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Quelles relations entretiennent l’Union européenne et l’Afrique ?

L’Union européenne et l’Afrique sont de très proches partenaires. Les deux continents entretiennent notamment des relations profondes en matière de sécurité, de migrations et de commerce.

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen est reçue le 10 février 2022 à Dakar par le président sénégalais Macky Sall, dont le pays assure la présidence de l'Union africaine, en vue du sommet organisé à Bruxelles
La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a été reçue les 10 février 2022 à Dakar par le président sénégalais Macky Sall, dont le pays assure la présidence de l’Union africaine, en vue du sommet organisé à Bruxelles - Crédits : Christophe Licoppe / Commission européenne

Ces 17 et 18 février à Bruxelles, les chefs d’Etat et de gouvernement des continents européen et africain se rencontrent lors d’un sommet qui doit permettre de “jeter les bases d’un partenariat renouvelé et approfondi”, fait savoir le Conseil de l’UE. Un tel événement, entre l’Union européenne (UE) et l’Union africaine (UA), qui rassemble tous les pays d’Afrique (à l’exception du Somaliland, non reconnu internationalement), ne s’était pas produit depuis près de cinq ans, en raison de la pandémie de Covid-19. Ce sommet, placé sous présidence française du Conseil de l’UE, revêt donc une grande importance dans un contexte international bouleversé. Les discussions doivent notamment porter sur les composantes sécuritaires, migratoires et commerciales de cette coopération, dont voici les principaux éléments.

Sécurité : de solides liens de coopération entre Africains et Européens

Ce volet du partenariat est au cœur de l’actualité, avec la succession de coups d’Etat ou de tentatives qui ont touché récemment l’Afrique (sept en 18 mois). Au Mali plus particulièrement, où la France est militairement engagée (opérations Serval puis Barkhane), de même que l’Union européenne (mission EUTM Mali) depuis 2013. Par ailleurs, c’est à l’initiative de Paris, que la Task Force Takuba, intégrée à l’opération Barkhane et regroupant principalement des membres des forces spéciales d’Etats européens, a été créée en mars 2020. Plusieurs pays d’Europe participent aussi à la mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma), composée de près de 15 000 casques bleus. Mais depuis 2020, cette présence militaire est régulièrement remise en cause par la junte militaire qui a pris le pouvoir au Mali. Le 17 février 2021, en raison des difficiles relations entretenues avec le régime de Bamako, la France a ainsi annoncé mettre fin à l’opération Barkhane, tandis que ses alliés européens, qui ont signé une déclaration commune avec Paris, ont indiqué retirer leurs troupes de Takuba. 

Ils souhaitent néanmoins “rester engagés dans la région”, avec pour objectif “de poursuivre leur action conjointe contre le terrorisme dans la région du Sahel, notamment au Niger et dans le Golfe de Guinée”. Les nouvelles modalités des engagements français et européen pourraient être arrêtées d’ici à juin 2022. Avec ce retrait de Barkhane du Mali, l’avenir de la Minusma (dont le mandat expire le 30 juin 2022) et de la mission EUTM (expiration du mandat en mai 2024) devient incertain en raison de l’impact lié au départ d’un contingent militaire français fort d’environ 3 300 soldats. 

En raison de son passé colonial, la France se démarque des autres Etats de l’UE par son importante présence militaire sur le continent, principalement en Afrique subsaharienne et de l’Ouest. Elle a notamment conservé d’importants liens de coopération militaire avec ses anciennes colonies : souvent considérée comme le “gendarme de l’Afrique”, elle y défend ses intérêts stratégiques tout en considérant contribuer à la sécurité internationale.

Depuis les années 2000 en particulier, l’émergence de la piraterie en mer et du terrorisme djihadiste ont incité la France comme l’Union européenne à s’impliquer davantage sur le continent. Dans le cadre de sa politique de sécurité et de défense commune, l’UE a lancé des missions militaires avec les effectifs mis à disposition par les Etats membres (l’Union ne possède pas sa propre armée).

Sur les sept missions militaires européennes en cours, six concernent l’Afrique. Quatre visent en premier lieu à accompagner la formation des armées locales en Somalie (EUTM Somalia, depuis 2010), au Mali, en République centrafricaine (EUTM RCA, depuis 2016) et au Mozambique (EUTM Mozambique, depuis novembre 2021). Les deux autres luttent contre la piraterie en mer au large des côtes somaliennes (EUNAVFOR Atalanta, depuis 2008) et contrôlent le respect de l’embargo sur les armes, imposé à la Libye par les Nations unies (EUNAVFOR Irini, depuis mars 2020). Le mandat de la mission européenne en Libye comprend également la surveillance des exportations illégales de produits pétroliers, la formation de la marine et des garde-côtes, ainsi que la contribution au démantèlement des filières de trafic de migrants et de traite des êtres humains. Cette opération Irini remplace la mission Sophia (2015-2020), dont le mandat se concentrait davantage sur le combat contre le trafic de migrants.

En complément des missions militaires, l’UE déploie également quatre missions civiles sur le sol africain. Depuis 2013, EUBAM Libya conseille ainsi les autorités libyennes dans le contrôle des frontières. Tandis que la mission EUCAP Somalia, lancée en 2016, vise à renforcer les capacités maritimes du pays, en particulier pour appuyer la mission militaire de lutte contre la piraterie en mer. Deux autres missions civiles sont aussi engagées dans la région du Sahel pour renforcer les capacités des forces de défense et de sécurité intérieure du Niger (EUCAP Sahel Niger, depuis 2012) et celles des forces de l’ordre au Mali (EUCAP Sahel Mali, depuis 2014).

Migrations : une gestion des frontières en partie externalisée

Les menaces sécuritaires qui pèsent sur certains pays d’Afrique, couplées à des niveaux de richesse par habitant bien plus faibles qu’en Europe, contribuent à d’importantes migrations sur le continent lui-même mais également vers les pays de l’Union européenne. La proximité géographique et les liens culturels liant les deux rives de la Méditerranée expliquent aussi en partie ces mouvements. Les Marocains constituaient, par exemple, la deuxième nationalité la plus représentée parmi les bénéficiaires de titres de séjour de la part des Etats membres de l’UE en 2020 (123 445). En matière d’asile en revanche, la part des primo-demandeurs africains est comparable à celle des autres continents (23 % en 2020).

Pour se rendre en Europe, certains n’hésitent pas à traverser la mer sur des embarcations de fortune, au péril de leur vie. Une situation synonyme de drame humanitaire : en 2020, 2 268 migrants sont morts ou ont disparu en mer. En termes de franchissement irrégulier des frontières européennes, les nationalités africaines sont très fortement représentées. En particulier celles des Etats les plus proches de l’UE : en 2020, 14 % des passages illégaux recensés ont été réalisés par des Marocains, 11 % par des Algériens et 11 % par des Tunisiens. Les Ivoiriens, les Somaliens et les Soudanais font aussi partie des nationalités les plus représentées, chacune d’entre elles comptant pour un peu moins de 2 % de ces franchissements.

Face à ces flux irréguliers, l’Europe s’efforce d’agir dans les pays de départ, de l’autre côté de la Méditerranée. Elle mène deux stratégies de front : une externalisation de la gestion des frontières, et une lutte contre les causes profondes de la migration. 

Outre l’agence Frontex, qui assiste les Etats membres dans la sécurisation de leurs frontières, l’UE tente d’empêcher les départs illégaux depuis l’Afrique. A l’image de l’accord migratoire UE-Turquie signé en 2016, qui a significativement fait reculer les migrations en Méditerranée orientale, l’Europe coopère tout particulièrement avec la Libye. Le pays constitue un point de transit des migrants vers l’Italie et Malte, 35 700 traversées ayant été comptabilisées sur cette route migratoire, celle de la Méditerranée centrale, en 2020.

A travers ses missions militaires et civiles, l’UE forme les garde-côtes libyens et renforce les capacités de la marine nationale. L’action de l’Union dans le pays se donne aussi pour objectif de protéger et prêter assistance aux migrants et réfugiés. Depuis 2017, l’Italie (soutenue par l’UE) aide les autorités maritimes libyennes à intercepter les embarcations illégales en mer et à reconduire les personnes qui s’y trouvent vers des centres de détention. Si l’UE et l’Italie conditionnent leur assistance à un traitement digne des migrants et des réfugiés, la réalité diffère des attentes européennes, selon certains observateurs. D’après l’ONG Amnesty International, les personnes reconduites sont “détenues illégalement [dans les centres de détention] et font face à de graves abus, notamment des viols et des tortures”.

L’UE subventionne également des solutions de long terme. Disposant de cinq milliards d’euros, le Fonds fiduciaire d’urgence de l’UE pour l’Afrique, qui vise en particulier à financer des projets participant au développement du continent, a été lancé en 2015. 26 pays dans 3 zones du continent africain en bénéficient : l’Afrique du Nord (avec 742 millions d’euros engagés), la région du Sahel et du lac Tchad (1,98 milliard d’euros) et la Corne de l’Afrique (1,91 milliard d’euros). Selon le Conseil de l’UE, 4,85 millions d’euros ont déjà été approuvés pour 254 programmes au titre de ce fonds. Avec des résultats probants d’après l’institution : création de plus de 130 000 emplois, accès de 9,4 millions de personnes aux services sociaux de base, protection ou assistance à plus de 300 000 migrants…

Commerce : des relations privilégiées

Le premier partenaire commercial de l’Afrique est l’Europe, qui y est également le premier investisseur. Mais l’approfondissement de ces relations commerciales bute sur de nombreux obstacles, en partie liés au contexte sécuritaire ainsi qu’au cadre règlementaire fragile, qui découragent un certain nombre d’investisseurs.

Entrée en vigueur le 1er janvier 2021, la zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) relie plus de 30 pays d’Afrique. Soutenue par l’UE, elle doit d’ici 15 ans supprimer 90 % des droits de douane sur les biens et services échangés entre tous les pays du continent. Une évolution qui devrait être plus favorable aux échanges et également profiter aux investisseurs européens, alors moins contraints dans le développement de leurs activités en Afrique. Par ailleurs, l’objectif des Européens est de connecter à terme leur marché intérieur à la Zlecaf, et de mettre ainsi en place un très vaste espace de libre-échange couvrant la majeure partie de deux continents.

Si l’UE souhaite un accroissement des relations commerciales, la question du développement durable est aussi devenue centrale. La manière de développer un commerce respectueux du climat et de l’environnement, en Afrique comme entre Africains et Européens, constitue de ce fait l’un des points cruciaux à l’ordre du jour du sommet UE-UA des 17 et 18 février.

Lors de cette rencontre, les chefs d’Etat et gouvernement européens et africains participent à sept tables rondes thématiques, en compagnie d’experts des domaines qui y sont abordés : “financement de la croissance”, “systèmes de santé et production de vaccins”, “agriculture et développement durable”, “éducation, culture et formation professionnelle, migration et mobilité”, “soutien au secteur privé et intégration économique”, “paix, sécurité et gouvernance” et “changement climatique et transition énergétique, [connectivité et infrastructure] numériques et en matière de transports”, liste le site du Conseil de l’UE.

A l’issue du sommet, les jalons de la relation entre les deux continents souhaitée par les Européens et les Africains, avec pour horizon 2030, devraient être inscrits dans une déclaration commune.

Quelle place pour les sociétés civiles dans les relations euro-africaines ?

Par Coordination SUD, plateforme française des ONG de solidarité internationale

” Le nouveau partenariat UA-UE sera-t-il ouvert et participatif ? C’est, à tout le moins, ce que souhaitent les organisations des sociétés civiles africaines et européennes, à l’instar de ce que porte Coordination SUD, plateforme française des ONG d’action humanitaire, de développement et de solidarité internationale. Davantage de participation des sociétés civiles à la gouvernance du partenariat renouvelé permettrait de mettre les individus au centre des relations et d’accroître la proximité entre financements et territoires pour mieux répondre aux besoins locaux.

Cet objectif de fonder un partenariat ouvert et participatif entend contribuer à améliorer la cohérence des politiques européennes qui financent de nombreux projets d’urgence et de développement en Afrique. De même qu’impliquer davantage les organisations des sociétés civiles dans l’identification des besoins et la construction des réponses à apporter. Il s’agira également pour les dirigeants européens de préciser leurs engagements financiers à destination du continent africain, en particulier les initiatives de l’Equipe Europe (approche favorisant une réponse commune des Etats membres de l’UE à la crise sanitaire et à ses diverses conséquences). Ils devront, par ailleurs, porter attention à la réallocation des droits de tirage spéciaux demandés par de nombreuses ONG et Etats. Une évolution destinée à mieux répondre aux besoins conséquents de financement en matière de souveraineté, de renforcement des systèmes alimentaires et de santé, de lutte contre les impacts du changement climatique et de création d’emplois verts ou encore d’égalité de genre. ”

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4 commentaires

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    Nieto

    Bonjour
    l’UE doit être présent et assure, établi un dialogue constructif et sérieux pour régler le sujet de conflit des pays voisins ou de voisinage en Afrique ; aider ses pays de devenir économiquement autonome pour que les jeunes trouvent de l’emploi chez eux et évitent de prendre des risques pour migrer pour une migration positive et bien contrôlée selon les besoins des pays d’accueil dans des bonnes conditions lutter contre l’inégalité du genre rendre la scolarité un droit et une obligation la santé est un droit lutter contre le trafic de toute forme contre la violence et toute sorte d’idéologie religieuse ou extrémisme gérer le sujet d’inégalité entre pays carbonés et décarbonés

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    Bouras Mustapha

    L’Afrique est l’avenir de l’Europe !
    L’Europe doit pouvoir s’appuyer sur les diasporas pour investir en Afrique et construire un partenariat Gagnant gagnant…Cela pourrait s’inscrire dan une demache de co-developpement et non …d’aide !
    Cordialement,

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    Blanchez Jean Louis

    Les pays européens recoivent beaucoup de jeunes immigrants (diplomés et non diplomés) venant des pays d’Afrique. Leur nombre est important car il dépasse les 100.000/an rien que pour la France. Ne pourrait-on pas négocier avec les pays concernés des équivalences d’émigration ce qui signifierait que les pays africains s’engageraient à recevoir chez eux autant d’immigrants européens qu’ils en envoient en Europe ? Cet échange aurait un impact sur le développement réciproque car les immigrants européens s’intégreraient dans le tissu économique du pays hôte comme le font les immigrants africains en Europe.

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    Reda Boukroufa

    bonne analyse
    Merci