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30 juin : date fatidique pour la Grèce ?

Revue de presse 19.06.2015

Sans surprise, la réunion de l'Eurogroupe consacrée hier à la Grèce s'est à nouveau soldée par un échec. Les créanciers d'Athènes n'ont visiblement pas été convaincus par les propositions du ministre des Finances Yanis Varoufakis, à qui il a été demandé de "revoir sa copie" pour une nouvelle réunion convoquée lundi. Alors que les retraits aux guichets des banques grecques se multiplient et que le pays doit rembourser 1,6 milliard d'euros au FMI le 30 juin, la situation semble de plus en plus alarmante. Même si la presse continue de s'interroger sur les différents scénarios envisageables.

calendrier 30 juin Grèce

Après un peu moins d'une heure et demi de discussions, "la réunion de la zone euro consacrée à la situation économique d’Athènes s'est conclue dans la soirée de jeudi 18 juin sans accord, ni décision" [Le Monde].

"Le ministre des Finances grec, Yanis Varoufakis, a pourtant estimé avoir soumis une 'proposition radicale' à ses collègues, portant sur la création d'un conseil budgétaire indépendant de surveillance de l'exécution budgétaire, avec, à la clef, un frein automatique au déficit", précise Capital. Mais "des progrès insuffisants ont été accomplis. Un accord n'est pas en vue", a déclaré le président de l'Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem, ajoutant que la Grèce devait faire une nouvelle proposition pour la prochaine réunion du lundi 22 juin.

"Visiblement très remontée, la directrice du Fonds monétaire international (FMI), Christine Lagarde, s’est montrée plus cinglante, appelant de ses vœux un retour au dialogue 'avec des adultes dans la salle'" [Le Monde]. Car si la Grèce ne paie pas le FMI, le 30 juin, alors elle "sera en défaut, elle sera en situation d’arriérés vis-à-vis du FMI le 1er juillet, mais j’espère que ce ne sera pas le cas, je l’espère vraiment", a-t-elle poursuivi.

Quelles seraient les conséquences d'un défaut de paiement ? En ce qui concerne le FMI, celui-ci ne pourrait effectivement plus accorder d'aide financière au pays à partir de cette date. Mme Lagarde devrait "informer le conseil d’administration de l’institution, représentant ses 188 Etats membres, du montant des arriérés et, deux mois après, déposer une 'plainte'", poursuit Le Monde.

Au niveau européen cependant, une telle information resterait à être interprétée politiquement. Pour le journaliste Quentin Dickinson sur RFI, si "le 30 juin, les Grecs décident de payer leurs fonctionnaires plutôt que rembourser le FMI (…), la Grèce qui ne quitte pas pour autant la zone euro, ne peut plus se financer à l’extérieur et ne peut faire tourner l’Etat qu’avec les recettes fiscales et en bradant ses actifs".

Pour Le Figaro, la réunion de lundi "pourrait valider une seconde prolongation, au-delà du 30 juin, du plan de financement et sauvetage grec"… mais avec pour corollaire "une possible sortie de l'euro". "Le 30 juin, faute d'accord, tous les crédits réservés à la Grèce retourneraient au MES, le fonds européen de sauvetage, et ils ne seront plus disponibles" pour Athènes, insiste dès lors Jeroen Dijsselbloem. 

A l'inverse, l'Expansion estime qu'un défaut de paiement au FMI "n'est pas la fin du monde" : d'une part "Le FMI est pris en otage : il n'a pas intérêt à déclarer la Grèce en défaut de paiement dès le 30 juin. Reconnaître qu'Athènes ne l'a pas payé, c'est reconnaître qu'il a perdu de l'argent. Ce que ses statuts lui interdisent".

D'autre part, juge l'économiste Gabriel Colletis dans ce même article, "la BCE a n'est pas obligée de mettre fin au mécanisme ELA [le programme de soutien financier d’urgence des banques grecques, ndlr] après le 30 juin. Ce serait une décision politique tout à fait contraire à ses statuts, qui lui donnent pour mission de protéger l'euro". Et de toute façon, "rembourser ou pas le FMI le 30 juin ne règle (...) rien. En 2015, la Grèce doit rembourser quelque 15 milliards d'euros à ses créditeurs, auxquels s'ajoutent 7,3 milliards d'euros de charge d'intérêts"…

"En fait, on est encore sur des scénarios purement spéculatifs, on ne sait pas comment tout cela pourrait se passer, on n’y a jamais été confrontés", avouent plusieurs sources européennes citées par Le Monde. "C’est la dramaturgie classique de l’Europe, décider au bord du précipice et laisser aux chefs d’Etats le soin de conclure", note toutefois un ministre optimiste cité par Les Echos.

De son côté, la Banque centrale européenne s'inquiète des retraits massifs d'argents aux guichets des banques grecques, qui se sont accélérés depuis le début de la semaine et devraient connaître une nouvelle augmentation après l'échec d'hier. "2 milliards d'euros sur les trois premiers jours de la semaine, soit environ 1,5% du montant total des comptes des banques du pays, qui s'élevait à 133,6 milliards d'euros fin avril et plus de 1 milliard d'euros pour la journée d'hier jeudi" [Les Echos]. L'institution de Francfort a donc convoqué une réunion téléphonique d’urgence consacrée à cette question, ce vendredi en début d’après-midi.

Celle-ci pourrait d'une part "prendre la décision d’augmenter à nouveau le plafond des ELA, ce qu’elle fait toutes les semaines ou presque depuis février et le début du bras de fer entre le gouvernement de la gauche radicale Tsipras et ses créanciers" [Le Monde]. Mais devrait aussi évoquer la question du "contrôle des capitaux" : une limitation des retraits d’argent pour "préserver la solvabilité des banques hellènes". Une décision lourde, qui appartiendrait au gouvernement grec en premier lieu, et pourrait par exemple conduire à la fermeture des banques ce lundi.

Se voulant toutefois rassurant, le Premier ministre Alexis Tsipras dit aujourd'hui espérer toujours une solution qui permettra au pays de revenir à la croissance tout en demeurant au sein de la zone euro. Le gouvernement " travaille maintenant à un succès " du sommet européen exceptionnel de lundi, "a tenu à faire savoir vendredi le cabinet du Premier ministre" [Les Echos]. 

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