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Nuit européenne des idées : 12 propositions des jeunes pour relever les défis de l’Europe

Sur la scène du Collège de France, à Paris, cinquante-deux jeunes issus de l’ensemble des 27 Etats membres ont défendu des mesures concrètes pour l’avenir de l’Europe.

La Nuit européenne des idées, un événement organisé par l’Institut français, en partenariat avec le Collège de France et la chaîne Arte - Crédits : Toute l’Europe

A l’occasion de la présidence française du Conseil de l’Union européenne (PFUE), exercée du 1er janvier au 30 juin 2022, l’Institut français - établissement public lié au ministère des Affaires étrangères et au ministère de la Culture - a donné l’occasion à des jeunes issus de tous les pays de l’UE de présenter des propositions pour faire avancer l’Europe. Cinquante-deux jeunes ont élaboré ces mesures et ont pris part à cette grande soirée de débat et d’éloquence. Une soirée animée par Nora Hamadi et organisée grâce au soutien du Collège de France et Arte, qui a réuni 500 spectateurs dans la salle et plus de 6 000 personnes à distance.

Pour accompagner ces jeunes engagés dans différentes causes (environnement, féminisme, droits de l’homme…), des personnalités du secteur de la recherche, de la société civile ou bien des pouvoirs publics ont participé à cette Nuit des idées. Ainsi, Sébastien Maillard, directeur de l’Institut Jacques Delors, Samantha Besson ou encore Lluis Quintana Murci, professeurs au Collège de France ont assisté les jeunes orateurs. Les propositions discutées viendront enrichir les contributions à la “Conférence sur l’avenir de l’Europe”, cet exercice de démocratie participative qui permet aux citoyens européens de proposer des mesures pour l’Europe de demain.

Rappelant que nous sommes dans l’Année européenne de la jeunesse, le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a ouvert le bal en lançant un appel à l’engagement de la jeunesse. “Avec de l’audace, l’avenir de l’Europe sera le nôtre”, a-t-il déclaré. La secrétaire d’Etat chargée de la Jeunesse et de l’Engagement Sarah El Haïry a pris également la parole à l’ouverture de la soirée, en soulignant que nous vivons un moment de grande responsabilité : celle de la PFUE d’une part, mais surtout celle liée à l’attachement qui doit être le nôtre à la paix et à la démocratie que nous croyions acquises. Elle a soutenu l’idée que la jeunesse doit être au cœur des institutions et des décisions, d’autant que “les jeunesses d’Europe sont engagées dans la transition environnementale, elles défendent la paix, les droits humains, la démocratie…”.

Ainsi, au total, 12 propositions de politique publique ont été retenues et présentées par les jeunes.

Des propositions pour l’environnement

  • L’agrivoltaïque : pour débuter, c’est le jeune Bulgare Yavor Razboinikov qui est venu présenter une première mesure en faveur de la transition écologique. “Nous sommes avides de matières premières non renouvelables, cette dépendance comme celle aux combustibles fossiles nourrit la guerre”, a-t-il commencé. Partant du constat qu’il est nécessaire d’avoir beaucoup d’espace pour développer les énergies renouvelables, Yavor suggère de développer l’agrivoltaïque en installant des panneaux photovoltaïques sur des terres agricoles. Tout en “assurant aux agriculteurs qu’ils ne vont pas perdre leurs subventions, au contraire”. Il a conclu en affirmant qu’il “faut agir maintenant pour atteindre les objectifs climatiques”.
  • Des aires marines protégées (AMP) : c’est ensuite Valentine Hendrix qui a pris la parole, une jeune étudiante de nationalité belge. “Les océans contrôlent le climat, sont la principale source de nourriture pour plus d’un milliard de personnes et sont un puissant capteur de CO2″, a-t-elle rappelé. Valentine a ainsi défendu la conservation des environnements marins et la nécessité de lutter contre la surpêche. Pour ce faire, il faut selon elle développer un réseau de parcs marins et d’AMP grâce à une aide financière européenne.
  • La ville au centre de la lutte pour le climat : Sheldon Saliba, jeune originaire de Malte, a quant à lui prôné un rôle plus important donné aux villes dans l’atteinte des objectifs climatiques. A titre d’exemple, “des villes comme Stockholm ont mis en œuvre des budgets considérables” en faveur du climat, a-t-il souligné. Selon lui, les villes ne sont pas aussi actives qu’elles devraient l’être et pourtant “le climat doit être au centre des politiques urbaines avec des mécanismes et des budgets déployés dans les villes les plus polluantes d’abord et dans toutes les villes ensuite”. Pour Sheldon, les conseils municipaux pourraient définir des objectifs climatiques à long terme pour adapter les villes au réchauffement climatique.
  • Une autosuffisance alimentaire européenne : Aiste Verikaite, jeune Lituanienne, s’est inquiétée du de la baisse du nombre d’exploitations agricoles en Europe et du vieillissement de la population agricole (“moins de 5 % des fermes sont tenues par des agriculteurs de moins de 40 ans en Europe”) alors qu’en parallèle la population s’accroit. Il y a donc deux défis à relever : rendre l’agriculture plus durable et attirer des jeunes dans ce secteur grâce à des aspects sociaux et économiques. Aiste propose ainsi un instrument financier européen pour couvrir une partie des prêts des jeunes agriculteurs, l’amélioration des infrastructures et un meilleur accès aux services publics dans le monde rural.

Des idées pour améliorer les droits et libertés des citoyens

  • Assurer un droit de réponse : le jeune Grec Vasilis Vouras a débuté sa présentation en rappelant que “la liberté d’expression est essentielle pour un débat transparent pour les citoyens”. Il a défendu la nécessité de garantir un droit de réponse aux citoyens face à des contenus nuisibles et polémiques. Il propose que les médias audiovisuels et les réseaux sociaux étendent le périmètre du droit de réponse pour le citoyen : dans les documentaires, dans les émissions radio… Pour Vasilis, “le périmètre de droit de réponse doit être sous l’égide de la Commission européenne” épaulée par “des spécialistes pour assurer la liberté d’expression”.
  • Un meilleur accès aux protection hygiéniques : l’Espagnole Rocio Roldan est entrée sur scène en brandissant un tampon. “Il faut [en] parler comme [d’]un objet parfaitement normal et usuel, et lever les tabous sur le corps féminin”. Selon elle, il faut sensibiliser et “normaliser” cet objet et faire en sorte que chaque femme puisse accéder aux protections hygiéniques (notamment dans les établissements scolaires).
  • Un don du sang accessible à tous : “alors que le don du sang constitue un geste civique, d’un point de vue des droits de l’homme, c’est un outil de stigmatisation”, selon les mots de la jeune Hongroise Luca Dalma Dudits. Elle rappelle que trois Etats membres de l’UE ont un régime juridique très défavorable aux personnes homosexuelles concernant le don du sang. “Il n’existe pas d’élément de preuve qui justifie une exclusion des homosexuels”, a-t-elle affirmé. Selon Luca, les préjugés sur les couples homosexuels sont infondés d’un point de vue scientifique sur la transmission du VIH. “C’est une source d’humiliation de rejeter le don su sang pour la communauté LGBTQI+”, a-t-elle dénoncé. Luca défend ainsi la nécessité d’avoir des campagnes de sensibilisation pour le don du sang des personnes LGBTQI+ ainsi qu’une clause antidiscriminatoire dans les directives européennes.
  • Une directive pour définir la violence fondée sur le genre : Saskia Postema, originaire des Pays-Bas, a commencé par présenter au public “une statistique incroyable : 1/3 des femmes [en Europe] font l’objet de violences”, mais pour autant une minorité porte plainte. Elle a mis en avant le fait que ces violences ont un impact psychologique et économique sur les victimes, alors qu’ ”aucun cadre ni texte de loi existe pour lutter contre la violence fondée sur le genre”. Saskia défend ainsi une proposition de directive qui permettrait de définir les violences sexistes afin de mieux coordonner les politiques à travers l’espace européen. Il faut aussi, selon elle, recenser les facteurs qui constituent un risque pour la violence faite aux femmes tels que la pauvreté, mais aussi insister sur des politiques de prévention. En outre, Saskia pense qu’il faut créer une ligne téléphonique européenne dédiée à ce fléau qui mettrait en rapport les femmes victimes de violence avec des spécialistes.

Des mesures en faveur de la place de l’UE dans le monde

  • Repenser la politique migratoire de l’UE : pour l’Espagnol Inigo Benito, “la politique migratoire européenne ne fonctionne pas”. Inigo dénonce une “réponse chaotique et un manque total d’accueil des migrants qui arrivent à nos frontières”. Pour lui, le principe de solidarité de l’UE doit être réactivé et il convient de repenser le règlement de Dublin qui “ne répond pas aux besoins des pays” et qui “ne permet pas de faire face à la réalité des migrations”. Le jeune Espagnol pense ainsi qu’il faut un nouvel accord européen qui soit un outil contraignant pour les Etats membres et qui répartisse les migrants selon les besoins des pays. Cet accord prévoirait également une solidarité financière de la part des pays qui sont moins affectés par les migrations.
  • Augmenter l’autonomie stratégique de l’UE : la Tchèque Zuzana Hellerova a déclaré que pour la première fois de sa vie, elle ne se sent pas en sécurité en Europe depuis que la Russie a envahi l’Ukraine. Pour elle, “la sécurité de l’UE est en jeu et les enjeux sont énormes : l’Union a besoin de plus de pouvoir pour prévenir les conflits et doit être en mesure d’intervenir dans des conflits qui menacent notre sécurité”. Zuzana défend ainsi l’idée de créer un bureau européen de médiation qui inviterait les responsables européens dès lors qu’une crise interviendrait. Mais elle propose surtout de créer des forces armées européennes qui permettraient à l’UE d’intervenir rapidement en cas de conflit. Il faut selon elle “renforcer les budgets de l’Europe de la défense”, “créer un organisme de médiation pour la paix” mais aussi “réviser le traité de Lisbonne pour financer une défense à partir du budget de l’UE”.
  • Protéger la démocratie en Europe : “la démocratie et les libertés sont menacées plus que jamais, surtout depuis que la Russie a envahi pays doté d’un gouvernement élu démocratiquement “, avertit l’Irlandais Marcus O’Faolain. Il dénonce également les autres tentatives de déstabilisation de la démocratie en Europe avec des “pouvoirs populistes qui s’en sont pris aux ONG, à la presse…”. Selon lui, “les démocraties illibérales ont sapé l’unité de l’Europe”. Il propose deux actions pour lutter contre l’émergence des régimes à tendance autoritaire : la création d’un bureau indépendant qui publierait des rapports annuels pour mesurer le niveau de démocratie dans chaque Etat membre afin d’identifier toutes les attaques contre la démocratie et le lancement d’un cursus universitaire européen en ligne accessible à tous afin d’apprendre à faire la distinction entre les bonnes et les fausses informations.
  • Fonder de meilleurs leviers pour réagir en cas de pandémie : Moritz Wille, jeune originaire d’Allemagne, débute sa présentation en rappelant que nous avons tous subi en Europe une “pénurie de masques au début de la pandémie”. Il y a donc urgence selon lui de proposer des solutions en cas de nouvelles crises sanitaires avec notamment la création d’agences régionales ? qui seraient dotées de dispositifs de suivi des ressources disponibles, de manière à pouvoir allouer des équipements dans les régions qui en ont besoin. Il faut aussi selon Moritz “constituer des infrastructures pour réagir en cas de crise” : l’UE doit soutenir la formation de personnels médicaux, encourager des échanges de personnel, susciter un transfert de connaissances…

Quel avenir pour ces 12 propositions ?

Ayant développé de très bonnes relations, ces jeunes choisis pour leur engagement dans la société civile aimeraient désormais créer une série de podcasts afin de diffuser leurs propositions autant que possible. Aussi, idéalement, la société civile pourrait reprendre nos idées et faire pression avec nous sur les institutions”, nous a expliqué la jeune Française Diana Majchrzak. 

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