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Turquie : le président Erdoğan menace d'expulser dix ambassadeurs, dont plusieurs européens

Samedi 23 octobre, le président turc Recep Tayyip Erdoğan a annoncé sa volonté d’expulser plusieurs ambassadeurs occidentaux, dont six de l’Union européenne. En cause : leur précédent appel à la libération de l’opposant Osman Kavala, emprisonné depuis quatre ans sans jugement.

Au pouvoir depuis 2003, le président Erdoğan a mené de vastes purges politiques à la suite de la tentative de coup d'Etat en 2016
Au pouvoir depuis 2003, le président Erdoğan a mené de vastes purges politiques à la suite de la tentative de coup d’Etat en 2016 - Crédits : istanbulimage / iStock

Après plusieurs jours de menaces, […] le président turc Recep Tayyip Erdoğan a annoncé ce samedi soir avoir ordonné l’expulsion de dix ambassadeurs ayant réclamé la libération de l’opposant politique Osman Kavala”, indique Libération.

J’ai ordonné à notre ministre des Affaires étrangères de déclarer au plus vite ces dix ambassadeurs persona non grata”, a affirmé le chef de l’Etat, cité par Le Monde, lors d’un déplacement dans le centre de la Turquie. Ces diplomates “devront quitter” le pays “s’ils ne le connaissent plus”, a justifié M. Erdoğan [France 24].

Sa décision fait suite à un communiqué de dix pays publié lundi 18 octobre : “le Canada, la France, la Finlande, le Danemark, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Nouvelle-Zélande, la Norvège, la Suède et les États-Unis avaient appelé à un ‘règlement juste et rapide de l’affaire Osman Kavala’ ”, détaille la chaîne d’information.

Les droits de l’homme au cœur du différend

Depuis plusieurs années, Osman Kavala est la “bête noire de l’extrême droite turque”, analyse Courrier international, notamment “en raison de son soutien en faveur de projets culturels et universitaires portant sur les identités minoritaires de Turquie, en particulier arméniennes et kurdes”. Le régime lui reproche surtout “de chercher à déstabiliser la Turquie”. “En ligne de mire pour avoir soutenu en 2013 les manifestations antigouvernementales […] de Gezi”, il est accusé “d’avoir cherché à renverser le gouvernement lors de la tentative de coup d’État de 2016″, relate France 24.

L’homme d’affaires et mécène turc est emprisonné depuis quatre ans sans jugement”, rappelle Le Monde. “En 2019, la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) avait estimé que [sa] détention ne reposait sur aucune preuve et avait un caractère politique. Elle avait réclamé sa libération immédiate, une décision ignorée par la Turquie”, rapporte France 24.

“Kavala, Kavala, ils n’ont que ce mot-là à la bouche ! Pour qui vous prenez-vous ? Vous ne pouvez pas donner des ordres à la grande Turquie, nous ne sommes pas un État tribal !”, a fustigé le président turc, cité par le quotidien Yeni Akit. Proche du régime, le média “se félicite de cette réponse à ‘l’insolence des dix ambassadeurs’ ” [Courrier international].

Crise diplomatique

Mesure rare dans les relations internationales, déclarer ‘persona non grata’ un diplomate ouvre la voie à son expulsion ou son rappel par son propre pays”, poursuit Le Monde. Au-delà de l’UE, sept pays de l’Otan sont visés, dont les Etats-Unis. Elle-même membre de l’Alliance, la Turquie pourrait ainsi par sa décision déclencher “la plus grave crise diplomatique avec les pays occidentaux depuis l’accession au pouvoir [d’Erdoğan] il y a 19 ans”, note La Tribune.

Cela explique peut-être que pour le moment, “les ambassades concernées affirment […] n’avoir pas encore reçu de demande officielle de la part des autorités turques” [Courrier international]. “Une décision au sujet des 10 ambassadeurs pourrait être prise lors d’un conseil des ministres lundi et un apaisement est possible étant donné les inquiétudes relatives aux potentielles conséquences diplomatiques d’une telle initiative”, complète La Tribune.

Détourner l’attention

“Plusieurs commentateurs soulignent que le geste provocateur d’Ankara pourrait être une tentative d’Erdoğan de détourner l’attention des difficultés économiques de son pays” [Politico]. Pour Kemal Kiliçdaroğlu, chef de file du principal parti d’opposition CHP, le président turc “crée des causes artificielles à la ruine de l’économie” [Challenges]. ”Encore une fois, Erdoğan agite la fibre nationaliste pour tenter de ressouder son électorat”, juge quant à lui le directeur adjoint de l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), Didier Billon [France info].

Car l’économie turque est au plus mal : “l’inflation est une des plus élevée au monde – à 19,5 %. Nombreux sont les ménages qui ne peuvent plus boucler leurs fins de mois. Enfin, le PIB par tête est tombé à 8 610 dollars par personne en 2020, contre 12 489 dollars en 2013″, relate Le Monde. La Tribune rappelle d’ailleurs que l’annonce du président “intervient alors que les investisseurs s’inquiètent de la chute de la livre turque”, conséquente à “la décision inattendue prise jeudi par la banque centrale de Turquie […] d’abaisser de 200 points de base son principal taux directeur”.

Quelques jours plus tôt, l’Etat turc avait également “rejoint la liste grise” du “Groupe d’action financière, un organisme international”, en raison de “ses manquements dans la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme” [Le Monde]. Un classement qui “peut avoir des conséquences sur les investissements étrangers et aggraver la situation économique dans le pays”, précise le journal.

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