé la Première ministre Beata Szylo, précisant que les travaux sur le texte se poursuivaient toujours [Le Figaro].

Varsovie exige, pour signer la déclaration, que ses quatre priorités apparaissent dans le texte : l’unité de l’Union européenne ; une collaboration étroite avec l'OTAN ; le renforcement du rôle des parlements nationaux ; et que "les principes du marché commun ne doivent pas diviser, mais unir", rapporte la RTBF.

Dans les milieux diplomatiques à Bruxelles, on minimisait jeudi la portée de la menace de Beata Szydlo, en soulignant que la Pologne avait approuvé le projet de déclaration, après quelques changements mineurs, et que ses remarques semblaient destinées en priorité à l'opinion publique polonaise afin de lui permettre de revendiquer un succès pour son pays lors du sommet [Challenges].

"Plus inattendues sont les réserves de la Grèce sur le texte. Coincé dans ses négociations avec ses créanciers, le Premier ministre Aléxis Tsípras tente un chantage en réclamant que le texte de Rome évoque plus clairement la protection des droits des travailleurs", estiment [Les Echos]. "Nous avons l'intention de soutenir la Déclaration de Rome, un document qui va dans une direction positive", écrit M. Tsipras dans une lettre adressée à Donald Tusk et Jean-Claude Juncker. "Néanmoins, afin de pouvoir célébrer ces succès, il faut clairement établir, à un niveau officiel, si elle s'applique aussi à la Grèce. Si, en d'autres termes, l'acquis européen vaut pour tous les Etats membres sans exception, ou pour tous sauf la Grèce"[Challenges].

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